Entrevue avec M. Sylvain Champagne

Entrevue avec Monsieur Sylvain Champagne, monteur de taureaux, réalisée par Juliette Doyon, Marilou Dubois et Rosalie Bousquet des Comités 12-18 de Villeroy, Ste-Sophie d’Halifax et Lefebvre.

  • Est-ce que les 8 secondes semblent plus longues lorsque vous êtes sur le taureau ?

Parfois oui, parfois non. Quand nous parlons de 8 secondes dans la vie de tous les jours, ça semble peu. Sur le dos d’un taureau, c’est quand même un sport qui est très difficile. Quand ça va vraiment bien durant la prestation, les 8 secondes sont parfois courtes. Nous avons l’impression que nous resterions là toute la journée. Lorsque les performances sont plus difficiles, 8 secondes semblent une éternité. J’ai l’impression que c’est une journée de 8 heures !

  • Si vous pouviez retourner dans votre passée, changeriez-vous quelque chose ?

Oui, peut-être je prendrais un peu plus au sérieux mon talent que j’ai eu pour la monte des taureaux sauvages. J’irais sur le côté professionnel un peu plus tôt dans ma carrière.

  • Quel a été votre premier emploi payant ?

Je travaillais à l’épicerie de mon village à l’âge de 15 ans.

  • Comment avez-vous découvert cette passion ?

C’est en le voyant au Festival western de St-Tite. J’avais eu des billets pour ma fête de 17 ans pour aller voir ça. Quand j’ai vu ce sport-là, ça m’a touché. Deux mois plus tard, je montais sur un taureau pour la première fois et ça fait presque 25 ans de cela.

  • À l’école secondaire, quel genre d’élève étiez-vous ?

J’étais très actif, je parlais beaucoup, j’avais besoin de bouger beaucoup.

  • Est-ce qu’il vous arrive de vous faire interviewer ? Si oui est-ce différent pour vous de vous faire interviewer par des jeunes ?

Oui, c’est différent, car l’écoute des jeunes est beaucoup plus grande, je crois, que celle des adultes. Les adultes posent souvent des questions plus générales, ce que tout le monde veut savoir. Les jeunes, eux, vont vraiment chercher ce qu’ils veulent savoir, ce qui peut leur apporter quelque chose. Alors le poids des mots est un peu plus important quand ce sont des jeunes qui nous interviewent.

  • À quel âge avez-vous commencé à monter des taureaux ?

Je venais tout juste d’avoir 17 ans.

  • Est-ce que la première fois vous êtes tombé ?

Oui, après 7.1 secondes et ce n’était pas le taureau le plus performant non plus.

  • Quelle est la plus belle chose que votre métier vous a apportée ?

C’est sûr qu’il y a beaucoup de fierté ! J’ai beaucoup voyagé grâce à ce sport-là. J’ai pu voir beaucoup de culture différente, beaucoup de gens, beaucoup de pays. Ça a été vraiment super, c’est une vie que je recommanderais à tout le monde ! Ce n’est pas une vie qui est donnée à tout le monde, mais voyager et la fierté face à la réussite, c’est vraiment super !

  • Avez-vous inspiré beaucoup de jeunes à faire du rodéo ?

Je pense que oui, il y en a beaucoup qui m’ont témoigné souvent que je les avais inspirés. Comme c’est moi qui ai donné l’école de rodéo du Festival western de St-Tite pendant une période de 9 ans, avec les jeunes de 6 à 16 ans, alors oui. Je pense que la plupart des jeunes aujourd’hui que nous voyons dans les rodéos au Québec ont été un peu inspirés par moi, par mon cheminement et par mes conseils.

  • Faites-vous d’autres activités que la monte de taureaux dans les rodéos ?

Plus maintenant, non. J’ai essayé les autres disciplines de rodéo lorsque j’ai commencé plus jeune. Ce qui m’apportait réellement quelque chose, c’était la monte des taureaux. Je me suis vraiment concentré sur cela et comme ça me réussissait, c’était mieux pour moi de continuer juste là-dedans.

  • Quel conseil auriez-vous aimé recevoir lorsque vous étiez jeune, de la part de quelqu’un de plus âgé que vous ?

Je pense que j’aurais aimé me faire plus dire de poursuivre ma passion. Comme c’est un sport qui est très dangereux, les gens qui m’entouraient avaient très peur pour moi. Ils m’encourageaient quand même beaucoup, mais ils étaient toujours un peu réticents à l’idée que je puisse risquer ma vie comme ça. Ça aurait peut-être été agréable qu’ils me disent « Go c’est ta passion, alors fonce et fait ce que tu as à faire ». Ça m’aurait aidé peut-être un peu à mettre mon talent, lorsque j’étais plus jeune, en action.

  • Est-ce que ça vous arrive de donner des cours aux jeunes qui apprennent à embarquer sur un bœuf sauvage ?

Oui ça m’arrive, un peu moins à cause du Covid. Je me fais approcher quand même souvent pour ça.

  • Quels sont vos objectifs pour le futur en général ?

J’adorerais beaucoup avoir ma propre place chez moi pour avoir une école de rodéo. C’est un très beau projet, c’est sûr que c’est à long terme, mais j’adorerais vraiment ça !

  • Quel choix avez-vous trouvé le plus difficile à faire dans votre carrière ?

Je pense qu’il n’est pas encore fait. Je pense que le choix le plus difficile que je vais avoir à faire est de prendre ma retraite. Je ne l’ai pas encore pris, mais c’est quand même un sport qui est plus facile quand on est jeune.

  • Avez-vous eu beaucoup d’accidents en pratiquant ce sport ?

Oui, voulez-vous que je les énumère ? Bon alors fracture du nez à 3 reprises, les 2 clavicules cassées, le sternum cassé, les côtes cassées à 4 reprises, l’humérus du bras droit cassé, l’avant-bras gauche cassé, la jambe droite cassée, la mâchoire cassée à 3 endroits et quelques autres comme des ligaments déchirés. J’ai déjà eu un coup sur la carotide aussi…

  • Pour vous, la persévérance scolaire c’est quoi ?

Je pense que c’est important, car c’est une base. Sans les bonnes bases, nous ne nous facilitons pas la tâche. Ça prend quelque chose de solide en dessous des pieds tout au long de la vie. Ça va vous servir tout au long de votre vie.

  • Quel message voulez-vous lancer aux jeunes des municipalités rurales de la région du Centre du Québec ?

Soyez vrais, soyez vous-mêmes, peu importe la situation! C’est la meilleure façon d’être à votre 100%. Donnez le meilleur de vous peu importe où vous allez être.

  • Que pensez-vous des jeunes qui s’impliquent bénévolement dans leur municipalité ?

C’est très bien ! En faisant cela jeune, votre implication bénévole, plus tard cela va vous rapporter.

  • Que pensez-vous de la relation entre les jeunes avec la cigarette ou la vapoteuse ?

C’est mauvais ! Il y a tellement de belles choses à quoi nous pouvons nous accrocher. Accrochez-vous à d’autres choses de meilleur.

  • Quelle importance doit-on accorder à l’activité physique ?

C’est plus facile lorsque nous sommes en forme. Moi j’ai bougé beaucoup ! Tantôt j’ai dit que j’étais tannant à l’école, mais je bougeais beaucoup, je faisais beaucoup de sport. Je me suis concentré beaucoup sur le rodéo lorsque j’ai commencé. J’ai un peu mis les autres sports de côté. Avant de faire du rodéo, j’étais très actif et en forme. Sans cela, je n’y serais pas


Entrevue avec Mme. Roxanne Bruneau, auteure, compositrice et interprète.

Entrevue avec Roxane Bruneau, auteure, compositrice et interprète, réalisée par Émy Roy, Kim et Bianca Pontbriand-Pellerin et Cloé Girard des Comités 12-18 de Tingwick, Notre-Dame-de-Lourdes et L’Avenir.

  • À quel âge as-tu commencé à chanter ?

À l’âge de 12 ans, j’ai écrit ma première chanson, alors je te dirais que c’est dans ces eaux-là. Je chantais sous la douche et c’est pour ça que mon studio est maintenant dans une douche.

  • J’ai entendu dire que tu faisais toutes tes vidéos par toi-même. Pourquoi ne pas partager ce travail ?

Au début, j’ai commencé seule parce que je n’avais pas les moyens d’engager une équipe. Ça coûte des sous, les gens font ça de leur vie. Caméraman, preneur de son, éclairagiste, je n’avais pas les moyens de payer tout ce monde-là, alors je me filmais avec mon téléphone. Quand tu fais cela, tu développes une technique. Moi j’aime tout gérer. Alors la seule personne qui m’aide, c’est André, mon caméraman que nous appelons Youtube. Quand je me promène et que je fais des « vlogs », ce qui arrive moins depuis la pandémie, c’est arrivé certaines fois, il était là. Alors c’est la seule personne qui m’aide vraiment. J’aime ça faire le montage, gérer tout ça toute seule.

  • Du jour au lendemain tu as connu un succès immense qui ne cesse d’augmenter. Crois-tu que tout est allé trop vite ? Si oui, est-ce que tu changerais quelque chose à ta carrière ?

Moi je ne changerais rien. Je pense que chaque truc arrive pour une raison, même si des fois c’est une « bad luck ». Ces «  bad luck » là m’ont emmenée sur des chemins qui m’ont permis de rencontrer certaines personnes, certains événements. Je ne changerais rien. Oui c’est arrivé vite, ça l’air d’être arrivé plus vite que ça l’est en réalité. Ça fait quand même 7 ans que je fais de l’Internet de mon côté. Ça fait 4 ans que je fais de la musique professionnellement. 7 ans c’est un bon bout pareil ! Oui c’est sûr qu’à première vue, si tu m’as connue la semaine passée à la télé, tu peux avoir l’impression que c’est allé vite. Ceux qui me suivent depuis le premier jour où je me déguisais en Tinky Winky sur ma chaîne YouTube, ils savent que ça fait vraiment longtemps.

  • Si tu avais le choix de faire n’importe quel autre métier, que ferais-tu ?

C’est sûr que ça serait dans le domaine des arts parce que je pense que je ne suis pas bonne dans rien d’autres. Ça serait surement caméraman ou monteuse vidéo, recherchiste sur un plateau de télé. Ce serait en lien avec les arts de la scène et des médias.

  • Pourquoi as-tu commencé à composer des chansons ?

Je n’ai aucune idée ! Je n’avais même pas l’impression que j’écrivais des chansons. J’avais des cours de guitare et je me suis mise à écrire des paroles là-dessus. Je ne me suis jamais levée un matin en disant moi je veux être chanteuse, je vais écrire des chansons. Ça s’est vraiment fait de façon naturelle.

  • Tu appelles tes fans tes cocos. Pourquoi ce surnom ?

Je trouve qu’appeler le monde des fans, ça fait comme si j’étais plus cool qu’eux autres, alors qu’au contraire. Si ça n’était pas de ces gens-là, aujourd’hui je ne serais pas assis avec vous et je ne ferais pas de spectacles. Je n’ai pas le type de carrière normal. Exemple, une téléréalité t’amène dans le salon des gens. Moi j’ai commencé dans le salon des gens et je suis rendue à la télé grâce aux gens. Je voulais avoir un petit surnom « cute » et « coco » c’est arrivé du jour au lendemain, sans mi attendre. Depuis ce temps ça n’a pas arrêté.

  • Je sais que tu es très impliquée dans la cause LGBTQ+. Quel est ton principal message pour toutes les personnes pour qui tu es un modèle important ?

Mon message serait de ne pas te stresser pas à trouver ta lettre ou ta couleur sur le drapeau. Tu n’es pas obligé de te mettre une étiquette. Souvent, je vais parler à des jeunes qui me disent moi ça me stresse, je ne sais pas, je me pose des questions… Fais juste vivre. Si demain matin tu es une fille qui tripe sur une fille, tu n’es même pas obligée de dire que tu es lesbienne. Moi ma blonde à 40 ans. Elle n’a jamais sorti avec des filles de sa vie et ça va faire 4 ans que nous sommes ensemble. Elle ne dit pas nécessairement au monde qu’elle est lesbienne, elle sort juste avec une fille. Peut-être qu’après moi, s’il y a un après moi, elle sera avec un gars ou une autre fille. Nous ne sommes pas obligés de nous stresser avec l’étiquette et la couleur qui nous appartiennent sur le drapeau. Si c’est important pour toi, je ne te juge pas non plus. Tu fais les choses comme toi ça te tente, car moi quand je vais me coucher ce soir, ça ne m’empêchera pas de dormir. Alors c’est vraiment de s’écouter et de ne pas se stresser avec ça.

  • Est-ce que tu veux des enfants ? Si oui, combien ?

Je ne veux pas d’enfants. Ma blonde en a déjà 3 et en avoir d’autres, ce n’est pas dans ses plans. Moi ça n’a jamais vraiment été dans mes plans parce que je suis très carriériste, très travaillante. Avoir des enfants, c’est vraiment un truc de société. Je pense que rendu en 2021, tu peux t’écouter. Moi j’ai peur de « scrapper » mes enfants. J’ai peur de faire des enfants et de ne pas être assez là pour eux, de ne pas leur montrer les bonnes choses et d’engendrer des enfants qui n’ont pas de bons sens. J’aime mieux ne pas me mettre ce stress-là sur les épaules.

  • Est-ce que tu as des animaux chez toi ?

Il en avait un qui pleurait tantôt et qu’il est en train de mastiquer je ne sais pas quoi. J’ai un chien et un chat.

  • Félicitation pour tes 100 000 albums vendus ! Avec la musique numérique de nos jours, comment vois-tu la vente d’albums dans le futur ?

C’est une bonne question ! En ce moment, je ne suis pas une experte, en ce moment je touche du bois parce que ça se passe bien. Si l’on revient 20 ans en arrière, les ventes physiques étaient un fiasco. Avant, le monde n’achetait que des albums et ce ne sont des chiffres qui ne faisaient pas de bons sens. 100 000 en 2021 ça n’a pas de sens, c’est complètement fou ! Je me compte vraiment chanceuse. Je pense vraiment que c’est appelé à disparaitre malheureusement, à moins qu’il y aille un revirement de situation, que la mode change. Comme là les vinyles sont très à la mode et tout le monde veut une machine a vinyle. À moins qu’il y ait une tournure dans les événements, je pense vraiment que nous allons vers le numérique.  Ce qui est « cool » aussi, c’est que ma musique voyage en France en ce moment et je ne suis jamais allée en France ! il y a des pour et des contres de chaque côté.

  • Récemment tu as fait part de ton expérience face à la violence conjugale avec ta chanson « Secret ». Que penses-tu de la situation actuelle et quel serait ton message pour toutes les personnes qui se retrouvent dans cette situation ?

C’est une grosse question qui mériterait une discussion de 3 heures, alors répondre comme ça risque d’être difficile. Ce que j’ai envie de dire aux victimes, c’est que l’on peut s’en sortir, il y a des numéros de téléphone, il y a des endroits où vous pouvez aller. Par contre, c’est dur de dire ça au monde présentement avec le confinement et tout ce qui sort dans les médias. Je peux comprendre les victimes de ne pas avoir envie deparler présentement, parce qu’on dirait que le système n’est pas assez derrière les victimes. C’est sûr que le message d’espoir que j’ai envie de donner, c’est il y a vraiment des numéros de téléphone et je vous le jure que nous pouvons nous en sortir.

  • Qu’est-ce qui te rend la plus heureuse en ce moment ?

Mon Dieu, c’est une grosse question ! Je vais être franche avec vous, je suis le genre d’être humain qui voit le verre tout le temps à moitié vide. Je me lève le matin et je suis déjà marabout. Les petites choses de la vie comme boire mon café froid quand il fait soleil, être relaxe avec ma blonde et le chien, faire des spectacles. Juste une petite vie relaxe me rend heureuse.

  • Quel a été ton endroit préféré pour chanter ?

Je pense que c’est le spectacle de la St-Jean à Montréal. Il y avait du monde à perte de vue, je n’avais jamais chanté devant autant de monde. Je ne sais pas si ça été mon spectacle préféré, mais c’est le spectacle que je suis sortie de scène la plus fière. Je pensais mourir avant, pendant et un peu après. D’avoir survécu à ce spectacle-là, je suis vraiment, vraiment heureuse.

  • Comment arrives-tu à gérer ton stress avant un spectacle ?

Je ne gère pas mon stress avant un spectacle… si vous avez des trucs pour m’aider, juste me le dire, ça serait plaisant. Je suis toujours près de la mort. Mon dernier spectacle que j’ai fait c’est à Gatineau, un spectacle acoustique, et juste avant d’embarquer sur scène, j’avais l’impression d’avoir un énorme poil dans le fond de la gorge. J’étais avec mon guitariste en coulisse, il faut embarquer sur scène dans 30 secondes et je dis « Mat j’ai un poil dans le fond de la gorge ». Mat me demande d’où il vient le poil ? Là je suis comme ce n’est pas important d’où il vient le poil, c’est juste que là je vais chanter avec un poil dans la gorge ! Ce sont toutes de petites angoisses qui n’existent pas, comme ça, que je me crée comme une grande fille.

  • Comment vis-tu la situation actuelle (covid-19) sachant que tu es hyperactive et qu’il t’est très difficile de ne rien faire ? Quelles sont tes occupations et tes projets pour t’occuper un peu ?

D’emblée, je ne peux pas me plaindre. Je sais qu’il y a des artistes qui ont dû retourner travailler. Il y a des infirmières en ce moment qui se battent contre la mort. Moi, je continue à faire des vidéos sur Internet, à faire un peu de télé, un peu de spectacles.  Je te dirais que pour moi, oui c’est ennuyant, mais je ne peux pas me plaindre. Je suis une de celles qui ont été épargnées quand même. Près de moi, personne n’a été malade, tout le monde est en santé.

  • Comment as-tu trouvé que le chant était une passion pour toi ?

Je l’ai découvert quand un producteur m’a dit on va faire un disque. J’étais tellement gênée de chanter devant le monde que ça ne me passionnait pas. Je le faisais seule chez moi, j’avais du fun, mais je n’étais pas passionnée. J’étais terrorisée de le faire devant des gens. Présenter une chanson, c’est un peu se mettre l’âme à nu devant le monde et dire « aimes-tu ça ? » Je l’ai découvert quand les gens ont commencé à aimer ça. Je pense qu’ils m’ont donné le petit coup que ça prenait pour aimer ça.

  • Comme tu as dit tantôt, tu fais de l’anxiété et cela fait partie de ta vie. Quel serait ton message pour toutes ces personnes qui en souffrent au quotidien ?

Tu ne vas pas mourir. Je pense que c’est ce que je leur dirais parce que parfois, c’est tellement intense. Tu as l’impression que tu vas mourir. Au début de la covid, quand nous avons été confinés pour la première fois, ça a été long avant les assouplissements. Moi je suis vraiment la fille qui respecte les règles. Je n’ai pas vu personne. J’étais enfermée dans mon sous-sol. À un moment, je me suis dit que peut-être que l’anxiété, tranquillement pas vite, allait prendre de plus en plus de place dans mon cerveau et que je ne serais plus capable de sortir de chez moi. Il y a des gens pour qui l’anxiété n’est pas juste des poils dans le fond de la gorge et des sueurs froides avant d’embarquer sur scène. Ce sont du monde qui ne peuvent même pas sortir pour aller au restaurant. Il y a des degrés d’anxiété et si tu ne prends pas le temps de réaliser que tu en fais, ça peut prendre beaucoup de place. N’hésite pas à aller chercher de l’aide. Souvent, nous allons être gênés, nous allons avoir honte, mais il n’y a aucune raison d’avoir honte. Je pense que tous les êtres humains sur terre font un degré d’anxiété.

  • Pour toi, la persévérance scolaire c’est quoi ?

C’est dur. Je vous lève mon chapeau ! D’un parce que moi à l’école je trouvais ça vraiment difficile. Si on m’avait envoyée une journée sur deux ou complètement à la maison pour faire l’école, probablement que j’aurais décroché avant. J’ai décroché en secondaire 3 parce que je l’ai redoublé 3 fois. Je pense que c’est parce que je ne voulais pas. J’ai doublé une fois et j’ai décroché à partir de ce moment-là. Je restais parce que mes parents me forçaient à rester et pour vrai, ne faites pas ça. C’est la pire chose à faire ! Je sais que c’est difficile, je sais que c’est poche. Tu es fatigué et des fois tu ne comprends rien, tes parents t’énervent. Au secondaire, c’est le moment où vous avez le plus de questionnements. Vous recevez des formations, vous apprenez à devenir des adultes et là, vous le faites de façon confinée, alors bravo ! Il ne faut vraiment pas lâcher parce que si tu n’as pas de secondaire 5, il n’y a pas grand-chose après que tu peux faire. Ce qui est triste à dire, c’est que quand tu es une fille, c’est pire. Un gars qui a un secondaire 4 peut aller chercher ses cartes de construction. Physiquement oui, certaines filles peuvent le faire, mais moi en secondaire 3, je pesais 110 livres toutes trempées. Alors faire de la construction, ce n’était pas vraiment une option pour moi. De la musique, je suis chanceuse, c’est tombé sur moi comme par magie. Si je n’avais pas eu ça, je serais probablement encore en train de faire de la pizza, au salaire minimum, à devoir choisir si je fais une épicerie ou si je fais le plein de ma voiture. Si je peux vous traumatiser un peu, ne lâchez pas l’école.

  • Quel message veux-tu lancer aux jeunes de notre région du Centre-du-Québec ?

Je pense que j’ai répondu à deux questions importantes dans la question précédente. C’est vraiment ça mon message. Il ne faut pas lâcher. J’en ai deux ados à la maison et je sais que ce n’est pas facile, même pour la plus jeune qui est super bonne à l’école. C’est plus difficile avec la Covid, les masques. C’est compliqué, mais pour vrai, si je peux vous envoyer un peu d’ondes positives, ne lâchez pas.

  • Que penses-tu des jeunes qui s’impliquent bénévolement dans leur municipalité ?

Je trouve ça « cute ».

  • Que penses-tu de la relation entre les jeunes et la cigarette/vapoteuse ?

Je pense que pour vous, la cigarette c’est moins « hot ». Dans le temps de mes parents, il y avait des publicités à la télé qui disaient que la cigarette c’était bon. Il y avait des pharmacies et des médecins qui disaient que la cigarette c’était « cool » et que ça réduisait le stress. Après ils ont fait des recherches et ils se sont rendu compte que la cigarette tuait le monde à grands coups de cancer des poumons. Ils se sont retournés et dit que ce n’était pas « cool » et que ce n’était pas bon. La vapoteuse n’a pas tant de règlementation. Le monde fume beaucoup avec ça. J’ai l’impression que dans 20 ans, des chercheurs vont sortir que la vapoteuse fait pousser des yeux dans le front. Oui tu as l’air « cool de puffer » sur ta clé USB, mais ça va probablement causer des problèmes dans le futur. Si tu as le goût d’arrêter, c’est le temps !

  • Quelle importance doit-on accorder à l’activité physique ?

Je n’y accordais pas beaucoup d’importance lorsque j’étais ado. Quand j’ai eu 25 ans, j’avais de la difficulté à monter les marches. J’étais étourdie et le cœur me battait dans la tête. J’ai alors décidé de commencer à m’entraîner, faire du tapis, faire du sport dans mon garage. Je ne suis pas très bonne, mais je le fais quand même. Je pense que c’est quelque chose qui est assez important. En même temps, si au secondaire j’avais eu autant de réseaux sociaux et de trucs à faire assis, probablement que j’aurais continué. C’est sûr que c’est important, mais entre ne pas faire de sport et vapoter, reste assis et arrête de vapoter.


Entrevue avec Mme. Victoria Charlton

Entrevue avec Madame Victoria Charlton,
youtubeuse québécoise et écrivaine,
réalisée par Justine et Rosalie Roy du Comité 12-18 de Lyster.

    • Quelle était votre matière préférée à l’école ?

    Ma matière préférée était le français, étonnamment ! C’est pourquoi je suis devenue écrivaine d’ailleurs !! Écrivaine et youtubeuse !

    • Lors de votre adolescence, étiez-vous intriguée par les histoires de crimes et les phénomènes paranormaux ?

    Ah bonne question !! Oui vraiment. Dès l’âge de 6 ans, j’écoutais des films d’horreur à la télévision. Même ma mère me disait que c’était trop vieux pour moi et que je ne pouvais pas écouter ça. Et je lui disais : « Ah non, j’aime ça des histoires de fantômes et tout ! »

    • À quoi ressemble votre parcours académique ?

    Parcours académique ? j’ai fait le primaire et le secondaire. Ensuite, je suis allée au CÉGEP en Arts et Lettres, concentration Littérature. Entre temps, j’ai pris une petite pause pour aller étudier l’espagnol au Mexique. Je suis allée par la suite faire mon baccalauréat en Études littéraires. J’ai commencé en concentration Littérature de la Francophonie, mais très vite j’ai fait un « switch » en création, ce qui était plus mon style.  Tous mes cours étaient axés sur la création littéraire. J’avais des cours pour écrire alors j’ai adoré. J’ai commencé à travailler et, plus tard, j’ai décidé de faire une maitrise. Je voulais faire de plus longues études tout simplement. Donc j’ai fait une maitrise en Études Canadiennes. Pour être honnête, le titre de la maîtrise ne me dérangeait pas, je voulais seulement mon diplôme de maîtrise. Donc j’ai fait une maîtrise en Études Canadiennes et mon mémoire de maîtrise sur Fred Pellerin. Est-ce que vous le connaissez Fred Pellerin ?

    • Ça me dit quelque chose, c’est un conteur ?

    Oui c’est un conteur, humoriste et chanteur, auteur, compositeur et interprète. Donc voilà !

    • Habitez-vous toujours au Mexique ?

    Oui, j’habite toujours au Mexique.

    • Pourquoi avoir décidé d’habiter-là plutôt qu’au Québec ?

    Parce que mon mari est mexicain. Quand j’ai terminé mes études, j’ai décidé d’aller le rejoindre parce que lui n’avait toujours pas terminé ses études. Je lui ai dit que nous habiterions ici, car je n’aimais pas l’hiver et que je préférais les pays chauds. Là c’est le contraire. Je m’ennuie d’avoir quatre saisons ! Alors on planifie de revenir vivre au Québec dans un an, un an et demi.

    • Lorsque vous étiez plus jeune, aviez-vous envie de devenir écrivaine plus tard ?

    Oui, c’était mon rêve d’être écrivaine !

    • Qu’est-ce qui vous a donné l’envie d’écrire un livre ?

    C’est tout mon parcours. En fait, quand je suis devenue youtubeuse, c’était pour écrire un livre, car le monde de l’édition au Québec est difficile. C’est difficile de se faire offrir un contrat de livre, ça prend un public ou une très belle main d’écriture. Donc je me suis dit : « Je vais me partir une chaîne YouTube, me trouver un public, en espérant que ça m’amène un contrat de livres. » Donc j’ai eu un parcours en sens inverse. Je me suis partie une chaine YouTube, en espérant que ça m’amène un contrat de livre. Et ça a bien fonctionné.

    • Combien de livres avez-vous écrits jusqu’à présent ?

    Juste un, mais il y en a possiblement d’autres qui s’en viennent. Mais je n’en dis pas plus !

    • Où avez-vous trouvé toutes les informations nécessaires pour écrire votre livre ?

    Ce sont des histoires connues, mais pas toutes. Pour mon premier livre, ce sont beaucoup d’histoires de disparitions connues. Il y a beaucoup d’informations qui sont sur Internet, je vais lire des articles de journaux qui ont été écrits, je vais lire des forums, regarder des documentaires. Il y a quelques histoires avec lesquelles j’ai été en contact avec les familles directement. C’était quand même intense ! Je parle au frère de la personne disparue, au père du petit garçon qui est porté disparu, ils vont me donner des informations. Je viens de faire un appel avec un gars qui lui vient de faire un documentaire sur le meurtre d’une jeune fille. Lui, il a fait un gros documentaire, il a été en contact avec la police, la sœur de la personne. Je trouve mes informations un peu partout en gros !

    • Est-ce que vous considérez votre chaîne et votre écriture comme un passe-temps ou un métier ?

    Au début c’était un passe-temps, mais maintenant c’est rendu un métier à temps plein.

    • À votre avis, quels sont les bons et les mauvais côtés de ce genre d’écriture ?

    Ce genre d’écriture ? Bonne question ! Les bons côtés, je n’ai pas vraiment besoin d’inspiration, parce qu’en fait, l’information est là. C’est un peu comme des rapports journalistiques si l’on veut. Les mauvais côtés, quand je pensais écrire, ce n’était pas ça que je voulais faire. Moi je voulais plus écrire des romans. L’un n’empêche pas l’autre. Peut-être que dans un troisième ou quatrième livre je vais aller plus dans l’écriture de fiction.

    • Qu’est-ce qui vous fascine dans votre métier ?

    C’est tout l’aspect recherche que j’aime beaucoup. C’est d’aller creuser. Je viens de faire un appel, ça fait trois jours que je suis dans les recherches du meurtre de la jeune fille, je creuse toujours et découvre plein d’affaires. Je viens de parler au réalisateur d’un documentaire et il m’a appris plein de choses. Je me disais « Ah mon dieu ! Je ne le savais pas ! ».  J’apprends de nouvelles choses à tous les jours et j’aime beaucoup l’aspect de recherche.

    • En dehors de l’écriture et de votre chaîne YouTube avez-vous des passe-temps ?

    Je suis pas mal occupée, ça me demande beaucoup de mon temps. J’aime beaucoup lire. J’écoute des podcasts. Au départ, c’étaient toujours des livres sur le « True Crime », des podcasts sur le « True Crime ». Mais là j’ai laissé tomber ça, d’être toujours dans le « True Crime ». Présentement, j’écoute plus des podcasts humoristiques, des livres humoristiques et des séries télé d’humour. Je nage, mais là mon gym a fermé à cause du COVID, j’avais commencé la nage. J’aime beaucoup nager. Et je cuisine également. Je suis végétarienne depuis presque 2 ans et essayer de nouvelles recettes végé, j’aime beaucoup ça.

    • Pour vous, la persévérance scolaire, c’est quoi ?

    La persévérance scolaire c’est de pouvoir choisir. Persévérer à l’école pour pouvoir ensuite faire un choix. Comme moi, si je n’avais pas continué, je n’aurais pas eu dans mes choix de déménager au Mexique, d’avoir ma chaine YouTube et de pouvoir avoir un métier que j’aime. Et si un jour YouTube ne fonctionne plus, au moins j’aurais cinq ou six autres options. C’est d’avoir aussi du jugement critique. Outre le fait d’avoir des options d’emplois, je trouve que le plus important avec l’école, c’est que ça te donne du jugement critique. Je trouve ça super important. Par exemple, en écoutant « Occupation double », bon mon exemple est con, mais on est capable de se rendre compte qui a du jugement et qui en a pas. Je trouve que la persévérance scolaire c’est important pour ça en fait. C’est ça l’éducation, ça te donne du jugement et des choix.

    • Étiez-vous bonne à l’école ?

    Si j’étais bonne ? Oui, je l’étais, dans les 90 et plus.

    • Quel message aimeriez-vous lancer aux jeunes de notre région ?

    Choisissez vos amis, c’est super important. Ne vous laissez pas trop influencer. Des fois, tu as des options qui s’offrent à toi. Moi je devais choisir entre un gang d’amis ou un autre. J’aurais tellement eu un parcours différent dans ma vie si j’avais choisi tel gang ou tel gang.

    • Que pensez-vous des jeunes qui s’impliquent bénévolement dans leur municipalité ?

    Je trouve ça super important d’être impliqué à votre âge et d’être occupé. C’est bien d’avoir un bon sens de l’organisation. Être actif, pro actif. Moi je pense que chaque personne devrait s’impliquer bénévolement, même moi j’en fais. C’est bien, félicitations !

    • Quelle importance doit-on accorder à l’activité physique ?

    Ça dépend, parce que moi je déteste le sport ! Mais il faut trouver quelque chose qu’on aime. Moi ça m’a pris 27 ans avant de trouver un sport que j’aimais. Comme là, j’ai trouvé la natation. Trouver quelque chose qu’on aime c’est important, mais c’est difficile. Moi je me rappelle, les cours d’éducation physique, je détestais. Je faisais semblant d’avoir des crampes au ventre pour ne pas aller jouer au soccer. C’est important de se garder en forme. Ne serait-ce que d’aller prendre une marche dehors avec nos chiens. C’est super important pour le mental.

    • Que pensez-vous de la relation entre les jeunes et la cigarette ou la vapoteuse ?

    C’est vrai que c’est une nouvelle mode ça la vapoteuse. Vous à votre école, est-ce qu’il y en a qui fume de la vapoteuse ? Je suis surprise de voir qu’il y a du monde comme ça à votre âge ! Moi à votre âge, il y avait peut-être trois personnes qui fumaient la cigarette à mon école. Je trouve ça vraiment regrettable. C’est dommageable, je trouve ça triste. Je présume que le gouvernement va mettre des lois là-dessus. Je ne sais pas quoi dire, je ne pensais pas que c’était un phénomène si répandu. C’est comme la mode. Je sais que quand j’étais prof au Mexique, mes élèves avaient votre âge et tout le monde fumait la cigarette. C’était « cool » de fumer. Mais ici, personne ne semble fumer la cigarette. Ce sont vraiment deux réalités. Ça va passer… Mais je suis désolée d’apprendre ça. C’est vraiment triste.


Entrevue avec M. David St-Jacques

Entrevue avec Monsieur David St-Jacques, astronaute, réalisée par Alice Pelletier, Cloé Girard, Noémie Boutin, Frédérique DeMontigny et Nicolas Bernier  des Comités 12-18 de L’Avenir, Ste-Sophie d’Halifax et Ste-Séraphine.

  • Lorsque vous étiez plus jeune, quel métier vouliez-vous faire ?

Quand j’étais jeune, je rêvais d’aller dans l’espace… ça fait très longtemps. Mais mon premier métier auquel j’ai rêvé, sais-tu c’était quoi ? Je pense que je voulais être, je ne sais pas si ça existait, je voulais être maquettiste. J’avais été fasciné par les maquettes de chemins de fer. Quand j’étais petit, j’adorais ça faire des « legos », des espèces de modèles miniatures. Alors c’était mon premier rêve d’être maquettiste, mais bon, ce n’est pas le métier que j’ai fait.

  • Comment avez- vous su que vous vouliez devenir astronaute ?

Ce n’était pas de devenir astronaute mon rêve. C’était de comprendre l’univers. Ça, ça m’est venu la première fois que j’ai vu des photos avec la terre et l’espace. Au début quand j’étais petit, je ne comprenais pas. Un jour, on comprend ce qu’on regarde quand on voit ça. Je ne sais pas quel âge j’avais (6-7 ans ?), quand j’ai compris ça… O.K., c’est la terre où que nous sommes maintenant…. Cette perspective-là que ça m’a donnée sur la vie, c’est que je suis devenu un peu obsédé par l’espace à ce moment-là. Je voulais tout savoir sur l’astronomie, l’astrophysique, pas nécessairement devenir astronaute. C’est venu plus tard, plus adulte, lorsque j’ai plus compris ce que c’était qu’être astronaute. J’étais déjà assez vieux, je dirais à l’université, lorsque j’ai entendu dire qu’il avait un recrutement d’astronaute, il y a maintenant 12 ans de ça. C’est là que je me suis dit que je veux absolument essayer.

  • Quelles sont les études que vous avez faites et aviez-vous de bonnes notes à l’école ?

Quand j’étais à l’école, j’avais d’assez bonnes notes. J’étais un peu distrait, je n’aimais pas trop ça faire tous mes devoirs. J’aimais mieux faire mes bricolages et jouer. Je me suis toujours forcé pour avoir de bonnes notes parce que je me disais que c’était important pour mon avenir. C’est ça qui allait me permettre plus tard d’avoir le choix de faire ce que je voulais accomplir dans la vie. Quelles sont les études que vous avez faites ? J’ai fait comme tout le monde mon primaire et l’école secondaire. Ensuite je suis allé au cégep en sciences pures et puis après, je suis devenu ingénieur comme mon père et mon grand-père. Je porte encore ma bague d’ingénieur parce que, au Québec, les ingénieurs reçoivent une bague spéciale. Donc je suis devenu ingénieur, je suis allé à l’École polytechnique à Montréal et puis après, j’ai travaillé comme ingénieur. Je suis ensuite retourné à l’université. Je suis allé en Angleterre pour faire un doctorat en astrophysique. Ensuite, j’ai travaillé comme astronome. Je suis retourné à l’université pour devenir médecin. Je suis allé à l’Université Laval pour devenir médecin et à l’université McGill pour me spécialiser en médecine familiale. J’ai été travaillé dans le Grand Nord du Québec comme médecin de famille. C’est là que je travaillais lorsque j’ai entendu parler du recrutement des astronautes. Je suis allé à l’université très longtemps, mais j’ai arrêté pour travailler puis j’y suis retourné comme ça plusieurs fois.

  • Que faites-vous dans la fusée avant d’arriver à destination ?

Nous sommes très occupés. Une fusée ça vole à peu près automatiquement. Les astronautes, nous sommes très occupés à surveiller l’ordinateur. Il fait tout automatiquement, mais il faut s’assurer qu’il fait ça correctement. Nous sommes occupés à le programmer, à suivre toutes les phases de pilotage pour être certains que ça se fait correctement. L’entrainement que l’on suit, c’est surtout pour apprendre à réagir en cas de problème. S’il y a un problème avec les moteurs, avec la navigation, avec le système d’oxygène par exemple. Donc nous surveillons toujours tout ça pour être sûrs qu’il n’y aura pas de problème. Nous sommes donc très occupés, mais c’est plus un travail de surveillance. C’est comme si nous étions des pilotes dans un avion qui fonctionne sur autopilote. L’astronaute ne fait pas rien pendant ce temps-là. Il surveille quand même que l’autopilote fonctionne bien. Une fois arrivé, ça prend environ 6 heures se rendre à partir de la rampe de lancement jusqu’à la station spatiale internationale, nous devons faire les manœuvres d’arrimage, ouvrir le sas. C’est une longue journée se rendre dans l’espace. Ça prend environ 14 heures en tout avant d’arriver dans la station et de pouvoir s’installer dans notre nouvelle maison.

  • Quels sentiments ressentons-nous lorsque nous flottons pour la première fois dans l’espace et lorsque nous voyons la terre par le hublot ?

C’est un moment très spécial et très fort pour moi. La première fois, le décollage de la fusée se faisait au coucher du soleil. Donc après la mise en orbite, c’était rendu la nuit. Ça va vite dans l’espace. Nous allons tellement vite qu’on fait le tour de la terre en 1 heure 30. Aussi, 45 minutes après le coucher du soleil, c’est déjà le lever du soleil et vice versa. Environ 15 minutes après être arrivé en orbite, déjà c’étaient les premières lueurs de l’aurore. Quand j’ai vu ça pour la première fois par mon petit hublot, la courbe de la terre avec les lumières de l’aurore, l’orange, le rouge, les lumières des villes, j’ai compris. Wow ! « My god ! » c’est vrai, je suis vraiment rendu dans l’espace ! Jusque-là, ça ressemblait tellement à l’entrainement, au simulateur, que mon esprit n’avait pas vraiment réalisé que c’était vrai. C’est à ce moment que j’ai réalisé que c’était vrai, la première fois que j’ai vu la terre et l’espace. C’est incroyable de voir ça !

  • Est-ce qu’il fait froid dans l’espace et dans les vaisseaux spatiaux ?

Bonne question ! Ça, c’est une question physique. Je vais vous expliquer un peu. La température c’est quoi ? C’est la température des objets ou en ce moment dans la maison où vous êtes, c’est la température de l’air que vous ressentez. Ça prend un objet, de la matière, pour avoir de la température. Dans l’espace, il n’y a rien. C’est quoi la température de l’espace ? On mesure ça, ça dépend si tu es au soleil ou à l’ombre. Au soleil, très vite il fait très chaud, car le soleil est très fort dans l’espace. Si tu es à l’ombre, il fait très froid. Donc ça dépend si tu es illuminé ou non. Par exemple, si tu prends la lune, parfois tu vois la moitié de la lune illuminée et l’autre moitié qui est à l’ombre. La moitié qui est illuminée est environ à +200 degrés. La moitié à l’ombre est environ à -200 degrés. Donc ça dépend vraiment et énormément de l’illumination du soleil. La même chose pour un vaisseau spatial. Le côté qui est au soleil est super chaud et le côté qui est à l’ombre est super froid. Donc les ingénieurs qui l’ont construit l’ont conçu en conséquence. Même pour notre scaphandre, quand nous sommes au soleil, il fait super chaud. Il faut mettre le système de refroidissement, fermer absolument la visière du casque comme de grosses lunettes soleil. Le soleil rentre à l’intérieur, c’est vraiment chaud et dès que l’on rentre dans la nuit, on allume les chaumières pour se réchauffer les doigts. Très, très vite il fait froid. Donc ça dépend. Mais les vaisseaux spatiaux, les scaphandres, tout ça possèdent de bons systèmes de contrôle de température. Donc à l’intérieur, il fait une température totalement normale. On se promène en t-shirt, c’est très, très confortable.

  • Comment faites-vous pour manger et boire de l’eau dans l’espace ?

Les 2 problèmes évidemment sont que premièrement, nous n’avons pas de frigidaire. On ne peut pas garder les aliments longtemps, alors il faut avoir seulement des aliments déshydratés. Tu as peut-être déjà vu ça en allant en camping. Des aliments déshydratés, c’est que l’on mange de la nourriture qui est déshydratée. Elle est faite d’avance depuis 1 an peut-être avant le voyage en vaisseau spatial. On la réhydrate et franchement, c’est très bon. Ça a toujours l’air un peu a du ragoût. C’est comme un mélange de soupe épaisse avec de la viande et des légumes. Il y en a de plein, plein de sortes, mais c’est ça que l’on mange. On peut faire mariner des choses comme du saumon fumé, ça fonctionne dans l’espace et ça peut durer très longtemps. On peut avoir des biscuits, des choses comme ça. On peut avoir du café, des choses comme ça. Le problème pour boire, c’est que si tu mets du liquide dans un verre, il va sortir du verre. Ça va faire comme une grosse boule qui flotte. Donc on boit seulement un peu comme quand parfois dans ta boite à lunch tu as des jus en carton avec une paille. Ça, ça marche dans l’espace. Le liquide est prisonnier donc avec la paille tu l’aspires. On peut également le faire avec des sacs de plastique, un peu comme à l’hôpital quand ils vous mettent du sérum. Des systèmes de plastique comme ça à laquelle on peut avoir de l’eau, du café ou du lait. C’est comme ça que l’on boit. Toujours au travers d’une paille. Il n’y a pas moyen de faire autre chose. Pour la nourriture, c’est déshydraté, mais c’est très bon. Moi j’aime beaucoup aller en camping et quand on va en camping, on déshydrate nous-mêmes notre nourriture.  Donc nous avions fait de la nourriture déshydratée que nous avons réussi à apporter dans l’espace. Donc j’en avais quelques-unes pour mes repas spéciaux. Une chose qui est plaisant avec la nourriture, c’est que chaque pays possède sa nourriture dans l’espace. Donc chaque personne peut échanger sa nourriture avec un autre astronaute du Japon, de la Russie. Moi j’avais apporté plein, plein de sortes de saumon fumé, de sirop d’érable du Canada. Donc c’est ce que je donnais en échange pour les repas des autres pays.

  • Est-ce que l’on s’ennuie d’un trio Big Mac dans l’espace ?

Moi je trouve très bonne la nourriture. Ce dont je m’ennuyais, c’est la nourriture fraîche. On ne peut pas manger de steak frais, de légumes frais, des œufs frais, on ne peut pas avoir tout ça. Alors ça c’est ce dont je finissais par m’ennuyer. Quand il y avait des vaisseaux de ravitaillement, toujours sur la rampe de lancement, les gens cachaient des oranges, des choses comme ça, des petits cadeaux. Alors pendant quelques jours, nous avions de la nourriture fraîche. Quand je suis revenu sur terre, c’est sûr que je voulais juste manger de la nourriture fraîche. Je ne voulais rien de déshydraté, parce que j’étais fatigué de la nourriture en sachet.

  • Lors de vos voyages dans l’espace, quelles sont les choses qui vous ont le plus effrayé ?

Les choses qui m’ont le plus effrayé dans le voyage spatial ? La seule chose dont nous avions peur en fait, c’est de se dire si je meurs, ce sera vraiment triste pour mes enfants et ma famille. Moi si je meurs, je ne me rends pas compte que je suis mort. Le problème, c’est les gens qui restent derrière. Sinon j’avais peur que mes parents, ils sont vieux, s’ils mouraient pendant que je serais dans l’espace, ce serait vraiment triste. Je ne pourrais pas les voir pendant qu’ils sont malades. Alors c’est surtout ça. Je n’avais pas peur de mon travail. J’avais vraiment confiance dans toute l’équipe qui travaille super fort pour préparer les fusées, préparer les missions. Avec mon entrainement pendant des années, je connaissais vraiment mon travail. Alors le jour du décollage, j’étais vraiment très calme, très serein. Je n’avais pas vraiment peur… Pas que je n’avais pas peur, ce serait faux de ne pas avoir peur, car c’est dangereux une fusée… C’est sûr que c’est épeurant. L’important quand tu as peur de quelque chose, c’est de se rendre compte que la peur c’est juste un signal d’alarme pour te dire attention, c’est dangereux. Il faut que tu te concentres, il faut que tu fasses attention. La peur ne veut pas dire « Vas y pas ! ». Ça veut juste dire « Attention, sois prudent ». Oui la peur était toujours là, mais ce n’était pas de la terreur. C’est juste que je restais très, très attentif et concentré pour faire mon travail correctement. Ce qui était peut-être le plus dangereux dans l’espace, c’étaient les météorites. Les petites météorites qui peuvent frapper la station, faire un trou, mettre le feu et causer une fuite d’air. Ça, c’est un peu comme la loterie. D’Ailleurs, pour un astronaute, quand on regarde la terre par la fenêtre, quand on voit une étoile filante, nous on n’aime pas ça. Une étoile filante, c’est un accident qu’on vient d’éviter de justesse. Les étoiles filantes ce sont des roches, alors il ne faudrait pas que ça nous frappe. Quand tu sors dehors de la station, tu vois qu’elle est recouverte de micro étoiles filantes. Ce sont juste des petits bouts de poussière qui la frappent. Ce sont comme des maringouins sur le pare-brise d’une voiture. Plein, plein, plein de petits cratères, de toutes petites roches qui l’ont frappée. À date, nous n’avons jamais été frappés par un gros débris. Sais-tu ce qui est le plus épeurant honnêtement ? Il ne faut pas faire d’erreurs, vraiment aucune erreur. Ce que l’on fait à bord, tout est compliqué, tout est cher, tout est accompli par plein de gens qui travaillent là-dessus depuis longtemps. C’est important, il y a plein de gens qui ont confiance en nous. C’est comme quand tu fais un spectacle avec l’école. Tu es sur scène, tu ne veux pas te tromper, t’enfarger. C’est un peu comme ça notre vie dans l’espace. On ne peut pas se tromper, s’enfarger, faire d’erreur. C’est drôle, ta question est vraiment bonne, elle me fait réfléchir ! Sais-tu c’est quoi les choses donc j’ai le plus peur ? Ce sont les quelques fois où j’ai fait des erreurs. Ça arrive à tout le monde de faire des erreurs, mais j’avais vraiment peur d’appeler Houston pour leur dire que j’en avais fait une. Ça ne me tentait pas. Ça ne me tentait pas d’admettre mon erreur ! Ça ne me tentait tellement pas, j’aurais aimé mieux oublier ça, mais tu ne peux pas. Il faut que tu appelles pour admettre ton erreur et pour demander de l’aide. C’est toujours ça la bonne chose à faire. C’était cela qui me rendait le plus nerveux…

  • Comment fonctionne le cycle jour/nuit dans l’espace ?

Alors ça, c’est intrigant ! Être dans l’espace, c’est un peu comme être en orbite. Nous restons là, car nous allons très vite. Je vais t’expliquer brièvement. Sur la terre, la gravité est encore là pour nous faire tomber. Imagine que je prends mon téléphone et que je le lance. Sur terre, il va faire une courbe. Si je le lance plus fort, il va faire une plus grande courbe, il va aller plus loin. Encore plus fort, il va encore plus loin. Si je le lance assez fort pour qu’il tourne en suivant la courbe de la terre, il ne va jamais toucher par terre. Il va juste continuer à tourner. C’est ça être en orbite. Ce n’est pas qu’il n’y a pas de gravité, c’est juste que nous allons tellement vite que nous tournons en suivant la courbe du sol en dessous de nous. C’est comme si nous étions toujours en chute libre. Donc pour répondre à ta question, vu que nous allons si vite, nous allons à 8 km par seconde, nous faisons le tour de la terre en 1 heure 30. À cause de cela, en 1 heure 30 nous avons fait le tour de la terre du côté qui est au soleil et ensuite, le tour de la terre qui est dans la nuit et on revient. Aux 45 minutes, c’est le lever du soleil et le coucher du soleil. C’est un peu désorientant au début. Tu ne sais plus c’est quand le jour et la nuit. Tu ne sais plus quand aller te coucher, quand manger ton déjeuner tellement que la lumière dehors change tout le temps. On finit par s’habituer à plus se fier sur notre montre, se fier sur l’horaire. C’est ça le cycle jour/nuit dans l’espace. C’est un peu comme un spectacle qui n’a pas rapport avec ta vie, avec tes journées à toi. Le cycle est sur 1 heure 30, alors on vit arbitrairement à l’heure de l’Angleterre. Nous avons décidé ça arbitrairement, comme ça c’est un peu entre Houston (Texas) et Moscou (Russie) où sont situés les deux grands centres de contrôle. Notre vie est sur l’heure de Londres, mais le jour et la nuit, c’est chaque heure et demie un cycle qui n’arrête pas. C’est un peu désorientant au début.

  • Avez-vous des temps libres dans l’espace et si oui, quels étaient vos passe-temps ?

Nous avons du temps libre, pas beaucoup, mais nous en avons. Les journées sont longues. On travaille de 7 h le matin à 7 h le soir. Après ça, nous prenons un peu de temps pour appeler notre famille, faire de l’exercice. La plupart des dimanches sont libres. Nous essayons de nous garder le dimanche. Le samedi, nous faisons le ménage et réparons ce qui est brisé. Le dimanche, nous essayons d’être libres. Moi ce que j’aimais le plus faire, c’était tout simplement aller à la coupole regarder la terre. J’essayais souvent d’appeler un ami au téléphone. On peut appeler au téléphone, pas tout le temps, mais assez souvent. J’aimais ça parler à des amis ou ma femme, mes enfants et mes parents en regardant la terre. C’était mon passe-temps préféré.

  • Avez-vous pu parler à votre femme tout au long de votre mission ?

J’ai pu parler à ma femme et ma famille presque tous les jours. C’était ma confidente et celle qui était le plus au courant. Mes enfants avaient la chance que, chaque fin de semaine, nous pouvions jaser pendant 1h ou 2, comme on fait en ce moment, avec un appel vidéo. C’était plus difficile à organiser, alors nous le faisions une fois par semaine chacun notre tour. C’était vraiment formidable de parler comme ça avec des amis et mes parents. Au téléphone, tous les jours, j’ai réussi à parler à ma conjointe. C’était vraiment important psychologiquement. Les deux nous avions besoin de l’aide l’un de l’autre. Elle, elle était seule sur terre avec les enfants, moi, je suis seul dans l’espace loin des gens que j’aime. Quelquefois c’était moi qui avais besoin d’aide et quelquefois, c’était elle qui avait besoin d’aide. Alors on s’aidait mutuellement.

  • Avez-vous une anecdote à partager sur ce qui est arrivé là-haut ?

J’en ai une que vous allez comprendre ! Vous avez déjà fait ça des achats sur Internet ? Parfois quand tu vas sur des sites, pour être certains que tu n’es pas quelqu’un qui a volé l’identité, ils envoient un message sur ton téléphone pour confirmer que c’est la bonne personne. Moi quand j’étais dans l’espace, je voulais acheter des fleurs à ma conjointe. J’ai eu la bonne idée d’aller sur un site Internet de fleurs, je voulais lui faire une surprise. Je fais la commande par Internet à la station spatiale. Ils me disent OK, on va envoyer un texto à votre téléphone pour confirmer que c’est vous. Ah non !!! Je n’avais pas mon téléphone évidemment, c’est ma conjointe qui l’avait… Alors ce ne serait pas une surprise ! Je me suis fait avoir par la technologie ! Je me suis organisé avec un bon ami qui a fait l’achat pour moi pour garder la surprise pour la famille.

  • Quelle est la première chose que vous avez faite lors de votre retour sur terre ?

Lors du retour sur terre, nous avons atterri et des assistants m’ont sorti de la capsule parce que je n’étais pas capable de marcher debout. J’étais tellement désorienté. La première chose que j’ai faite, c’est que j’ai dormi. Je me suis reposé dans l’avion qui me ramenait à Houston. Là j’ai vu mes enfants et ma famille. C’est ça la première chose intéressante que j’ai faite, c’était de revoir ma famille. Je me suis aussi fait cuire des œufs !

  • Quels sont vos projets pour les années à venir et est-ce qu’il y a une autre mission prévue ?

La mission, j’aimerais ça, mais ce n’est pas moi qui décide. Au Canada, nous sommes 4 astronautes en ce moment et les 3 autres ne sont pas encore allés dans l’espace. Je suis un peu à la fin de la ligne d’attente maintenant. C’est eux d’abord. Pour moi, mon travail maintenant est de supporter les autres missions et les missions des autres astronautes. Je suis comme un instructeur pour les astronautes parce que je possède de l’expérience. Je les conseille pour les futures missions spatiales. C’est un genre de rôle comme cela que j’ai maintenant.

  • Est-ce que vous croyez en la possibilité d’installer une base sur mars et si oui, seriez-vous partant pour y aller ?

Oui, je crois que c’est possible. Je pense que c’est possible d’aller sur mars et d’avoir une base. Le plus difficile, c’est de revenir. Il faut faire le carburant sur place et il faut bien s’enligner pour revenir sur la terre. Est-ce que j’irais sur mars ? Maintenant, à mon âge, je pense que mes enfants sont trop jeunes. J’attendrais plus tard, que mes enfants soient des adultes, car c’est long. Les missions sur mars ça va durer plusieurs années. Ça prend sûrement environ 9 mois juste pour se rendre. Il faut rester plusieurs années peut-être et c’est 9 autres mois pour revenir. Ce sont des missions de 3, 4 ou 5 ans. Je pense que ce sera pour des gens qui n’ont pas encore de famille ou des gens dont la famille est déjà assez grande et qui a quitté la maison. C’est important quand même. On pense souvent à l’aspect technique, mais nous sommes aussi des gens qui possèdent une vie de famille. C’est très important de garder l’équilibre. Nous ne pouvons rien faire de bien dans la vie si nous n’avons pas d’équilibre. Nous ne pouvons pas sacrifier un morceau de sa vie pour tout mettre dans un autre. L’être humain ne fonctionne pas comme ça. Il faut tout garder en équilibre et c’est comme ça que l’on est à notre meilleur. C’est important pour nous aussi de garder notre esprit de famille en bon état.

  • Quel a été le plus gros moment de stress durant votre carrière jusqu’à maintenant ?

Alors le plus gros moment de stress, ce sont les examens. Je n’aime pas ça les examens. Il y a plein d’examens pour devenir astronaute. Nous sommes constamment en examen et c’est toujours stressant un examen. Même si tu as confiance en toi, que tu es capable, que tu as bien étudié et que tu es bien préparé, tu n’es jamais certain que tu ne vas pas faire une erreur. Même si tu as confiance, tu peux aussi te planter. Alors j’ai toujours trouvé ça stressant les examens. Surtout les examens finaux, c’était assez stressant. C’est bizarre on dirait qu’après ça, faire la mission elle-même, ce n’était pas stressant. Ça, j’avais toujours confiance que ça allait bien aller et je me sentais prêt. J’étais un peu stressé, c’est vrai, pour utiliser le bras canadien. Je ne l’avais jamais utilisé pour vrai. Pendant toutes ces années, ce que j’avais fait, c’était de le pratiquer en jeux vidéo sur le simulateur. Là, c’était la première fois avec le vrai et c’est vraiment gros, c’est vraiment énorme ! Pour attraper un vaisseau cargo, c’est un des rares moments dans le travail d’astronaute où personne ne peut t’aider. C’est juste toi avec tes 2 manettes et ton écran. C’est le silence à la radio, plus personne ne parle, personne ne dit rien, tout le monde regarde. Tout le monde te regarde faire ! On appelle ça vivre dans un aquarium. Ce sont des moments où tu te sens comme un poisson dans un aquarium et que tout le monde te regarde. En gros, la solution au stress, c’est de se préparer. Je trouve que lorsque tout est prêt, moins tu es stressé. Quand tu as l’impression que tu improvises un peu, c’est là que c’est plus stressant.

  • Combien de langue parlez-vous ?

Je parle bien le français, car c’est ma langue natale. Je parle bien l’anglais parce que j’ai longtemps vécu dans des pays anglophones. J’ai appris à parler un peu japonais parce que j’ai habité au Japon 2 ans lorsque j’étais jeune étudiant. J’ai appris à parler russe pour devenir astronaute. Il faut absolument parler russe pour piloter la fusée. Je parle un peu espagnol parce que c’est important quand on est américain de parler espagnol. Au Texas, il y a beaucoup de gens hispanophones. Je parle correctement 2 langues et je peux me débrouiller dans 2 autres.

  • Croyez-vous aux extraterrestres ?

Je ne peux pas te le dire c’est un secret ! Oui j’y crois. Je suis certain qu’il y a d’autres vies dans l’univers, mais je n’ai pas de preuve. Nous n’en avons jamais vu, c’est juste que je me dis que c’est tellement grand l’univers. Il y a des centaines de milliards d’étoiles, avec des galaxies ayant chacune des milliards d’étoiles. Ça ne se peut pas qu’il y en ait juste une avec de la vie. Il me semble que ça ne se peut pas, mais je n’ai pas de preuves.

  • Au cas où il y aurait encore des sceptiques, pouvez-vous nous confirmer que la terre est belle et bien ronde et non plate ?

Absolument, aucun doute, je l’ai vue ! C’est une boule ! Je faisais le tour sans arrêt. Si elle était plate ça n’aurait pas fonctionné.

  • Pour vous la persévérance scolaire, c’est quoi ?

J’ai deux choses à dire là-dessus. D’abord, aller à l’école, apprendre quelque chose, c’est plaisant. Ça te permet de voyager dans ta tête, de comprendre le monde autour de toi. Il y a plein de brumes qui se lèvent, plein de mystères qui disparaissent. Je trouve que même si parfois il peut y avoir des côtés négatifs, des devoirs à faire, il ne faut jamais oublier le positif. La richesse que c’est de mieux comprendre le monde autour de nous. Ça donne tellement de force de caractère, d’ouverture! C’est formidable de comprendre. La plus belle chose je trouve, c’est de comprendre ce qu’il y a tout autour de nous. Ça, c’est ce qui m’a toujours aidé avec la persévérance scolaire. Ça m’a rappelé la joie que j’avais au fond de mieux comprendre. Ensuite, quand nous avons des difficultés, l’important c’est de ne pas avoir peur de demander de l’aide. Un peu comme lorsque je racontais plus tôt que, lorsque j’ai fait des erreurs pendant la mission, même si j’avais vraiment peur d’appeler au centre de contrôle, je devais demander de l’aide. C’est la même chose à l’école. Lorsque ça va mal ou que c’est difficile, il ne faut pas avoir peur de demander de l’aide. Tout le monde est prêt à aider quelqu’un qui veut apprendre. C’est encore plus plaisant quand on le fait en équipe, avec l’aide de quelqu’un d’autre. Alors voilà, nous ne sommes pas seuls. Maintenant que je suis père de famille, c’est tellement important d’aller à l’école. C’est tellement important pour moi que mes enfants persévèrent à l’école et qu’ils acquièrent cette richesse-là dans leur tête. Personne ne peut t’enlever tes connaissances, ce sont tes outils pour la vie.

  • Quel message voulez-vous lancer aux jeunes de notre région ?

Vous êtes chanceux d’habiter dans des belles municipalités comme ça, d’avoir accès à la nature. C’est une belle richesse de vivre dans des milieux un peu plus petits parce que la vie est parfois moins compliquée. Vous perdez moins de temps dans les transports. J’ai habité longtemps en région, j’ai fait plein de stages, j’ai travaillé dans le Grand Nord. J’adore l’atmosphère des régions du Québec. J’ai marié une fille qui vient des régions. Ce sont de beaux milieux de vie pour grandir. Après ça, vous avez toute la vie pour explorer la terre au complet et toutes les grandes villes. C’est un privilège d’habiter et de grandir dans des endroits qui sont sains.

  • Que pensez-vous des jeunes qui s’impliquent bénévolement dans leurs municipalités ?

C’est formidable ! Il n’y a rien de mieux pour le bonheur que de s’impliquer dans sa communauté. C’est la plus belle chose que nous pouvons faire pour les autres, mais aussi pour soi-même. On dirait que ça nous donne tellement de fierté, que ça nous donne un peu un sens à la vie. C’est vraiment une très belle chose à faire que de s’impliquer dans son environnement. C’est quelque chose que nous ne pouvons pas regretter. Je vous encourage et je félicite ceux qui font ça.

  • Quelle importance doit-on porter à l’activité physique ?

J’aime ça faire du sport. Je ne suis pas un athlète olympique, mais j’aime ça et je me sens bien dans ma tête quand je fais de l’exercice. Vous, vous êtes jeunes et votre corps est en parfait état, c’est facile. Peut-être que vous ne voyez pas l’intérêt encore, mais peu importe c’est quoi votre rêve, c’est certain que vous allez avoir besoin de votre corps. Peu importe ce que vous voulez faire, vous avez besoin de votre corps. Votre corps c’est comme votre meilleur ami, c’est votre meilleur outil. Il faut absolument en prendre soin. Il faut faire de l’exercice un peu, régulièrement. Il faut bien manger, bien dormir, faire attention au stress parce que vous n’êtes pas fait en plastique. Un corps, il faut vraiment lui faire attention, c’est votre meilleur allié. Je trouve ça important. J’aime ça faire de l’exercice parce que je me sens mieux. Ça me donne de l’énergie et j’ai toujours adoré faire ça.

  • Que pensez-vous des jeunes et la relation avec la cigarette ou la vapoteuse ?

Je n’ai jamais fumé alors je ne sais pas. Je me rappelle quand j’étais jeune, mes parents fumaient et ils ont arrêté. Ça n’a jamais été tellement présent dans ma vie. Les jeunes qui fument, je vous conseillerais d’arrêter ça parce que, même si c’est difficile d’arrêter et que ça coüte cher, c’est nocif pour la santé. Parfois les gens fument pour aider leurs stress, mais il y a d’autres manières. Quand nous sommes stressés, il y a d’autres manières plus saines de combattre cela comme faire de l’exercice ou parler à des gens. Est-ce que vous en voyez beaucoup dans vos écoles ? Moi à mon école, il y a beaucoup de jeune qui fument et qui prennent la vapoteuse. C’est quand même assez populaire ces temps si.


Entrevue avec Mme Sarah Grenier-Martin, mannequin

Entrevue avec Mme Sarah Grenier-Martinmannequin professionnelle réalisée par Maïna Tanguay, Rosalie Bousquet et Jade Fortier 
des Comités 12-18 de St-Pierre-Baptiste et de Lefebvre. 

Dans quel genre de famille avez-vous grandi ? 

En fait moi je suis la plus vieille. On est 3 filles, donc j’ai 2 sœurs plus jeunes. Ma plus jeune sœur a 10 ans de différence avec moi. Ce sont les 2 mêmes parents et mes deux parents étaient enseignants au secondaire. Mes parents ont divorcé quand j’avais 11 ans. J’habitais à Acton Vale à l’époque et par la suite nous avons déménagé à Drummondville. 

Adolescente, comment étiez-vous ? 

Adolescente j’étais très gênée. Je le suis encore aujourd’hui même avec l’âge. Mais comme j’ai grandi super vite, j’étais plus grande que toutes mes amies et les gars, donc j’étais super complexée et très timide au secondaire. Ça m’a pris plusieurs années avant de me sentir mieux dans mon corps. 

D’où vous êtes-vous venu le désir d’être mannequin ? 

En fait, je ne voulais vraiment pas devenir mannequin. J’étais tellement gênée que c’était vraiment quelque chose qui me repoussait un peu si je peux dire. Comment ça commencé ?  C’était à l’école secondaire. Il y avait une dame qui organisait un défilé et toutes mes amies s’étaient inscrites à ce défilé-là. Sur l’heure du diner, je me ramassais seule si je ne le faisais pas. Alors c’est pour ça que j’ai accepté. C’est à partir de ce moment-là que je me suis fait recruter par une agence. C’est comme ça que ça commencé. 

Pourquoi avez-vous choisi d’être mannequin et non figurante ? 

Ce sont les opportunités qui se sont présentées à moi. Donc j’ai décidé de commencer mannequin. Figurante parfois, il faut parler quand ce sont des rôles premiers ou secondaires. J’étais vraiment trop gênée pour ça. Ce que j’aimais du mannequin, c’est seulement du acting sans parler. Ça m’arrangeait aussi. 

Comment avez-vous débuté votre carrière ? 

J’ai gagné un concours aux galeries de St-Hyacinthe. Ce concours était pour devenir mannequin pour les galeries de St-Hyacinthe, donc j’ai gagné le premier prix. À partir de là, j’ai eu un cours avec l’agence Ema, à Drummondville. Ensuite j’ai été recrutée par une agence à Montréal et ainsi de suite. 

Est-ce qu’il y a des personnes qui ont nui à votre cheminement ? 

Oui beaucoup. Il y avait beaucoup de jalousie. Des gens qui ne comprenaient pas pourquoi je voulais faire ça. Il y avait aussi beaucoup de préjugés par rapport à ce métier-là. Ce n’est pas un métier qui est commun, surtout que j’ai commencé à 13 ans. Au début, il y avait beaucoup de jugement de gens qui ne comprenaient pas ou bien qui s’inquiétaient. Ensuite, c’est certain que c’est un milieu compétitif entre plusieurs filles. Parfois, on arrive pour un casting avec 100 filles pour le même travail. 

À quoi ressemble votre parcours académique ? 

Je n’aimais pas l’école secondaire. Je ne vais pas vous mentir et vous dire que j’aimais l’école. J’ai une façon très différente d’apprendre. Je suis plus autodidacte. Je trouvais ça long à l’école et ce n’était pas quelque chose qui me plaisait. En secondaire 2, j’ai annoncé à mes parents que je quittais l’école pour faire un DEP en ébénisterie. Mes parents n’étaient pas d’accord, c’est certain. Mais maintenant, je les remercie de m’avoir obligée à terminer mon secondaire. Comme j’avais des difficultés académiques, j’ai fait mon secondaire 5 et j’ai terminé mes mathématiques aux adultes. Quelques années plus tard, car j’avais déjà commencé mannequin, je suis retournée faire des cours. Peut-être 10 ans plus tard, je suis retournée à l’école pour faire d’autres formations. 

Avec quelle agence avez-vous commencé votre carrière ? 

J’ai commencé avec l’agence Ema à Drummondville. Ensuite, j’ai été avec Montage qui est située à Montréal. Ensuite je me suis fait recruter par une autre agence à Montréal qui s’appelle Next Canada. Au total, je crois avoir eu 7 ou 8 agences partout dans le monde. Je voyageais à Paris, à Londres, à New York, à Amsterdam, au Portugal. Donc j’avais plusieurs agences qui me « bookaient » différents contrats. C’était le fun cette étape-là. 

À votre premier défilé, comment vous êtes-vous sentie ? 

Mon premier défilé, j’étais terrorisée. J’avais vraiment peur, je ne vais pas vous mentir et vous dire que j’étais confiante et que j’allais bien. J’avais chaud, je n’étais vraiment pas bien. L’adrénaline qui monte et la gêne... Je vous parle surtout des gros « Fashion Week » que j’ai faits. Les petits défilés, j’étais nerveuse, mais j’aimais ça. Mais quand je suis arrivée à l’international ou à Montréal au « Fashion Week », j’avais le trac avant les shows. Mais une fois que tu l’as fait, tu es fière de toi. C’est comme n’importe quoi dans la vie. Des fois vous allez avoir des défis qui vont vous faire peur. On n’a pas le goût parce que ça nous rend mal à l’aise. Mais une fois qu’on l’a accompli, qu’on l’a fait, on est fier de soi. Je suis contente de l’avoir fait même si ça me faisait vraiment peur au début. 

Comparez-vous votre physique avec d’autres mannequins ? 

Je l’ai fait beaucoup dans les premières années quand j’ai commencé, car j’avais 13 ans. Et oui, je me comparais beaucoup. Par contre, j’ai appris avec le temps à ne pas me comparer aux autres. Chaque personne est unique, chaque personne est différente. Je sais que c’est cliché de le dire, mais c’est tellement vrai. Chaque personne a ses propres critères de beauté. Moi je n’ai pas les dents parfaites et mon agence avait refusé que je me les refasse. Mes palettes sont repoussées et j’ai un gros grain de beauté. Ça me rend unique. Comme vous, vous êtes uniques. Chacune de vous avez un détail particulier. C’est la même chose dans le milieu de la mode. Il faut juste apprendre à s’aimer soi-même avec ses forces et ses propres critères. J’ai arrêté de me comparer vite faite. Tout ce que ça faisait, c’était de me rendre malheureuse. Des belles filles, il y en a tout le temps. Surtout quand tu arrives dans un casting avec plein de belles filles. Tu fais juste te dire que moi je suis moi. Il ne faut pas prendre un refus comme quelque chose de personnel. Moi je le voyais vraiment comme un travail. Si je plais au client bien tant mieux! Sinon ce n’est pas grave, on continue de vivre. 

Quels sont vos futurs projets ? 

Présentement, je suis directrice au développement d’affaires pour la compagnie Beaulieu Revêtement. Je travaille en construction. J’ai pris cette décision-là il y a deux ans, de changer de carrière, de milieu, d’apprendre quelque chose de nouveau. Je vais chercher de nouveaux clients pour la compagnie. J’aime vraiment ça. J’ai sorti de ma zone de confort de beaucoup ! Je suis arrivée là-bas, je ne connaissais rien du domaine de la construction. Je me demandais ce que j’allais faire ici.  Finalement, ça bien été. Je me débrouille bien. 

Quelles sont les choses les plus importantes à savoir concernant le métier de mannequin ? 

C’est une vraie carrière. Quand on regarde ça sur les réseaux sociaux, ça a l’air magique : on reçoit des sacoches, de beaux vêtements, on voyage tout le temps. Mais la réalité des mannequins qui travaillent, ce n’est pas ça du tout. C’est comme une vrai job. Tu te lèves le matin, tu as des castings, tu travailles des journées entières à faire des shootings photos avec des clients. C’est un vrai travail. Ça ne demande pas juste une photo de moi et ok c’est fait ! Des shootings photos, on peut travailler des 8 heures de temps. Tu te fais maquiller, peigner différemment 15 fois, ils te changent tout le temps. Donc c’est très exigeant comme métier. Ce n’est pas juste le glamour qu’on voit.  

Croyez-vous qu’il est possible de réussir dans ce domaine sans être trop mince et pas très grande ? 

Absolument ! Le marché a changé beaucoup dans les dernières années. J’ai placé 2 filles qui sont dans une agence, car j’ai fait du placement aussi. Il y en a une qui est « curvy » et l’autre mesurait 5 pieds 7 poucesCe qui sort des anciens critères d’agences. Donc oui, le marché a vraiment changé maintenant. Je pense qu’il va changer encore plus dans les années à venir. 

Quelles sont vos forces ? 

Je pense que je suis très curieuse et je suis déterminée. Quand je me fixe un objectif, même si ça prend du temps, j’aime ça y arriver. La curiosité et l’ouverture d’esprit, je pense que ce sont vraiment mes forces. 

Qu’est-ce qui vous passionne le plus ? 

Je pense que c’est le développement personnel. Car je n’ai pas eu le choix d’apprendre à travailler sur moi pour devenir une meilleure personne. Sinon tout ce qui est aux arts. La beauté, les vêtements, les artistes, les peintres, les sculpteurs, peu importe, tout ce qui est relié aux arts est pour moi une passion. Ce qui touche la décoration, faire des meubles, des choses comme ça, j’adore ça. 

Pour vous la persévérance scolaire c’est ? 

La persévérance scolaire, pour moi, c’est de faire de son mieux. Pas nécessairement avoir de bonnes notes, en tout cas pour moi, je n’ai jamais eu de bonnes notes à l’école, sauf en arts plastiques, où j’ai eu 100. J’avais plus des notes proches du 60 si on peut dire. Je pense que c’est juste de faire de son mieux. D’être fier de soi-même même quand on ne réussit pas. De continuer même si c’est difficile. Il y a des journées, je me rappelle, ou j’arrivais de l’école en pleurant à cause de mes mauvaises notes. Je me dévalorisais beaucoup par rapport à ça, en pensant que je n’étais pas intelligente. Mais il y a tellement de sortes d’intelligence, tellement de façons de réussir que je pense que c’est ça la persévérance. Même quand ce sont des journées difficiles de continuer, il faut croire en soi, même si des fois c’est plus difficile. 

Quel message voulez-vous lancer aux jeunes de notre région ? 

Je vous trouve courageux et courageuses, surtout avec cette année, vous avez eu beaucoup de défis, beaucoup d’adaptation à vivre. Vous êtes lancés d’un côté et de l’autre et je trouve admirable de vous voir aller. Chapeau à vous ! Je trouve ça « hot » votre capacité d’adaptation ! 

Que pensez-vous des jeunes qui s’impliquent bénévolement dans sa municipalité ? 

Je vous trouve admirable ! Je trouve ça très « cool ». Justement hier, quand j’ai lu la question, je trouvais que c’était tout en votre honneur. Premièrement, ça vous ouvre les yeux sur un monde différent, ça vous permet de rencontrer des gens différents. Quand vous allez sortir du secondaire, quand vous allez devenir des adultes, vous allez tellement être fiers de vous. Ça vous fait ouvrir les yeux sur un monde qui vous amène vers des chemins vers lesquels vous n’auriez pas pensé aller. Vous allez peut-être trouver votre passion à travers ça. Je vous félicite ! Je trouve ça très génial que vous ayez le courage et le « guts » de faire quelque chose comme ça.  

Quelle importance doit-on accorder à l’activité physique ? 

Quand j’étais plus jeune, je n’aimais vraiment pas faire du sport. Je suis de celles qui a fait l’inverse de ce qu’elle devait faire. Je n’aimais pas faire du sport, je n’aimais pas bouger. J’ai appris en vieillissant et avec le mannequinat. Tu n’as pas le choix de garder une certaine forme et à l’époque, c’était plus sévère. Pour la santé mentale et physique, c’est tellement important. Moi je fais du yoga. Ce n’est pas un gros sport, mais c’est mon activité physique à moi, dans ma petite bulle. J’en fais tous les jours. Sinon je marche. Il faut vraiment trouver son sport ou son activité physique qui nous fait du bien. Maintenant je ne pourrais plus m’en passer. Ça fait vraiment partie de ma routine bien-être. Ce n’est pas de s’entrainer pour avoir un corps parfait, ce n’est vraiment pas ça le but. Le but, c’est de se sentir bien, avoir plus d’énergie après. C’est ça qui est important. 

Que pensez-vous de la relation entre les jeunes et la cigarette ou la vapoteuse ? 

Ah mon dieu ! Ça aussi ! J’ai fumé quand j’étais jeune. Sérieusement, si c’était à refaire, je n’aurais jamais fait ça. On pense qu’on est « cool » quand on fume avec la cigarette ou la vapoteuse. Mais au contraire, on ne l’est pas du tout. Je pense que si c’était à refaire, je n’aurais jamais dû commencer à faire ça. Ça n’apporte rien de bon. Un, tu pues et détruis ta santéMême si je vous les répète, vous connaissez déjà la liste des effets néfastes. Vous vous le faites dire souvent. Ça ne rend pas justice à ce que l’on pense que c’est. On n’est pas « cool » quand on fume, au contraire. 

 


Entrevue avec Mme Maryline Gaucher, réserviste des Forces Armées Canadiennes

Entrevue avec Maryline Gaucher, réserviste des Forces Armées du Canada, réalisée par Caryne Carrier et Xavier Bibeau, des Comités 12-18 de Lyster et Durham-Sud. 

Premièrement, qu’est-ce qui vous a poussé à devenir militaire ? 

Dans le fond, je vais juste commencer par clarifier que la réserve c’est du temps partiel. Donc moi, ce que je voulais était un métier à temps partiel parce j’étais aux études. J’allais au collège faire une technique de Transformation des aliments et je cherchais seulement un métier à temps partiel qui allait concorder avec mes études. En même temps, c’est un travail de fin de semaine, on s’entend. Ça interférait pas du tout avec mes études. J’avais vraiment envie d’un emploi qui était différent. On s’entend que l’armée, c’est vraiment différent. Je voulais un métier qui allait démontrer de la cohésion et où on travaillerait tous en équipe, qu’on allait apprendre des trucs qu’on apprend nulle part ailleurstu n’as pas besoin de permis et tu peux tirer de l’arme à feu. C’est comme une grosse famille et moi on m’avait un peu vendu cette idée-là. J’étais vraiment allumée par ça. En plus, il n’y a aucun métier qui ressemble à ça. L’armée est tellement flexible en plus. Si j’avais un examen le lundi matin, j’avais le droit de ne pas être là la fin de semaine d’entrainement, car la réserve priorise beaucoup les études. Il n’y avait aucun autre emploi qui concordait plus que ça avec mes études. Je voulais aussi avoir des défis, parce qu’on s’entend que l’armée a beaucoup de défis, mais ce sont tous des défis qui sont relevables. Ça fait juste t’améliorer en tant que personne. Il n’y a rien de négatif pour être honnête. C’est pour ça que je me suis lancée. Je n’y connaissais rien au monde de l’armée et quand je suis entrée, j’ai tout appris au fur et à mesure. Çvraiment bien été. C’est sûr que c’est stressant, mais pour vrai, c’est vraiment le plus beau geste que j’ai fait dans ma vie. Dans le fond moi, c’était du temps partiel, que j’ai fait durant mes trois années au collège. En ce moment, je fais du temps plein avec la réserve. Donc oui, il y a moyen de travailler à temps plein même si on est dans la réserve à temps partiel. La réserve permet de travailler à temps plein et à temps partiel. C’est parfait pour quelqu’un comme moi qui n’est pas trop certaine de ce qu’elle veut faire. Donc c’est un peu pour toutes ces raisons-là que je suis entrée dans la réserve. En plus, nous n’avons pas de contrat. Donc on peut entrer dans la réserve et quitter si on n’aime pas ça ou s’il y a quoique ce soit qui ne fonctionne pas avec notre vie.  

Ça prend quel âge pour entrer dans l’armée ? 

Dans le fond, vous pouvez entrer dans l’armée à partir de 16 ans et c’est maximum 57 ans. Si vous avez 16-17 ans, ça prend l’autorisation de l’un des deux parents. Ils font seulement signer et être présents lors de vos rendez-vous dans le processus d’enrôlement. Ensuite vous pouvez opérer dans la réserve sans problème. C’est à partir de 16 ans que vous pouvez appliquer en ligne sur le site www.force.ca  

Est-ce que vos parents vous ont toujours appuyée dans votre décision ? 

Je vous dirais que ça dépendait. Ma mère a été la seule à être 100% avec moi dans cette aventure-là au début parce que souvent ça fait peur aux parents. C’est l’armée, donc là, ils se demandent : « Ok, là mon enfant va-t-il s’en aller au front. » C’est ça qui fait vraiment peur. Mais une fois que nous sommes dans l’armée, qu’on en parle et qu’ils savent vraiment c’est quoi, la « game » change vraiment beaucoup. Â ce moment-là, quand je suis entrée, j’avais 17 ans, donc ça me prenait le consentement d’un parent et c’était ma mère bien entendu. Mon père n’était vraiment pas d’accord avec l’idée. Il se disait que j’allais perdre mon temps, que j’allais mettre trop d’emphase sur l’armée, que j’allais perdre le focus sur mes études. Donc il n’était pas très ouvert à l’idée, mais je l’ai fait quand même. Je vous dis ça en ce moment parce que je veux justement que vous n’ayez aucune peur et que vous puissiez vous lancer si c’est un frein pour vous. Il y avait également mon grand-père, il n’était tellement pas d’accord qu’on ne lui a même pas dit que j’étais encore rentrée dans l’armée. Je faisais mes cours à l’été 2016, à Valcartier, et ma mère inventait quelque chose parce que je n’étais pas là. Elle ne voulait pas lui dire tout de suite car elle ne se sentait pas prête. Du moment où j’étais bien intégrée dans l’armée et que je savais de quoi je parlais, tout le monde est devenu d’accord avec l’idée que je sois dans la réserve. C’est vraiment en le faisant que l’on convainc le monde. Donc c’est ça !! Au début il y avait seulement ma mère et maintenant tout le monde est d’accord !  

Il y a combien de métier dans l’armée ? 

Il y en a beaucoup. Dans le fond, dans la force régulière, il y a environ 100 métiers. Quand je dis régulière, c’est l’armée à temps plein. Il y a beaucoup plus de métiers à temps plein, ça c’est normal. Mais pour ce qui est du temps partiel, donc la réserve, on en compte une vingtaine. Nous dans le 6e bataillon, on est une unité d’infanterie, on a 5 métiers qui sont offerts. Je vais vous les énumérer : Il y a Soldat d’infanterie, je vais vous énumérer tantôt un peu ce que ça veut dire, Officier d’infanterie, ce sont eux qui gèrent les Soldats d’infanterie, sinon nous avons des Administrateurs en ressources humaines, Administrateurs en services financiers, ce sont eux qui vont s’occuper du côté administratif, de nos dossiers, de nos payes, ce qui touche au déploiement, bref tout ce qui touche aux papiers. Sinon nous avons des musiciens dans le bataillon. Ce sont donc les 5 métiers qui sont offerts dans notre unité à St-Hyacinthe et Drummondville. Dans la réserve, il y aussi des métiers de support. Comme par exemple à St-Hubert, il y a le 34e bataillon de service, tu peux être cuisinier, chauffeur de véhicules militaires, mécanicien, technicien en approvisionnement. C’est comme si vous aviez une grosse « shop » et que vous deviez fournir du matériel pour les exercices. Vous pouvez être technicien en armement, travailler dans les communications, bref il y en a beaucoup ! Sinon à Trois-Rivières, il y a la marine et il y a de l’artillerie. Dans la marine, il y a pas mal tous les métiers que je vous ai énumérés juste avant. La majorité dise ce qu’ils font, un cuisinier, c’est un cuisinier. On s’entend que c’est un emploi à temps partiel, mais il y a moyen de trouver quelque chose qui plait aux gens habituellement. 

Sinon est-ce qui y a beaucoup de femmes qui pratiquent ces métiers-là ? 

Je vous dirais que ça dépend du métier que vous faites. En ce moment dans l’armée, ils essaient vraiment d’avoir plus de femmes, parce qu’on veut que ça soit représentatif de la population. Moi je suis une soldat d’infanterie, donc mon métier c’est de jouer avec des armes, de connaître les tactiques de guerre, etc. Donc dans mon métier, il doit y avoir 4 femmes actives qui sont dans un peloton de 40 personnes par exemple.  Donc c’est sûr que ce n’est pas beaucoup, mais on veut augmenter cet effectif-là. On ne veut pas discriminer les femmes en soi. C’est sûr que nous sommes encore à travailler là-dessus, surtout que c’est plus un métier d’homme, on s’entend. C’est certain que c’est plus physique, c’est plus difficile, mais on veut des filles. On veut montrer qu’on est capable de le faire et c’est pour ça qu’en ce moment, les métiers plus de combat, il y a moins de femme. Mais sinon pour les métiers plus d’administrateurs, ressources humaines, etc., il y a beaucoup de femmes quand même. C’est sûr qu’en ce moment, le ratio, l’armée aimerait être à 25% de femmes, donc ça vous dit que présentement, c’est moins que ça !  

Quel est le salaire dans l’armée ? 

Il faut que vous sachiez que le salaire varie vraiment en fonction du grade. Quand vous rentrez comme soldat recru, vous allez avoir le plus petit salaire, ça commence à 96$ par jour. Mais ça augmente très vite parce que chaque grade, exemple que vous êtes soldat, à chaque année, ça va augmenter. Mettons que vous êtes soldat durant 3 ans, vous allez tomber soldat 3 un moment donné, vous allez augmenter à chaque fois. Un jour vous allez tomber caporal et ça va augmenter encore. Ça commence à 96$ par jour et quand vous êtes caporal, c’est 152.98$ par jour. Moi par exemple, je suis caporal 3, c’est environ 160$ par jour. Quand je dis par jour, dans la réserve comment ça fonctionne, c’est que du moment que tu travailles plus de 6 heures, c’est considéré une journée complète. Donc on peut travailler entre 6 et 24 heures, ça dépend si nous sommes en train de faire une activité à Valcartier. Comme une fin de semaine d’entrainement ou on ne dort pas chez nous, c’est sûr que ce sera le même salaire, mais ça compense pour les journées ou on travaille moins d’heures. C’est sûr que vous ne devez pas être effrayé par ça. Ça arrive souvent qu’on travaille une journée de 8 heures et qu’on ait le salaire d’une journée complète. Moi par exemple, ça serait 160$ par jour. Si vous travaillez moins de 6 heures, vous faites juste le salaire divisé par deux. Donc moi je ferais à peu près 80$ pour la demi-journée. C’est comme ça que ça fonctionne dans la réserve. Sinon le temps plein, c’est vraiment un contrat 7 jours sur 7, payé tous les jours. Donc ça dépend si tu fais partie des forces régulières ou réserve. Sinon, si vous voulez, allez voir sur le site selon les grades. Les officiers ont un salaire un peu plus élevé car ils ont besoin d’un baccalauréat pour être officier, donc c’est un peu plus. Sur le site, vous pouvez inscrire « Taux de solde des forces de l’armée canadienne » sur Google. Vous allez trouver toutes les grilles si ça vous intéresse.  

Est-ce que c’est difficile de suivre les garçons ? Est-ce que vous avez les mêmes entrainements ? 

Je vous dirais encore une fois que ça dépend du métier. Par contre, dans tous les métiersvous faites de la qualification militaire de base. On vous apprend à être un soldat dans l’armée. Donc un minimum que vous vous préparez physiquement et mentalement pour ce qui s’en vient, je vous dis que vous allez être correct, vous allez être capable de suivre les garçons. Il n’y a rien d’inhumain, car nous sommes tous humains, on est tous capables de le faire. Je vais prendre moi comme exemple, parce que je suis une femme. Quand j’ai voulu faire mon cour de soldat d’infanterie, en 2016, je m’étais préparée peut-être 2 ou 3 mois à l’avance. Je courais beaucoup, je m’entrainais quand même beaucoup, peut-être 3-4 fois semaine, ce qui est correct, et ça super bien été. Dans le fond, le plus que vous êtes préparés, et le mieux ça va aller. Ce n’est pas difficile, il faut avoir la volonté. On le sait que c’est un défi à la base, mais du moment que vous êtes préparés, ce n’est pas difficile. On est capable de le faire.  

Qu’est-ce que vous aimez le plus dans votre métier et qu’est-ce que vous aimez le moins ? 

Ce que j’aime le plus de mon métier ?  Je vais commencer par le négatif, comme ça on va finir sur une note positive ! Ce que j’aime le moins de mon métier présentement, pour un soldat d’infanterie, ça serait peut-être les journées ou les nuits où il fait -30que je suis à Valcartier et que je grelotte. Mais sinon, si ce n’est pas de ça, j’adore vraiment tout de mon métier. Oui on travaille beaucoup dehors, dans des conditions difficiles, du moment où nous sommes habillés comme il faut, tout est correct. Puis ce que j’aime beaucoup de mon métier, en général avec l’armée, pas seulement avec le soldat d’infanterie, mais dans l’armée en générale, c’est qu’il n’y a pas de routine. On s’entraine toujours pour divers buts et ce n’est jamais pareil, c’est ça qui est vraiment plaisant. On ne se fatigue pas. Pour moi, la raison pour laquelle je suis rentrée, c’était pour casser la routine. Comme par exemple, quand tu vas faire un champ de tirs à Valcartier, la fin de semaine, et que tu reviens à ta petite routine le lundi matin avec ton emploi civil. Je ne suis pas une fille de routine et à date, c’est l’emploi parfait pour ça. Sinon ce que j’aime beaucoup c’est l’esprit de corps, car nous sommes vraiment une grosse équipe. Je n’ai pas l’impression de travailler et c’est ça qu’il faut d’un emploi ! C’est vraiment ça que j’aime le plus.  

Est-ce que vous avez déjà participé à une mission hors du Canada ? 

Pas encore. Ça fait maintenant 4 ans ½ que je suis dans l’armée. Par contre, ce qui est plaisant, c’est qu’il y a beaucoup d’opérations qui sont locales au Canada. D’ailleurs, j’ai participé à 2 missions au Canada. Je vais vous en parler quand même un peu même si je n’ai pas fait d’opération hors Canada, car je trouve pertinent de voir un peu ce qu’on fait. Donc la première que j’ai fait, c’était au mois de mars dernier. Nous sommes allés dans le Grand Nord. Une fois par année, nous les réservistes, on va dans le Grand Nord. On fait acte de présence parce que c’est un territoire qui est un peu hostile. Il y a de grandes puissances qui veulent se battre pour ça, donc nous on va là une fois par année pour faire de la présence. On assure notre souveraineté pour ce territoire-là. Puis sinon on fait un lien de confiance avec les Inuits, parce que c’est eux les experts de ce territoire-là. Donc on a fait de la pêche, de la chasse et ce sont eux qui nous ont montré comment établir une cache. Moi j’ai dormi sur la Baie d’Hudson, c’était super. C’est vraiment très haut. Et j’ai adoré cette expérience là pour être honnête. Le plus froid qu’on a pogné, je crois, c’était -73. Mais quand tu es bien habillé, c’est parfait ! C’est un froid sec, donc ça se passe très bien. Dans le fond, ça c’était pour l’opération Nanuk, qui était au mois de mars. C’était génial !! Sinon l’autre que j’ai faite était au printemps encore une fois.  Vous avez sans doute vu dans les réseaux sociaux que l’Armée est allée dans les CHSLD pour aider les résidents. Moi j’y ai été et je suis très contente de l’avoir fait parce que nous, notre but dans l’armée, c’est d’être présent peu importe ce qui se passe. Dans n’importe quelle situation, peu importe ce qui se passe, il faut qu’on soit prêt. Ça c’est vraiment un bon exemple de pourquoi on doit être prêt. Nous avons beaucoup de techniciens médicaux qui étaient là, ça entre dans leur métier. Nous par exemple, les soldats d’infanterie, on n’est pas qualifié pour donner des soins aux résidents, donc il a fallu qu’on s’adapte. On a eu une formation de deux jours pour ensuite aller au CHSLD. Moi je suis restée là 1 mois ½. J’avais des tâches qui ressemblaient à celles d’un concierge. Par contre, il fallait qu’on fasse du nettoyage tout le temps pour essayer d’éliminer le virus le plus possible. Sinon j’ai des collègues qui ont vraiment alimenté les résidents, changer des culottes, etc. Donc c’est vraiment pour vous montrer que l’armée est universelle, on est là pour quoique ce soit ! C’est ça qui est gratifiant, d’offrir ça aux gens, au pays justement. Donc ça, ce sont les deux que j’ai faites. Sinon chaque année il peut y avoir malheureusement des inondations, donc c’est une opération locale qu’on peut faire aussi. Moi je ne l’ai jamais faite, mais ça se donne très souvent. Un jour peut être que je ferai une opération en dehors du Canada, c’est une possibilité. 

 

Est-ce qu’il y a quelque chose qui vous effraie dans votre métier ? 

Je vous dirais que non, il n’y a rien qui m’effraie dans ce métier-là. Parce que, je ne sais pas comment je pourrais vous dire ça On est entrainé, on est préparé contre tout éventualité. Je ne pourrais pas vous dire s’il y a quelque chose qui me fait peur, car mon but est de servir mon pays. Donc dans le fond, il n’y a rien qui m’effraie !! Peut-être que si j’étais déployée, il y aurait quelque chose qui m’effraierait. Mais en ce moment, il n’y a rien qui m’effraie et c’est ça qui est plaisant. 

Quel cheminement scolaire devez-vous avoir ? 

Ça dépend encore une fois du métier. Par contre, la scolarité de base pour entrer dans les forces armées canadiennes, c’est un secondaire 4 avec 24 crédits. Donc il y a des métiers qui demandent ça et des métiers qui demandent plus. Comme par exemple, « administrateur aux ressources humaines » peut demander un secondaire 5 avec des mathématiques. Ça dépend de ce que vous choisissez. Si vous désirez devenir officier, on appelle ça les leaders, ce sont eux qui gèrent les pelotons, des compagnies de 200 personnes, donc pour être officier, vous devez détenir un baccalauréat ou être en voie d’en obtenir un. Mais sinon, un militaire au rang normal, c’est un secondaire 4 avec 24 crédits. 

Comment vous décririez ce métier ? 

Je vais vous décrire un peu mon métier de Soldat d’infanterie. Dans le fond, ce que ça fait un Soldat d’infanterie, nous sommes les premiers à engager le contact avec les ennemis. Je sais que ça fait peur dit de même, mais inquiétez-vous pas. On s’entraine tout le temps à être déployés. Notre but est de vraiment connaître par cœur toutes nos armes. Un soldat d’infanterie c’est la force principale de tous les métiers de combat. Ça c’est la ligne principale. Les fantassins eux peuvent faire beaucoup plus que ça. Nous notre rôle c’est de savoir se servir du matériel de communication, naviguer avec les cartes et les boussoles, utiliser le camouflage et il faut qu’on sache opérer n’importe où, dans n’importe quel milieu et n’importe quand avec n’importe quelle arme. Tantôt je parlais des CHSLD, nous comme fantassins, on peut faire beaucoup de choses. Nous sommes des hommes à tout faire. Ils se sont servis de nous, on est allé là, on était prêt à tout. C’est la description que je viens de vous dire. C’est sûr que de base, c’est nous qui regardons toutes les tactiques de guerre, comment approcher l’ennemi. Donc ça ressemble à ça. Mais comme je vous dis, il y a plus. Il faut que vous sachiez que chaque soldat doit être le plus autonome possible. Donc chaque soldat peut être qualifié dans plusieurs choses.  Je suis soldat d’infanterie, mais je suis aussi qualifiée pour conduire des véhicules militaires, pour donner des cours de premiers soins, pour donner les tests physiques quand on entre dans l’armée. C’est ça qui est plaisant, on peut se qualifier sur plusieurs choses. Donc même si vous avez un métier en particulier, vous allez pouvoir faire plusieurs choses. C’est ça qui est plaisant en entrant, car je ne le savais pas.  

Est-ce que les femmes sont plus respectées aujourd’hui dans ce métier ? 

Je vous dirais qu’aujourd’hui les femmes ont vraiment leur place dans l’armée. Surtout que nous sommes en 2020 quand même. Je vous dirais que tout le monde a un rôle, tout le monde est important dans cette grosse équipe-là. J’aime bien aussi utiliser cette expression « Une chaine est aussi solide que son maillon le plus faible, » parce que c’est vrai. Si quelqu’un a plus de difficulté avec quelque chose, le reste de l’équipe va l’aider. Et cette personnelà va apporter autre chose dans l’équipe de travail. C’est pour ça que j’aime bien cette expression-là. Et tout le monde apporte quelque chose à l’équipe de travail. C’est pour ça que je vous dis que les femmes ont vraiment leur place. C’est pourquoi on essaie d’augmenter l’effectif féminin, parce que nous sommes très importantes, tout le monde est important. Si jamais des femmes subissent de la discrimination, dans les forces il y a beaucoup d’outils qui sont offerts, il y des numéros de téléphone, etc. On est bien supportée. 

Pour vous la persévérance scolaire c’est ? 

Pour moi la persévérance scolaire c’est d’avoir des difficultés et de ne jamais abandonner. De juste se concentrer sur notre but, ce qu’il y aura à la fin comme récompense. J’ai déjà échoué plusieurs cours à l’école et je faisais juste me dire « un jour ça va être terminé ! ». Pour moi c’est ça, ne jamais abandonner malgré les embuches rencontrées. 

Quel message voulez-vous lancer aux jeunes de notre région ? 

Qu’est-ce que je voudrais dire aux jeunes de la région, ça n’a pas vraiment rapport avec l’armée, mais c’est de ne pas lâcher à cause de la pandémie mondiale qu’on vit en ce moment. Je sais qu’en ce moment, les dépressions augmentent, mais il faut vraiment trouver un moyen de s’adapter à ça. C’est sûr que c’est difficile, vous êtes présentement à l’école avec des masques, etc., mais il faut vraiment s’adapter pour passer au travers de cette pandémie-là. Si on fait juste penser que ça va être fini bientôt, on va être encore juste déçu. Faites juste vous créer une petite barrière puis lâchez pas face à cette pandémie. Trouvez-vous des activités à faire pour passer le temps. Je sais que le Premier ministre Legault l’a dit beaucoup, mais je vous le conseille. Moi aussi, j’ai dû rester chez moi pendant 2 mois ½ au printemps et il faut juste se trouver des choses à faire. Essayer de socialiser malgré le fait qu’on ne peut pas se voir. Donc faites juste pas lâcher ! C’est le seul mot que j’aurais présentement envie de vous dire.  

Quel importance doit-on accorder à l’activité physique ? 

Moi je me suis entrainée depuis le secondaire 3. C’est très important car c’est un moyen de décompresser. De garder son corps prêt à tout. Vous allez être en meilleur santé physiquement et mentalement. Surtout dans l’armée, c’est vraiment important. Je ne veux pas justement être le maillon le plus faible. Je veux être capable de faire mon métier, être opérationnelle. Il y a juste des avantages à s’entrainer. Sans être obligé de s’entrainer beaucoup, des fois je m’entrainais 2-3 fois semaines, mais c’est mieux que rien du tout. Si vous n’avez rien à faire, vous pouvez faire ça. S’étirer après, c’est vraiment bon. Moi l’activité physique, j’y accorde une bonne importance.  

Que pensez-vous des jeunes qui s’implique bénévolement dans leur municipalité ? 

Moi je pense que c’est une très bonne chose. D’ailleurs moi j’ai commencé à faire du bénévolat très jeune dans ma vie. Aussitôt que j’ai pu conduire, j’ai fait Opération Nez rouge. Je pense que c’est une bonne façon de se développer. Dans le fond, c’est de donner son temps gratuitement donc je ne vois même pas ce qu’il y a de mieux comme acte à faire. C’est très généreux d’aider les gens dans sa communauté. C’est vraiment d’aider son prochain. Je trouve ça très bien les jeunes qui font ça. C’est une belle façon de se développer et de voir autres choses. Tu peux rencontrer des gens, découvrir des choses. Moi je trouve que c’est très positif.  

Que pensez-vous de la relation entre les jeunes et la cigarette ou la vapoteuse ? 

Moi je vous dirais que mon opinion par rapport à ça est relativement neutre. Je n’empêcherais personne de faire ça. Mais par contre, étant donné que je suis dans l’armée, c’est sûr que la majorité des gens qui rentre adopte un mode de vie sain par intérim. Si vous voulez avoir un mode de vie sain, c’est sûr que ça ne va pas ensemble, cigarette et mode de vie sain. Moi je n’ai jamais fumé pour être honnête, car ça ne m’intéressait pas. 

 


Entrevue avec M. Stephan Francoeur, Zoothérapie Québec

Cette entrevue a été réalisée par Rosemary Goudreau du Comité 12-18 de Lyster.

En quoi consiste exactement la zoothérapie? 

La zoothérapie, si on décortique le mot, c’est la thérapie assistée par l’animal. Autrement dit, ce que l’on fait, c’est que l’on offre un service aux gens avec l’aide d’un animal. Nous travaillons avec les chiens et un intervenant qualifié en travail social ou en éducation spécialisée. Ce que l’on fait, avant d’aller rencontrer les gens, on va discuter avec le milieu pour établir un plan d’intervention. Autrement dit, on va leur demander : « Qu’est-ce que vous voulez qu’on travaille avec les gens? » On va faire un plan d’intervention. Quand on va rencontrer ces gens-là, avec l’animal, on va travailler à atteindre les objectifs qu’on a ciblés. 

Quelle est le but premier de la zoothérapie? Qu’est-ce qu’on cherche à créer avec celle-ci? 

C’est très large, c’est très grand. Ce que ça nous permet de faire, c’est autant de travailler sur le physique, pour garder les acquis physiques. Par exemple, quelqu’un qui fait beaucoup d’arthrite, s’il ne travaille pas ses mains, il peut s’ankyloser. Le fait d’avoir un animal, de lui faire brosser l’animal, on travaille physiquement avec la personne. On peut travailler aussi mentalement ou psychologiquement avec la personne. Avec quelqu’un, par exemple, qui peut avoir des problèmes de mémoire, on lui fait travailler sa mémoire, nous nous servons du chien. Ce qu’il faut comprendre, c’est que l’animal devient presque un prétexte pour créer un lien. Une fois que le lien est créé, c’est plus facile d’avoir une conversation avec la personne, de pouvoir aller beaucoup plus loin dans le travail et d’atteindre des objectifs qu’on a ciblés avec elle. Quelques fois, c’est très physique. Quelques fois, c’est très présentiel, uniquement parce que le chien est là. Quelques fois, le chien va juste ouvrir une porte et l’intervenant va pouvoir travailler directement avec l’ouverture que le chien aura créée. 

Pouvez-vous nous décrire une journée de travail d’intervenant en zoothérapie? 

On va utiliser le terme « intervenant en zoothérapie ». Généralement, l’intervenant vient au bureau. Comme on possède certains chiens qui sont placés en famille d’accueil, les familles viennent porter les chiens, le matin, au bureau. L’intervenant vient récupérer son animal. Il sait, puisque les horaires sont distribués à l’avance, où est-ce qu’il s’en va, dans quel milieu il s’en va. On choisit toujours le chien en fonction du milieu et de l’intervenant. Ensuite, les gens vont partir faire leurs activités. Les activités peuvent être des activités de groupe ou des activités individuelles. Ça peut être des activités où est-ce qu’on va aller faire travailler physiquement les gens. Quelque fois, l’activité de zoothérapie peut être d’aller prendre une marche avec le chien. La personne, s’il n’y a pas le chien pour aller marcher, elle va rester assise dans son fauteuil et elle ne marchera pas. Ça peut être aussi simple que ça. Ça peut être aussi pour quelqu’un, par exemple, qui est seul dans une résidence pour personnes âgées, qui n’a pas beaucoup de visite et qui ne se mélange pas nécessairement au groupe. Le fait d’arriver avec le chien, ça peut créer un contexte où cette personne va vouloir s’intégrer au groupe et tranquillement créer d’autres liens. Ce sont, entre autres, des exemples. Nos intervenants vont travailler toutes ces petites choses-là qu’ils ont à travailler avec les gens. Quand ils arrivent sur les lieux, ils ont une liste avec des gens avec qui ils doivent faire les interventions souhaitées. Ils savent où est-ce qu’ils s’en vont. Généralement, ce sont les mêmes intervenants qui vont dans les mêmes milieux à toutes les semaines. Ils ont un plan de match et ils font leurs choses. Une fois que les activités sont terminées, ils reviennent au bureau avec l’animal. Ils laissent l’animal là et eux repartent chez eux. 

Qu’est-ce qu’il y a de plus passionnant dans ce métier? 

Il faut aimer les animaux, mais il faut surtout aimer les individus. Même si on travaille avec les chiens, en zoothérapie on fait de la relation d’aide. On fait de l’intervention sociale, et ça, ça se fait avec les individus. Il faut d’abord et avant tout aimer les gens, aimer être avec les gens et aimer travailler avec les gens. Il faut vraiment comprendre que le chien est un outil de travail. Il y en a qui n’aiment pas le terme « outil de travail », nous on comprend qu’on travaille quand même avec du vivant. Ce n’est pas un marteau. On le sait. Il y a cette notion où le chien va aider à faire la connexion avec ce qu’on va appeler le bénéficiaire, la personne à qui on donne le service. Si on n’aime pas être avec les personnes âgées, si on n’aime pas être avec, par exemple, les gens qui ont des déficiences intellectuelles, les gens qui ont le trouble du spectre de l’autisme, si on n’aime pas cette clientèle-là, même si on a le meilleur chien au monde, on ne sera pas un bon intervenant. Il faut, à la base, avoir la passion des gens. Il faut avoir la passion de vouloir aider et de vouloir être là et de penser faire une différence dans la vie de ces gens-là. Sinon, même si tu as le meilleur chien au monde, ça ne fonctionnera pas.  

Le chien est-il le meilleur ami de l’homme selon vous? 

C’est une excellente question.  Parfois oui, parfois non. Je peux te présenter des gens qui vont te dire que ce sont les chats. Le chien a la capacité, on le voit surtout en zoothérapie, d’être naturellement tourné vers l’être humain. À partir de là, c’est très intéressant. Comme l’animal est volontairement tourné vers les gens, les gens se sentent tout de suite interpellés par cet animal-là qui veut entrer en contact avec eux. Tu n’as pas nécessairement ce rapport-là avec le chat. Le chat, lui, va te regarder et va peut-être venir se frotter contre toi pour avoir une caresse, mais sinon, il va rester coucher dans son coin. Le chien va volontairement aller te voir et volontairement aller vers toi et faire : lance-moi la balle, donne-moi un biscuit, fais quelque chose, occupe-toi de moi! De sorte que ç’est plaisant pour l’être humain de voir que quelqu’un s’intéresse à toi. Est-ce que c’est le meilleur ami de l’homme? Il a des bonnes chances de gagner le concours parce qu’il fait tout pour y arriver. 

Qu’apporte le chien à l’humain? 

Il lui apporte beaucoup. La race humaine, qui est une race grégaire, qui aime vivre ensemble, aime vivre en société, les chiens aussi. Les chiens aiment beaucoup la compagnie des humains. Effectivement, avec l’évolution, on les a domestiqués, mais cet animal-là, s’il n’avait pas eu à la base cet intérêt pour l’homme, on n’aurait pas les chiens qu’on a aujourd’hui et on ne travaillerait pas avec des chiens. On travaillerait avec des dauphins, mais c’est plus difficile de trimballer sa piscine pour faire de la zoothérapie avec son dauphin.  

Le lien entre l’humain et le chien se crée en combien de temps? 

C’est très rapide. C’est très rapide, surtout pour les chiens de zoothérapie qui sont habitués de rencontrer des nouvelles personnes souvent. On met quand même les chiens dans des situations spéciales. Ce n’est pas à tous les jours qu’on prend un animal et qu’on dit : « Tu entres dans un centre pour personnes âgées et tu rencontres plein de gens différents. » Ce contact-là doit se faire rapidement et c’est à l’avantage du chien. Comme le chien est naturellement tourné vers l’humain, ça se fait presque instantanément. C’est sûr qu’il y a certaines catégories de clientèle où c’est plus difficile comme, par exemple, les autistes, qui sont vraiment plus dans leur monde et dans leur bulle. Tranquillement, pas vite, à force d’y aller à toutes les semaines et de renforcer certains comportements, on peut arriver effectivement à créer une ouverture plus rapidement avec ces gens-là. Généralement, ça se fait presque instantanément. Il faut que la personne aime les animaux. Si la personne a peur des chiens, qu’elle n’aime pas ça, et que tu lui présentes un chien, elle va reculer tout de suite. Tu crées l’effet inverse de ce que tu veux faire en zoothérapie. 

Quelles sont les caractéristiques du chien adapté à la zoothérapie? 

Ça dépend. Ça dépend de la clientèle avec laquelle on travaille et ce que l’on veut faire comme activité. Il y a des chiens desquels on va avoir besoin qu’ils soient des grosses pantoufles, des espèces de grosses patates, qu’ils soient couchés là et qu’ils ne fassent rien. Autrement dit, il faut qu’ils se laissent flatter et qu’ils se laissent tirer les oreilles, le poil, la queue, les pattes, etc. Il y a des chiens, cependant, qu’on va demander qu’ils soient beaucoup plus dynamiques. Si on veut faire des activités avec le chien, il faut qu’il rapporte la balle, qu’il aille prendre des marches, qu’il se promène et tout ça. Il faut aussi des chiens qui sont capables de se déposer. Si on est avec une personne à la santé un peu plus fragile, un peu plus frêle, on a besoin de déposer le chien sur cette personne-là. Si le chien est toujours en train de gigoter, ça n’aide pas. Il faut que l’animal soit capable de se déposer. De sorte que ça dépend vraiment du type d’activité qu’on fait, de la clientèle et du type de chien qu’on va choisir. On ne choisit pas une race, généralement on choisit le tempérament de l’animal et c’est ça qui est intéressant. On ne va pas aller chercher un rottweiler par exemple. Le rottweiler, c’est un chien qui est massif, qui est imposant. J’en ai connu, moi, des bébés, des gros bébés, supers gentils, mais on ne peut pas les amener en zoothérapie. Juste leur image, quand tu amènes le chien, les gens reculent et ont peur. De sorte que c’est important que le chien ait un bon tempérament, qu’il soit capable d’être posé, de se déposer. En même temps, l’allure du chien aussi joue beaucoup. Quand tu amènes un petit caniche frisé, les gens veulent tous le prendre comme un toutou tout de suite. Ça aussi, ça fait partie des caractéristiques dont on a besoin chez l’animal.  

Aident-ils à les personnes à sortir de leur coquille, à vivre une vie plus sociale ou à augmenter leur confiance en eux? 

Oui, à toutes ces questions-là. Ils ont fait des tests. Ils ont mis des électrodes un peu partout sur des gens et ils leur ont mis un animal sur eux, simplement pour les flatter. Ils ont réalisé que juste ce contact là avec l’animal, même s’ils n’ont pas d’intervenant à côté, ça fait baisser la pression artérielle et ça les calme. La présence animale, au quotidien, sans zoothérapie, ça apporte déjà ça. Alors quand on amène la zoothérapie, quand on amène l’intervenant qui fait tout le travail d’intervention, on va beaucoup plus loin dans tout ça. 

Le chien nécessite-t-il un entrainement? 

Oui, mais pas nécessairement un entrainement comme les gens pensent qu’on doit entrainer le chien. Le chien a surtout besoin de créer un lien avec l’intervenant. Le chien a besoin de créer un lien avec les gens qu’il rencontre, mais d’abord et avant tout, avec l’intervenant avec lequel il va travailler. Tranquillement, pas vite, à force de travailler ce lien-là, c’est certain que si l’intervenant demande au chien de s’asseoir et de faire plein de choses, le chien va vouloir les faire plus facilement. C’est ce type d’entrainement-là qu’on doit favoriser avec l’animal. C’est sûr et certain que nous allons sélectionner les chiens à la base. On fait passer un examen d’entrée, autrement dit, au chien. Si le chien ne remplit pas ces critères-là, les critères dont on a besoin au niveau de son tempérament, de son comportement, et au niveau médical aussi, c’est important. Si le chien a des problèmes de santé, peut-être que ce n’est pas le bon choix pour nous. Si le chien répond à tous ces critères-là, tranquillement, on va avoir moins de travail à faire au niveau de l’entrainement. Si un chien a un grave problème comportemental et qu’on se dit que c’est correct, on va travailler dessus et on va y arriver, ça ne veut pas dire que dans trois ans tu vas y arriver non plus. C’est beaucoup de temps. C’est beaucoup d’énergie. C’est coûteux, ça fait partie de tout ça malheureusement. C’est une réalité dans laquelle on vit, même en zoothérapie, de dire qu’on investit dans un chien. On achète le chien ou le chien nous est prêté, mais si on passe cinq ans à régler un problème comportemental et qu’au bout de cinq ans il n’est toujours pas réglé, on n’aura pas fait le bon choix. C’est important aussi de choisir un animal qui a à la base le bon tempérament, pour ce qu’on cherche évidemment. Ça nous aide pour l’entrainement. C’est sûr qu’on va toujours favoriser une petite maternelle de chien. On va payer des éducateurs canins qui donnent des cours de maternelle pour le chien. C’est rarement le chien qu’on éduque, plutôt le maitre du chien. C’est surtout ça qu’il faut comprendre. Généralement, quand la personne sait quoi faire avec son animal, l’animal a des chances de bien s’en tirer.  

Quelles activités faites-vous durant vos cliniques? 

Toutes sortes d’activités. Comme j’ai dit, ça dépend de la clientèle avec laquelle on travaille et ça dépend de ce que l’on doit travailler avec la clientèle. Par exemple, on ne fait pas du tout la même chose avec les enfants qu’avec les personnes âgées. Ce sont deux choses totalement différentes. Avec les enfants, on peut faire des parcours d’agilité avec le chien et on va même demander aux enfants de faire le même parcours que le chien. C’est uniquement pour les faire bouger. Ça dépend vraiment de ce que l’on veut travailler avec les enfants. Il y a ce qu’on appelle un volet de zoothérapie éducative. Dans ce volet-là, ce qu’on amène de l’avant, c’est tout le côté éducatif. On rejoint avec le professeur tout ce qui se travaille à l’école et on le fait passer avec le chien. On va peut-être monter l’exposition avec la classe et l’école entière va venir voir l’exposition. On va donner des notions de prévention des morsures et les enfants vont apprendre ces choses-là au reste de l’école. Au niveau des personnes âgées, on en a parlé tantôt, ça peut être seulement de briser l’isolement ou ça peut être quelque chose de très physique où on a besoin de faire marcher la personne. La personne nous attend et elle le sait que mercredi après-midi on va être là. C’est sa marche et c’est important. Pour cette personne-là, de marcher avec le chien devant tout le monde dans la résidence, c’est quelque chose qui travaille son estime d’elle-même. On en a parlé tout à l’heure, ça fait partie des choses qu’on travaille avec les gens, des objectifs qu’on essaie d’atteindre. 

Un de vos moments coup de cœur en zoothérapie serait lequel? 

On était dans un hôpital. On était à Marie Enfant, qui est un des pavillons de l’hôpital Sainte-Justine, et j’ai vu un intervenant parler à des enfants qui étaient quand même lourdement handicapés. Émotivement, pour moi, c’était difficile d’être là et de voir ça. Je me dis : « Pauvres enfants, pauvres enfants, pauvres enfants. » Quand j’étais là, l’intervenant qui était là m’a montré à quel point ces enfants-là ne demandent qu’une seule chose, qu’on soit présent avec eux tout simplement. Le chien fait exactement ce travail-là. Quand j’ai vu cet intervention-là, je me suis dit que c’est pour ça que l’on fait de la zoothérapie. Tout d’un coup, on parlait à un enfant qui était aveugle et la première chose que l’intervenant lui a demandé à cet enfant-là c’est : « Le vois-tu mon chien aujourd’hui? Le vois-tu cette semaine? » Je me dis que c’est effrayant ce qu’il lui dit, mais il est en train de jouer dans la normalité. Cet enfant-là, tout d’un coup, riait, avait du plaisir et était complètement présent et connecté au moment présent avec le chien. Je me dis que c’est pour ça qu’on fait de la zoothérapie. C’est enfants-là, les personnes âgées aussi, ont besoin du moment présent. Le chien a la capacité de te ramener dans le moment présent. 

Le cheval peut-il aider en zoothérapie? Si oui, comment? 

Il va aider principalement de deux façons, parce qu’on va faire une différence entre l’équithérapie et la thérapie assistée par le cheval. On va faire de l’équithérapie, par exemple, avec un enfant qui va avoir des problèmes au niveau de ses jambes, au niveau de ses hanches, qui souffre de dysplasie de la hanche, avec l’enfant qui va avoir de la difficulté à trouver la bonne façon de marcher. On va déposer l’enfant sur le bassin du cheval et le mouvement que le cheval fait va tranquillement entrer dans le corps de l’enfant. C’est quelque chose de très corporel. L’enfant va assimiler ce mouvement-là et ça va l’aider à marcher. On parle ici d’équithérapie. Pour la thérapie assistée par le cheval, le cheval va servir de miroir. Autrement dit, on ne montera pas sur le cheval, on va être à côté du cheval et on va être avec un intervenant, et généralement aussi avec quelqu’un qui va maîtriser ou contrôler un peu le cheval. Tranquillement, l’intervenant va poser des questions par rapport au cheval. Généralement, la personne qui est avec le cheval va s’ouvrir tranquillement et parler d’elle. Tranquillement, l’intervenant va travailler aussi. Ça demande une présence équine plus que de monter l’animal et même quelque fois d’être à côté de l’animal et de le brosser. La personne va mentionner que le cheval est en train de réagir et va demander à l’autre pourquoi il pense qu’il réagit comme ça. La personne, tranquillement, va se mettre à parler, mais va parler d’elle-même. Elle va se mettre à parler de choses qui lui sont propres et plus intimes. Tranquillement, l’intervenant fait le travail d’intervention qu’il a à faire à travers ça. De sorte que, oui le cheval peut aider, le seul problème du cheval, c’est que ça prend quand même un petit peu de place, ça prend les installations pour le faire. Il y a beaucoup de centres où ils font de la thérapie assistée par le cheval et de l’équithérapie au Québec. Il y en a plusieurs. C’est intéressant. 

Quel impact a eu la COVID-19 dans ce milieu de travail? 

Ça a été très difficile. Nous, en mars, avons dû fermer nos portes, parce que tous les milieux nous on dit que nous ne pouvions plus rentrer chez eux. Pas parce que nous étions avec des chiens et qu’ils ne nous aimaient plus, c’est simplement que le gouvernement a décidé de fermer tous les CHSLD pour empêcher la propagation du virus. En juillet, on a recommencé tranquillement les activités et depuis cette semaine, on vient d’arrêter encore une fois, pour la deuxième fois. On espère rouvrir avant décembre, mais on ne sait pas trop. On ne sait pas de quoi l’avenir est fait, malheureusement, avec la COVID-19. On fait avec. 

Pour vous, la persévérance scolaire c’est… 

C’est de trouver le milieu qu’on aime et de se servir de tout le restant comme levier pour aller atteindre ce milieu-là qui nous plait. Par exemple, si quelqu’un veut s’en aller en journalisme, c’est de faire en sorte que ses cours de français, ses cours d’éducation physique et de théâtre viennent supporter l’être qu’on est pour atteindre l’objectif de ce qu’on veut être, de ce qu’on veut faire. C’est la même chose en ce qui concerne être en bonne forme, savoir compter, savoir écrire, ainsi que savoir être bien dans son corps et dans sa peau. Pour moi, ça fait partie de tout ça. Il faut comprendre que, par exemple, on est à l’école pour se construire et pour devenir la meilleure version de nous-même. Pour moi, ça fait partie de ça l’éducation. Moi, j’ai un parcours où j’ai été comédien aussi, dans une vie antérieure. J’avais des cours de linguistique. J’avais des cours de psychologie. Pour moi, tout ça contribuait à faire en sorte que le comédien que j’allais devenir soit total et entier. Je pense que le travail scolaire et l’acharnement d’être là doivent contribuer à tout ça. Ça doit faire partie de ça. C’est de se dire, même s’il y a une matière qui est ennuyante : qu’est-ce qu’il y a, dans cette matière-là, que je peux aller chercher pour aller plus loin et faire en sorte que ce soit moins ennuyant parce que j’ai un an de cours à faire avec cette matière-là. C’est de trouver dans la matière ce qui va nous servir et ce qu’on va chercher tout simplement. Je pense que c’est ça aussi qui permet de rester-là et d’aller plus loin. 

Quel message voulez-vous lancer aux jeunes de notre région? 

Serrez-vous les coudes et travaillez en communauté. C’est le seul moyen. Là, je ne parle pas en pandémie, mais ça peut s’appliquer pour tout. On oublie bien souvent qu’on vit en groupe et qu’on vit en société. Bien souvent, il ne faut pas seulement se demander ce que je peux faire pour moi-même, mais ce que je peux faire pour les gens autour de moi. Faites-le gratuitement, de ne pas le faire en espérant qu’en retour on ait quelque chose, mais le faire en disant : Je le fais parce que j’ai envie d’apporter quelque chose et je pense que je fais du bien. Quelquefois on reçoit des petits sons de cloche qui nous disent qu’on fait du bien et qu’il faut continuer. Quelquefois on nous dit de faire autrement. Ça c’est une autre paire de manches, mais je pense que c’est important de s’impliquer dans sa société. Si tu t’ennuies ou que tu ne sais pas quoi faire, regarde autour de toi, tu vas voir qu’il y a plein de choses à faire. Simplement d’aller dans une résidence pour personnes âgées et dire : « Qu’est-ce que je peux faire pour vous? Y a-t-il des places où je peux aider? » Il y a des popottes collectives. Il y a des centres où on ramasse les denrées et on redistribue des paniers, par exemple des paniers de Noël. Ce sont toutes des choses qu’on peut appliquer, où on peut s’investir et donner aux autres. En côtoyant les autres, on apprend sur soi, je pense. 

Que pensez-vous des jeunes qui s’impliquent bénévolement dans leur municipalité? 

C’est bien. C’est très bien. Comme je disais, encore faut-il le faire pour les bonnes raisons. Ça c’est important aussi. Je pense qu’en voulant apprendre on peut apprendre. Je pense que ces expériences-là sont là pour ça. 

Quelle importance doit-on accorder à l’activité physique? 

Énorme. On a un seul corps. C’est notre locomotive et c’est le système avec lequel on va passer le restant de notre vie, donc il faut en prendre soin. Je ne jouerai pas du violon en disant que j’ai eu la COVID-19 et que je sais ce que c’est. Je n’ai pratiquement pas eu de symptômes, mais j’ai vu des gens qui ont eu des symptômes et on réalise à quel point le corps est extraordinaire au moment où il ne fonctionne plus. C’est dommage, parce que c’est quand il fonctionne qu’on devrait encore faire des petits efforts pour le maintenir à la bonne place. C’est très important. Nous nous trouvons à visiter beaucoup de personnes âgées et beaucoup de personnes mal en point. Nous voyons effectivement que si tu as deux bras et deux jambes et que tu es capable d’avancer, tu dois le faire. Ne fais pas du sur place, ça ne donne rien. 

Que pensez-vous de la relation entre les jeunes et la cigarette ou la vapoteuse? 

Je ne suis pas quelqu’un qui a fumé dans sa vie, donc pour moi, ça a toujours été quelque chose de désagréable la cigarette. Ça s’est réglé assez tôt dans ma vie. Je trouve ça dommage quand je vois des jeunes fumer. Je trouve ça triste pour eux parce que je me dis qu’ils se maganent les poumons. Il y a déjà assez de pollution. En plus, volontairement, on s’en met dedans. Je trouve ça dommage. Malheureusement, ça reste encore leur choix. On est dans une société libre, donc j’essaie de ne pas moraliser les gens, mais je trouve ça triste. Ça me fait quelque chose quand je vois un jeune et même un vieux, une personne plus âgée, fumer. Ma sœur avait de graves problèmes pulmonaires et elle a fumé longtemps même si ma mère lui disait de ne pas fumer, d’arrêter. Aujourd’hui, elle ne fume plus et je suis très content pour elle. Je ne suis pas seulement content pour moi, parce que je ne respire plus sa boucane de cigarette. Je suis content pour elle, parce qu’aujourd’hui elle va mieux. Elle le sait, parce qu’elle a passé à travers ça, qu’elle va mieux aujourd’hui grâce à ça. C’est quand tu perds la santé que tu réalises que tu avais quelque chose d’extraordinaire. Ça fait partie de la même chose à peu près. 


Photo de Meghan Oak

Entrevue avec Meghan Oak, chanteuse

Cette entrevue a été réalisée par Alyson Doucet et Annabelle Comtois du Comité 12-18 de Lyster.

Quel évènement a confirmé ton envie de devenir chanteuse?

Depuis que je suis toute petite, j’ai toujours voulu devenir chanteuse, mais j’étais vraiment gênée quand j’étais plus jeune. Quand j’avais 12 ans, j’ai écouté un documentaire avec Miley Cyrus et je voyais qu’elle n’était vraiment pas gênée. À ce moment-là je suis allée voir ma mère et je lui ai dit « Là maman, c’est assez. Je ne vais plus jamais être gênée de ma vie et je vais devenir chanteuse ». Elle m’a dit « Ah, c’est beau de croire en tes rêves ». La petite fille en moi s’est dit « Ah ouin, tu ne crois pas tant que ça en moi? Bien parfait, je vais te prouver que moi je peux être une chanteuse ». Je ne sais pas si je me considère encore chanteuse par contre, mais on travaille là-dessus. Bref, toute jeune je me suis dit que si Miley Cyrus pouvait le faire, pourquoi je ne pourrais pas le faire?

As-tu déjà douté de toi et tout remis en question?

Oui, à 100%! Même aujourd’hui, je me remets vraiment beaucoup en question parce qu’il y a beaucoup de pression sur les réseaux sociaux et à l’école. Des fois, je me demande si je fais la bonne affaire. Tu sais, moi je n’ai personne, je n’ai pas d’agent, pas de personne renommée qui peut m’aider. Donc, c’est moi qui décide de tout par moi-même. C’est sûr qu’à tous les jours je me remets en question, mais à tous les jours je me rappelle que n’importe qui qui a de la volonté peut faire ce qu’il veut.

À quel âge le chant est-il entré dans ta vie?

J’ai commencé à prendre des cours de chant quand j’avais 8 ans, mais j’ai toujours chanté. Ma mère a toujours dit que j’avais appris à fredonner avant de parler. Mais vraiment chanter dans des cours, j’ai commencé à 8 ans.

Est-ce que le chant est un talent naturel pour toi ou est-ce que c’est plutôt grâce aux cours de chant que tu chantes si bien aujourd’hui?

Bien j’ai quand même pris 10 ans de cours de chant, de 8 ans à 18 ans en fait. C’est sûr que ça, ça aide. Je pense que le chant c’est quand même un petit peu en toi. Par exemple, de connaître la justesse des notes et d’avoir l’oreille, c’est inné, mais je crois quand même que ça se travaille.

Est-ce que ta famille te soutient et est fière de toi?

Bien sûr que oui ma famille est fière de moi! Mes grands-parents et ma tante m’envoient tout le temps plein de messages pour dire « Bravo Meghan! T’as bien fait ça ». C’est sûr qu’ils sont très fiers de moi et qu’ils m’encouragent beaucoup. Maintenant que ma chanson a quand même bien fonctionné, ils me poussent encore plus à continuer. Je suis très choyée d’être bien entourée comme ça.

Quelles sont tes passions?

C’est sûr que j’aime beaucoup la musique. Sinon, je suis une grande passionnée de voyage. Je pense que c’est vraiment plaisant voyager. Je pense que tout le monde devrait aller découvrir différentes cultures dans différents pays. Ça nous permet de grandir. Ça c’est vraiment mes deux passions principales. Sinon, je dois avouer que je suis une grande passionnée de yoga. Le yoga, la méditation, les huiles essentielles, ça me donne un petit côté spirituel.

D’où vient ton inspiration?

Souvent je trouve qu’en musique c’est plus facile d’aller chercher son inspiration dans des moments de tristesse ou des moments plus difficiles. Par exemple, j’ai été capable d’écrire la plupart de mes chansons parce que je m’étais séparée de mon copain, donc j’étais en peine d’amour. J’ai mis toute ma peine sur papier et j’ai composé ma musique comme ça. Sinon, je compose beaucoup mes chansons sur le moment. Tu sais, moi j’ai de la misère à dormir la nuit. Je fais beaucoup d’insomnie, donc, souvent, la nuit, les chansons me viennent en tête et c’est le lendemain matin que j’écoute sur mon cellulaire ce que j’ai composé. Après, il suffit de l’écrire.

Quels sont tes plus grands rêves?

Mon rêve #1, ça serait d’être heureuse. Ensuite, je rêve vraiment beaucoup d’avoir une famille, donc d’avoir des enfants. Par contre, si un jour je suis capable de vivre de ma passion, c’est-à-dire que de faire de la musique et des communications me permet d’avoir une maison, de nourrir mes enfants, j’aurai vraiment accompli un rêve. Mais j’aimerais aussi être capable de voyager à travers mon métier. Donc, si je suis capable de faire un métier un jour qui me permet d’aller prendre des vacances au Costa-Rica, ça ne serait pas mal apprécié.

Quel est ton sport préféré?

En ce moment, mon sport préféré c’est vraiment le yoga, même si je trouve que c’est plus une pratique qu’un sport. Tu sais, c’est rare que je vais sortir d’un cours et que je vais être ne sueur. Sinon, dans les sports qu’on connaît plus, il y a le « paddle board », le surf et peut-être le volleyball, mais le yoga c’est vraiment mon coup de cœur.

Est-ce qu’il t’est déjà arrivé d’être tellement stressée que tu étais incapable de chanter?

D’être stressée au point de ne plus être capable de chanter? Non, mais ça m’est déjà arrivé un peu de figer, d’arrêter et de recommencer à chanter après. Donc, au moins, j’ai fini ma chanson. Par contre, une fois quand j’avais 12 ans, j’avais un spectacle à faire et je n’avais pas réalisé qu’il allait y avoir plein de monde dans la salle. Quand j’ai vu qu’il y avait plein de gens, j’ai figé, je suis allée voir ma mère, qui m’a dit « Là Meghan, tu n’as pas le choix de chanter. Il y a plein de monde qui attend pour que tu chantes ». Alors là, je me suis dit « Ok. Let’s go, on y va ». Pendant un instant, j’ai vraiment eu peur, mais avec la petite poussée de plus que ma mère m’a donnée, j’ai été capable de terminer le spectacle.

Où te vois-tu plus tard?

Plus tard, je me vois dans une grande maison de banlieue ou dans un pays chaud pour profiter des joies de l’été. Je me vois en train de faire de la musique dans mon studio à la maison. Je me vois avoir des animaux. Je me vois faire du yoga et profiter des petits plaisirs de la vie. Je me vois vivre dans le moment présent, être heureuse, être entourée de bonnes personnes et peut-être sortir d’autre musique. Peut-être, si j’étudie en communication, être dans des shows, être dans des émissions de télévision, qui sais? On peut rêver!

Quel message veux-tu lancer aux jeunes de notre région?

Le message que je voudrais lancer, c’est nul autre que de croire en ses rêves, que tout est possible, que ce n’est pas parce qu’on est jeune qu’on ne peut rien faire. Ce n’est pas parce qu’on n’est pas populaire qu’on ne peut rien faire, c’est pas parce qu’on est un gars ou une fille qu’on ne peut pas faire quelque chose en particulier. Tout est possible et tout ce qu’il faut dans la vie pour réaliser ses rêves, c’est croire en soi. Il faut y croire si fort que tout le monde autour de soi est obligé d’y croire aussi.

Pour toi, c’est quoi la persévérance scolaire?

La persévérance scolaire, c’est de ne pas se laisser abattre, parce que des fois c’est difficile l’école, des fois il y a des projets que ça ne nous tente pas de faire, mais il faut quand même les faire. Donc, la persévérance scolaire, c’est d’atteindre son objectif sans se laisser abattre par les côtés plus difficiles et moins agréables de l’école. D’un autre côté, la persévérance scolaire c’est aussi d’accepter ses passions et d’aller à 100% dans ce domaine-là. Donc, la persévérance scolaire, c’est de persévérer dans un champ d’études qui te fait tripper. Et si tu as de super bonnes notes et que tout le monde te dit de devenir médecin, mais que ce que tu aimes dans la vie, c’est le design intérieur, tu peux aller faire du design intérieur. Pour moi, la persévérance scolaire c’est aussi d’écouter ton cœur et de faire ce que tu veux plus tard.

Que penses-tu des jeunes qui s’impliquent bénévolement dans leur municipalité?

Je pense que c’est vraiment bien. Je pense que s’impliquer bénévolement ça peut juste t’apporter des connaissances et être positif pour toi, mais aussi pour les personnes autour de toi. Je pense que tout le monde devrait donner de son temps, que ce soit pour des œuvres de charité ou toutes autres choses. J’encourage tout le monde à le faire.

Que penses-tu de la relation des jeunes avec la cigarette et la vapoteuse?

Personnellement, j’ai 22 ans et je n’ai jamais touché à une cigarette de ma vie. Je trouve que ça ne sent pas bon, mais je respecte les gens qui le font. Si tu le fais, c’est ton choix, mais tes pauvres poumons vont souffrir. Il faut prendre soin de son corps et de ses poumons parce qu’ils sont avec nous pour le reste de notre vie. Ce n’est pas quelque chose que j’encourage. Je n’encourage pas non plus la vapoteuse. Je suis certaine que ce n’est vraiment pas bon ça non plus.


Photo de Félix Auger-Aliassime

Entrevue avec Félix Auger-Aliassime, joueur de tennis

Cette entrevue a été réalisée par Marélya Grenier, Alyson Doucet et Éloyse Marcotte des Comités 12-18 de Ste-Élizabeth-de-Warwick, Lyster et L’Avenir.

As-tu déjà été inscrit dans un programme « sport-études »?

Oui, 2 ans. En fait, moi, j’ai fait toute mon école primaire dans une école publique normale à l’Ancienne-Lorette, près de Québec. Puis après, en secondaire 1, j’ai fait le « sport-études » à l’école Cardinal-Roy, pas loin du centre-ville de Québec. Après ça, j’ai déménagé à Montréal. J’ai fait mon secondaire 2 à l’école Antoine-de-St-Exupéry à Saint-Léonard. J’ai donc fait deux ans de mon secondaire dans deux programmes de « sport-études » différents.

À quel âge as-tu su que tu allais devenir un des meilleurs joueurs?

Tant que tu n’y arrives pas, tu n’es pas sûr. Il n’y a rien qui est garanti, il n’y a rien qui est certain. J’ai toujours voulu, j’ai toujours cru en mon rêve, en mon potentiel, en mes moyens, mais vraiment la certitude est arrivée quand j’y suis arrivé. Quand j’ai gagné mon premier tournoi professionnel, je me suis dit que j’avais vraiment des chances d’être parmi les meilleurs joueurs du monde.

Quand tu avais mon âge, soit 15 ans, étais-tu plus le genre de personne qui était découragée ou la personne qui était en colère lors d’une défaite?

Plutôt en colère, surtout envers moi-même je dirais. En fait, lors de tous mes entraînements, tous mes matchs, c’est rare que j’avais des frustrations envers quelque chose d’extérieur, comme un entraineur ou le public. C’était toujours envers moi. J’étais assez difficile avec moi-même, mais jamais j’avais envie de me décourager, de baisser les bras par rapport à la difficulté.

Quel coup t’a donné le plus de difficulté?

Je dirais mon service. Le service, c’est quand même un coup compliqué. C’est quand même un coup qui demande beaucoup de choses, beaucoup de coordination. Donc, même moi, mon service m’a joué des tours à certains moments de ma saison, à certains moments de ma carrière. Des fois, je connais de très bonnes périodes où je suis un des meilleurs serveurs sur le circuit, et des fois, c’est plus difficile. Ça me donne parfois du fil à retordre.

Quel coup préfères-tu faire?

Mon coup droit. Ça a toujours été un coup naturel pour moi. En fait, quand j’étais enfant, je voulais juste jouer en coup droit, tellement que mon père faisait des entrainements où il fallait juste que je joue en revers pour m’améliorer. C’étaient les pires journées parce que j’avais l’impression que j’étais pourri.

Pendant un match, quand tu te parles mentalement, le fais-tu en anglais ou en français?

En français, tout le temps. En fait, mes entraineurs sont francophones aussi, donc tous mes entrainements se font juste en français. Mes mots clés, mes repères sont en français. Et puis, ça reste que le français, c’est ma première langue aussi. En fait, je me parle toujours en français dans ma tête.

D’où vient cette passion pour le piano?

Elle vient du côté de ma mère. Mon père, c’était plus le côté sportif. Ma mère, c’était plus le côté artistique. Elle m’a introduit au piano quand j’avais sept ans. J’ai pris des cours une fois ou deux par semaine pendant deux ans, Donc j’ai appris à lire la musique et à jouer du piano. Après ça, j’ai continué à en jouer comme passe-temps. Ça vient strictement du côté de ma mère.

Quel joueur t’inspire le plus?

Beaucoup de joueurs m’ont inspiré. J’aurais du mal à en nommer un. Nadal, Federer, tous les grands joueurs de ce monde m’ont inspiré quand j’étais plus jeune et même aujourd’hui encore. Le joueur français Tsonga, qui est métissé tout comme moi, me donnait un bel exemple de quelqu’un qui me ressemblait physiquement. Donc c’était bien de voir ça aussi quand j’étais enfant. J’ai eu plusieurs inspirations dans le tennis.

Quelle est ta plus grande peur reliée au tennis?

Ça serait d’avoir des regrets à la fin de ma carrière. Ça serait, quand j’accrocherai ma raquette, de me dire que je n’ai pas fait tout ce que j’aurais pu faire, que j’ai un peu abandonné ou que je me suis découragé trop vite. Je voudrais avoir le sentiment qu’à la fin de ma carrière, peu importe ce que j’ai fait, peu importe quels tournois j’ai gagné, j’ai maximisé ce que j’avais. Donc ça serait ma peur d’avoir des regrets à la fin de ma carrière.

Comment te prépares-tu physiquement et mentalement avant un match?

C’est sûr que je joue beaucoup sur mes qualités physiques. Donc j’aime bien sentir que je suis prêt physiquement quand j’arrive au match en terme de déplacement et de cardio. C’est sûr qu’il y a de la préparation qui se fait des mois avant le tournoi, mais, juste avant le match, je m’assure d’être bien échauffé. Même que des fois ça va durer trente minutes à une heure avant les matchs. Je vais commencer à m’activer physiquement pour que je sente que, dès que j’arrive sur le terrain, je suis actif, je rebondis et je suis explosif. Mentalement, j’essaie de penser à des choses plutôt positives. J’essaie de mettre de côté tout ce qui est à travailler, tout ce qui est moins bon, tout ce que je n’aime pas de mon jeu ou quoi que ce soit. J’essaie de penser vraiment à ce que je fais bien parce que c’est ça qui va me faire gagner. Des pensées positives et une longue activité, ce sont deux clés.

Quel genre de musique écoutes-tu avant un match?

Je n’écoute pas trop de musique avant un match parce que ça me reste un peu dans la tête. Je préfère être plus dans le calme. Je parle avec mes entraineurs. Quand on arrive trente minutes avant le match, on parle un peu du plan de match. Je n’ai pas trop l’habitude d’écouter de la musique avant un match, même si j’écoute toutes sortes de musique dans la vie de tous les jours.

Quels comportements de tes fans te dérangent le plus?

C’est sûr que, quand il y a un bruit agaçant ou désagréable juste avant de servir, quand c’est vraiment un moment de concentration, c’est dérangeant. Après, une fois que le point est parti, des fois il peut y avoir un bruit que je n’entends pas. Quelqu’un peut s’exclamer dans le public et je ne vais pas trop l’entendre parce que je suis un peu coupé de tout une fois que le point est commencé. Quand tu as vraiment le 5 secondes juste avant de servir où c’est le silence complet, ça j’aime ça. Donc, si quelqu’un fait du bruit en plein service, ça va me déranger, mais je n’ai pas de mauvais souvenir au de mauvaise expérience avec le public en général.

Quels sont les conseils que tu donnerais aux jeunes qui veulent réussir?

Je dirais d’apprendre à se connaitre, d’apprendre ses forces, ses faiblesses, ce qu’il aime. Parce que c’est toujours plus facile selon moi de réussir dans quelque chose qu’on aime vraiment, qui nous passionne, peu importe ce que c’est. Je pense que c’est plus facile de se lever chaque jour et de travailler là-dessus si tu aimes ça. Après, une fois que tu as choisi et que tu es bien, c’est de la persévérance, du travail, de la discipline. Tout le monde va avoir des moments difficiles, des échecs, des défaites, mais si tu persévères et que tu es résilient, ça va te sourire un jour.

Si tu avais à choisir un stade où tu devrais jouer tous tes prochains tournois, lequel prendrais-tu et pour quelles raisons?

S’il y a un public, je dirais Montréal. C’est la seule fois de l’année où j’ai vraiment tout le public avec moi. Je dirais Montréal avec un public. Avec les circonstances, sans public, ça serait un peu différent, mais ça serait vraiment un rêve pour moi de jouer plusieurs tournois durant l’année à Montréal.

Pour vous, la persévérance scolaire, c’est… ?

C’est d’aller au bout de soi-même, peu importe d’où on est parti, peu importe nos difficultés, peu importe nos points forts et nos points faibles. C’est vraiment de maximiser ce qu’on a. Quand tu finis ton parcours scolaire, tu dois te dire “Je ne peux pas me comparer à tout le monde parce que tout le monde a eu son chemin. Moi, je suis content du chemin que j’ai parcouru parce que je suis allé au bout de moi-même.” C’est ça pour moi la persévérance scolaire.

Quel message voulez-vous lancer aux jeunes de notre région ?

Croyez en vos rêves. Moi j’ai grandi à Québec. C’est sûr qu’on connaît tous un peu Montréal: il y a beaucoup de monde, beaucoup d’opportunités, etc. À Québec, des fois le discours c’était “Ouais, mais ça n’arrive pas aux gens de la région”. Même là encore, Québec c’est pas vraiment une région, mais je dirais que tout le monde peut y arriver. La réussite, ce n’est pas seulement pour les gens des villes, c’est pour les gens de toute la province, de tout le pays. Donc, croyez en vos rêves et abandonnez pas.

Que pensez-vous des jeunes qui s’impliquent bénévolement dans leur municipalité ?

Je trouve que c’est une très belle chose. Je pense que tout le monde peut le faire un peu à sa façon, à son propre degré. J’ai un peu cette philosophie de dire que, si tu redonnes à quelqu’un, que ce soit un ami, un collègue ou quelqu’un dans ta famille, tu l’aides un peu dans sa vie. Un jour cette personne-là va redonner à quelqu’un d’autre. Donc, c’est un beau cycle de redonner aux gens de sa communauté, d’élever un peu le niveau de tout le monde pour que tout le monde soit de mieux en mieux autour de soi. En plus c’est une belle énergie, donc je suis très content à chaque fois que je vois des gens qui aident bénévolement.

Quelle importance doit-on accorder à l’activité physique ?

Moi, c’est ma profession. Mon corps, c’est un peu mon outil de travail. Si je me blesse un poignet, je suis dans le trouble, donc il faut que je fasse attention. Par contre, je pense qu’on sous-estime l’activité physique pour tous. Il faut penser à long terme pour se sauver une opération ou un problème de santé plus tard. L’activité physique, ça doit faire partie de notre quotidien, chacun à son rythme, chacun à sa façon. Je pense qu’on a tous les moyens de faire une petite activité physique et que c’est une belle habitude de vie. Il y a beaucoup de bonnes choses qui sont mises en place dans les écoles de la province pour ça et les jeunes ne doivent pas lâcher. C’est très sain pour leur corps et pour leur vie.

Que pensez-vous de la relation entre les jeunes et la cigarette/la vapoteuse ?

Je n’ai jamais été un grand fan de ça… je pense que vous l’avez peut-être deviné. On connaît les dangers, on sait ce que ça fait. C’est sûr que des fois, ça peut donner envie parce que c’est un peu un style et parce que d’autres le font. Je pense qu’au final, c’est peut-être ceux qui ne le font pas qui sont les gagnants parce qu’ils protègent leur santé future, leurs poumons, leurs organes. Donc, je pense que les vrais gagnants sont ceux qui ne se laissent pas influencer par les autres.


Photo d'André Lamontagne et les jeunes de Partenaires 12-18

Entrevue avec André Lamontagne, ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation

Cette entrevue a été réalisée par Rosalie Bousquet et Zachary Lahaie des Comités 12-18 de L’Avenir et Ste-Clotilde-de-Horton.

Comment étiez-vous à l’adolescence ?  

Comment étais-je à l’adolescence ? Je viens d’une famille de cinq enfants. J’avais 3 frères et une sœur. J’étais l’avant-dernier. Je te dirais que j’étais un petit bonhomme curieux, qui aimait jouer dans divers sports. À l’école, ça allait bien. Je n’étais pas de trouble, même si un petit garçon énergique, énergétique.

J’étais impliqué dans les sports à l’école. Après cela, nous à l’époque, je ne sais pas si cela existe encore à l’école, il y avait les brigadiers.  Par la suite, je me suis présenté, on appelait cela les échevins à l’école. Par la suite, dans les activités sportives.

Dans quel milieu familial avez-vous grandi ?

Bien écoute, j’ai grandi dans une famille où mon père était quelqu’un en affaires. Nous étions cinq dans la famille. Une famille qui était à l’aise financièrement, de sorte que, sans avoir beaucoup de choses, je n’ai jamais manqué de rien. Puis dans notre famille, mon père avait sept frères et sœurs. Il y en avait plusieurs qui avaient des enfants et on restait tous à St-Félicien au Lac-Saint-Jean. Je viens du Lac-Saint-Jean. Juste notre communauté familiale, les cousins, les cousines ont se voyaient souvent, on avait beaucoup d’activités ensemble. Aujourd’hui, on voit cela comme une petite ville, mais à l’époque pour nous, c’était une grande ville. Quand il y avait des activités organisées, on aimait cela aller dans les différentes activités. Il y a aussi à St-Félicien, un jardin zoologique extraordinaire qui vaut la peine d’être visité.  Il y avait Jean un cousin qui travaillait là, alors on aimait aller le visiter. Il y avait une belle vie communautaire autour de la famille, ensuite les amis.

Quel est votre parcours scolaire ?

Mon parcours scolaire, comme j’ai dit, je suis né au Lac-Saint-Jean. Alors j’ai fait ma maternelle, première et deux, trois à St-Félicien. Par la suite, on a déménagé à Québec. J’ai fait mon primaire dans un pensionnat et ça, dans un pensionnat, cela m’avait brassé un petit peu. J’étais habitué avec la famille, les amis, et quand nous sommes arrivés à Québec, j’ai commencé à être pensionnaire. Cela signifie que le dimanche soir, mes parents m’emmenaient à l’école et puis le vendredi, en fin de journée, il me reprenait. C’était comme cela toutes les semaines.  À l’époque, le petit André, quand y voyait le dimanche arrivé sur la fin d’après-midi, il ne commençait pas déprimer, mais cela ne lui tentait pas. J’ai quand même été là 3 ans. J’apprécie. C’était une bonne école, mais j’ai toujours appréhendé mes dimanches après-midi. Je m’éloignais de la famille. Ensuite, j’ai fait mon secondaire à Québec. Je suis allé au Cégep et à l’Université. J’ai gradué en 1982 à l’Université où j’ai fait un baccalauréat en administration des affaires. Puis presque, vingt ans plus tard, je suis retourné aux études où j’ai fait une maîtrise dans un tout autre domaine, soit en psychologie de l’éducation, en relations humaines. Les relations humaines me passionnaient. J’ai découvert aussi, comme les parents nous disaient, qu’aller à l’école est important. Puis finalement, je me suis mis vraiment à aimer cela à la dernière année d’études, à la fin de mon Université. Je ne dis pas que je n’aimais pas l’école, mais c’est là où je me suis le plus engagé, c’est dans ma dernière année. L’école est terminée et je me suis mis à travailler. Quand je suis retourné aux études, vers 40 ans, alors ça été un choix personnel, de passion. Mes deux années que cela m’a pris pour faire ma maîtrise a été pour moi un grand grand cadeau que je me suis fait en retournant aux études. Toutes les choses que je faisais du matin ou soir, c’était d’apprendre, d’utiliser mes connaissances, de développer de nouvelles choses et de partager cela avec des gens qui faisait la même chose que moi aussi aux études. Donc, cela a été pour moi une belle chose. Donc il y a eu une première tranche avant 22 ans et à 40 ans, jusqu’à 42 ans à peu près.

Quel a été votre premier emploi payant ?

Payant ? Je me souviens c’était 2,88$ de l’heure. Je travaillais comme commis dans un entrepôt libre-service où des restaurateurs ou des petits commerces allaient acheter de l’alimentation. Ils allaient acheter une caisse de soupes aux pois, une demi-caisse de quelques choses. Je me rappelle que moi, je les accompagnais. Il y avait de petits chariots et des fois, ils me demandaient « Pouvez-vous ouvrir cette caisse-là! Est-ce qu’il vous reste encore cela, dans l’arrière de l’entrepôt? »  Donc, mon premier emploi payant était à 15 ans. À l’époque, il fallait avoir notre numéro d’assurance sociale et il fallait demander un permis de travail particulier pour travailler à 15 ans. Sinon, c’était 16 ans. Alors, j’avais tout fait mes démarches et j’ai informé mon père que je voulais travailler. Il était bien heureux. C’était un emploi à 2,88$ de l’heure puis 40 heures par semaine, 110 ou 115 $ de paye par semaine environ. Et mon grand plaisir, c’était que cet emploi était syndiqué. Quand on travaillait plus de 40 heures semaine, je gagnais 4,10 $ ou 4,15$ de l’heure. Moi je restais autour pour faire des heures de plus et faire grossir ma paye. Ce fut mon premier emploi payant. À l’époque, je trouvais cela payant, mais aujourd’hui moins payant. Le salaire a augmenté avec le temps et le coût des choses a augmenté aussi. Moi j’ai des souvenirs à cet âge-là, à mon école secondaire, où on achetait un berlingot de lait au chocolat et ça coûtait 0,10$. Moi, j’aimais les Jos-Louis et c’était 0,10$. On achetait de petites barres de chocolat Aero à 0,10$. Il y en avait des plus minces qui coutaient 0,05$. Alors avec un 0,25$, on pouvait s’acheter trois petites, deux petits, une grosse ou deux grosses une petite. On allait loin avec 0,25$ à l’époque.

Qu’est-ce qui vous a inspiré à faire de la politique ?

Bien moi, très jeune, j’ai commencé à lire, à 12-13 ans. J’ai commencé à lire les journaux à m’intéresser à cela. Moi je suis né en 1960. Dans ces années-là, le Québec a connu beaucoup de changements, une grande transformation, beaucoup d’effervescence. De sorte que dans l’actualité politique, il y avait toutes sortes de choses. Alors à 12-13-14 ans, je me suis intéressé à ça. En fait, je me suis toujours intéressé toute ma vie, beaucoup à ce qui se passait au point de vue politique. Je n’ai jamais milité et je n’avais jamais été membre d’un parti, mais j’ai toujours voté.  La vie a passé et il y a eu un certain nombre d’années où j’étais moins actif dans ma vie professionnelle. Je contemplais plus ce qui se passait au Québec et un jour, j’ai lu un livre. J’ai lu le livre de Monsieur François Legault, aujourd’hui notre Premier ministre.  Il a écrit un livre puis moi je m’intéressais à ce qu’il faisait depuis quelques années. Il faisait un retour et voulait partir un parti politique. Un moment donné, il a créé son parti politique et aussi écrit un livre. Après avoir lu son livre, je me suis dit que je voulais aider ce Monsieur. Je ne voulais pas devenir député, mais faire partie de son équipe, le conseiller. Après avoir décidé cela, je me suis comme endormi et j’ai oublié cela quelques mois. Je suis parti en vacances et j’ai apporté mon livre pour le lire à nouveau. Après cela, je me suis dit qu’il faut vraiment que j’aide ce Monsieur-là. Alors j’ai fait des démarches pour le contacter. On s’est rencontré. Je ne voulais pas être candidat, mais il m’a convaincu de devenir candidat. Je le suis devenu, j’ai été lu une première fois et une deuxième fois. C’est un peu de cette façon que cela s’est passé.

Qu’est-ce qui vous a amené à choisir ce parti ?

Cela faisait des années et des années au Québec que nous étions pris toujours dans la même dynamique. Toujours les mêmes deux parties avec une option qu’on veut se séparer ou qu’on ne veut pas se séparer. Il y avait pour moi des choses qui étaient importantes et un peu laissées de côté. Eh bien, Monsieur Legault avait un plan pour ce qui était très intéressant de faire au Québec. Il voulait aussi sortir de ce débat-là en créant un nouveau parti qui allait prendre la place des autres. Pour moi, c’était comme vraiment de tourner la page sur des années qui ont été bonnes pour le Québec et d’autres moins bonnes. Pour moi, tourner la page sur ce qui avait été fait, puis d’être capable de gérer, générer et créer une nouvelle dynamique était pour moi ce qui m’a amené à me joindre à lui et son projet.

Y a – t-il des réalisations ou des projets avec votre parti dont vous êtes particulièrement fiers ?

Particulièrement fiers qu’on ait été élus au gouvernement! Parce que ce qu’il faut réaliser, ce qui est extraordinaire, c’est qu’on vit dans un système politique qui, traditionnellement, était dominé par deux partis. Le parti pour lequel je suis député, Coalition Avenir Québec (CAQ) a été fondé en novembre 2011. Puis le premier octobre 2018, alors moins de 7 ans plus tard, non seulement il est devenu un parti important, mais le parti au gouvernement. Donc en moins de 7 ans, un nouveau parti qui a été créé au Québec et qui a pris le pouvoir. Bien cela pour moi, c’est une grande réalisation. Ensuite, c’est de prendre cette opportunité-là et de chercher à faire tous les jours de belles choses pour le Québec.

Quel est le plus gros risque que vous avez pris dans votre carrière ?

Mon plus gros risque… Moi dans mes vies passées, j’ai eu des entreprises et j’étais propriétaire de supermarchés d’alimentation. Puis, un jour j’en ai acheté, j’ai fait des changements et c’était une belle réussite. J’ai eu une autre opportunité qui se présentait et je n’étais pas trop certain… Des gens me disaient : « André tu devras pas, c’est périlleux. Tu ne devrais pas. » J’ai pris le risque de me lancer quand même. C’était un commerce qui était dans une zone peu dynamique et qui nécessitait des investissements. J’étais jeune, je n’avais pas d’enfants, ni de conjointe. Alors je me disais que je commence ma vie et je me suis lancé dans ce projet-là. J’ai travaillé fort pendant plusieurs années et au bout de certaines années, j’ai dû fermer. J’avais un autre commerce qui fonctionnait bien et j’en avais acheté un autre, mais lui, j’ai tout fait. Naturellement, cela a représenté des pertes financières importantes. J’ai dû aussi, à des collaborateurs, leur apprendre que leur emploi est terminé. En rétrospectives, je dirais que c’était le plus grand risque que j’ai pris. J’avais conscience qu’il y avait un risque, mais peut-être que si on m’avait dit que le risque était si grand, je ne l’aurais pas pris. Je l’ai pris. En même temps, c’est l’école de la vie. J’ai acquis des connaissances qui m’ont certainement été utiles dans d’autres sphères de ma vie.

Quelle est la partie de votre travail que vous préférez ?

Deux choses : Être près des gens et être avec les gens et le métier de politicien.  Je suis ministre du Ministère l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec. Donc à tous les jours, je suis en relation avec des gens. Ils ont soit besoin de collaborateurs ou des gens qui ont besoin de notre aide ou avec qui on veut collaborer. Alors, moi c’est quelque chose que j’aime faire, que j’apprécie beaucoup. C’est un métier extraordinaire pour faire cela. L’autre côté que j’aime, c’est que l’on peut changer des choses.  Parfois, je fais des blagues que si je pèse sur le bouton ça fonctionne, il y a des choses qui se passent. Donc être près des gens et être dans l’action sont pour moi les deux choses que je préfère le plus dans mon travail.

Lorsque vous serez Premier ministre, qu’est-ce que vous changerez ?

Je ne veux pas vous dire un secret, mais je ne serai jamais Premier ministre. Je n’aspire pas être Premier ministre. Mais, par contre, ce que j’encourage de mon Premier ministre est d’être à l’écoute des gens, être sensible aux différentes réalités qui composent notre population et puis avoir du courage. Du courage pour faire du changement, parce que ce n’est pas facile de faire des changements. Il y a des gens qui ne veulent pas que ça change et d’autres oui.  En politique, on veut parfois faire plaisir aux gens et ce n’est pas toujours facile de faire des changements. Avoir de l’écoute, avoir de la sensibilité, du courage et avoir le goût de se lever le matin et d’être de bonne humeur.  Je vous dirais aujourd’hui que mon collègue, mon chef et Premier ministre a des qualités qui ressemblent à cela. Un homme agréable à côtoyer. Je n’ai pas envie de prendre sa place. Je suis heureux d’être un collaborateur pour lui.

Quelle importance accordez-vous à l’environnement ?

J’accorde une grande place. Plus on prend connaissance des traces qu’on laisse. Plus jeune, j’allais dans un camp d’été. Nous partions dans un camping une dizaine de jours. Il y avait un mouvement qui, en anglais, disait : « Leave no traces behind. » Ça veut dire ne laisser pas de traces derrière vous.  Partout où on allait, on faisait un feu, tout dans nos déplacements, il ne fallait pas laisser de traces outre nos pas sur la terre. C’est certain qu’à l’échelle de notre planète, idéalement, ce serait d’avoir une approche comme celle-là. C’est sûr que notre planète a de plus en plus d’habitants. Il faut nourrir ces gens-là, il faut que ceux-ci puissent vivre honorablement, il y a donc une activité économique. L’activité économique laisse des traces sur la planète. Chaque jour, de garder dans ma tête de laisser le moins de traces possible est pour moi quelque chose qui m’habite. Puis, l’idée de protéger nos eaux, notre air, notre sol pour vous autres, pour vos enfants et bien c’est quelque chose d’important à faire. En même temps, on est tout le temps dans la course pour comment on fait pour donner du travail à tout le monde? Comment on fait pour que les gens puissent gagner leur vie honorablement? Quand on s’engage là-dedans, bien on laisse des traces. C’est une équation qui devient difficile à équilibrer. Par contre, je me lève le matin avec l’idée que c’est important pour aider notre planète, pour nos enfants, de faire en sorte que notre planète reste en santé.

Pour vous, la persévérance scolaire, c’est… ?

La persévérance, je la verrai deux façons. Une première chose, je vous dirais que c’est de s’accrocher à notre parcours, s’accrocher à nos études. S’accrocher à ce à quoi on s’est engagé même quand il vente, même quand c’est difficile et même quand on perd de vue pourquoi on fait cela.  La persévérance, c’est d’être résilient, c’est de s’accrocher. La persévérance scolaire, c’est qu’il y a un gain et s’il n’y avait pas de gain à s’éduquer, on n’irait pas à l’école. Quand on va à l’école, on fait des exercices pour notre tête, c’est comme faire de la gymnastique intellectuelle. En plus, on apprend tout plein de choses, on développe aussi une vision du monde, des aptitudes sociales, de communication. La persévérance scolaire aussi c’est un peu une clé. Ce n’est peut-être pas la seule clé, mais une clé importante pour nous aider à aller au bout de notre potentiel et de développer notre potentiel, nos habiletés et nos capacités. D’un côté, c’est de s’accrocher même quand il vente, que c’est plus difficile d’aller au bout de notre parcours.  De l’autre côté, en allant au bout de notre parcours, c’est une clé qui nous permet d’avoir un meilleur accès à tous nos talents, à tout le potentiel qu’on peut utiliser.

Quel message voulez-vous lancer aux jeunes de notre région?

Un de s’impliquer et de s’intéresser! C’est sûr que parfois, il peut avoir des gens qui se lèvent le matin tous les jours et disent qu’on va prendre soin des jeunes et on va aider les jeunes. C’est hyper positif. En même temps, moi ce que j’encourage, c’est que chaque matin, vous vous leviez et puis vous cultiviez un intérêt pour ce qui se passe dans votre communauté. Qu’est-ce qui se passe dans notre communauté? Qu’est-ce que les gens de notre communauté font? Comment on peut contribuer? À quoi ressemble notre communauté? Comment les gens s’impliquent et qu’elles sortent d’impulsion les gens donnent à leur communauté?  Si j’ai un message à dire, c’est n’attendez pas que les gens vous impliquent. Cherchez des opportunités de vous intéresser à ce qui se passe chez-vous. Peut-être que vous allez pouvoir influencer au lieu de rester sur le bord de l’autoroute à regarder passer les autos. C’est d’embarquer sur la route et d’arriver à une destination et je pense que c’est un peu ce que vous faites actuellement.

Que pensez-vous des jeunes qui s’impliquent bénévolement dans leur municipalité ?

Qu’est-ce que tu en penses avec ce que je viens de dire ? C’est très important. Cela donne un signal. Une façon volontaire de s’impliquer, cela montre qu’on est mobilisé. Il y a un côté entrepreneurial en nous autres s’investissant pour le changement. Ce sont tous des messages que les jeunes envoient. En vous impliquant volontairement dans votre communauté, vous démontrez aussi vos traits de caractère. Cela démontre une capacité de mobilisation, d’autonomie à penser pour eux. Parce que quand on décide un matin qu’on s’intéresse et veut participer, ce n’est pas quelqu’un qui nous prend par la main, ce n’est pas maman et ni papa. C’est parce qu’on a entendu parler de cela à l’école ou bien je veux faire quelque chose. Cela démontre une belle capacité d’autonomie et d’être en mouvement. C’est une grande qualité. Au départ, être autonome et avoir une énergie pour se mettre en action, pour un jeune qui a cela versus un jeune qui a moins ça, au fil des mois et des années, cela fera une grande différence.

Quelle importance doit-on accorder à l’activité physique ?

Très grande importance, parce que d’un c’est la santé physique. Surtout aujourd’hui, on vit dans un environnement où ce qui nous est offert à manger rapidement n’est pas nécessairement ce qui est le meilleur pour la santé. On vit dans une société qui nous amène son lot de stress et de tension.  Par le sport, cela nous permet de nous libérer l’esprit et cela nous permet de prendre soin de son corps. Si on pratique des sports d’équipe, cela permet de rire, de s’amuser avec des gens sur une base régulière et c’est plaisant. Cela nous permet d’oublier des situations dans lesquelles on peut être empêtré. Pendant quelques minutes ou heures, on va au bout de nous autres. On pleure, on rit et on s’amuse. L’activité physique, c’est bon pour le cœur, le corps et l’esprit. Parfois, par l’activité physique, on peut se valoriser. Quand on commence une activité, on n’est pas vraiment bon. À force de la faire, on devient meilleur et on développe une estime de soi et une appréciation. C’est très bon pour notre santé en général.

Que pensez-vous de la relation entre les jeunes et la cigarette /la vapoteuse ?

Vous ne parlez pas à la bonne personne. Autant je viens de vous parler de l’importance de l’activité physique, autant pour la cigarette, je vais vous parler comme un vieux mon oncle. La cigarette, ce n’est pas bon pour la santé et on s’entend là-dessus. Quand on est jeune et qu’on commence à fumer pour toutes sortent de raisons qui nous appartiennent, on développe une habitude. Ensuite, c’est difficile de s’en départir. Le vapotage? Je l’associe un peu comme la même chose. On le présente comme venant aider les gens qui fument, mais cela crée aussi une dépendance. Dépendamment de ce qu’ils mettent là-dedans, on s’aperçoit que des entreprises lancent cela sur le marché sans connaître les conséquences. C’est certain que ce sont des corps étrangers qu’on ingère sur une base répétitive.  C’est sûr que pour moi, je ne trouve pas que c’est une bonne idée pour les jeunes de s’intéresser à cela.