Entrevue avec la Dre Joanne Liu, réalisée par Élisabeth Beaudet et Tommy Fortier des Comités 12-18 de Ste-Sophie d’Halifax et Notre-Dame-de-Lourdes.
Qu’est-ce qui vous a donné envie de devenir médecin et plus précisément pédiatre ?
J’ai lu un livre quand j’étais adolescente sur un médecin qui travaillait avec Médecins sans frontières. J’ai trouvé ça très intéressant, mais ça m’est sorti assez vite de l’esprit. C’est quand j’ai fait un séjour au Mali avec Carrefour International que tout a changé. J’ai réalisé que je voulais faire de la médecine humanitaire. Initialement, je voulais faire de la chirurgie. Mais mon stage ne m’a pas convaincue. En plus, je trouvais que les enfants étaient de bien meilleurs patients. Quand ils vont mieux, ils se remettent à manger et à jouer.
Quand vous étiez présidente de Médecins sans frontières, en quoi consistait votre rôle au quotidien ?
Médecins sans Frontières est un mouvement de plus de 65 000 travailleurs répartis dans 70 pays. Je devais donc m’assurer que tout le monde était sur la même longueur d’ondes. Je devais aussi représenter l’organisation sur la scène internationale. Par exemple, si un pays était en guerre, je devais négocier avec les autorités pour qu’on puisse aider les populations qui ont besoin de soins. À quoi ressemblaient les conditions de vie et de travail sur le terrain ? Ça dépend où on travaillait. À la suite du tremblement de terre en 2010 en Haïti, on a vécu dans des tentes. Les routes n’étaient pas praticables. On se contentait d’une alimentation de base. En Ukraine où je suis allée en 2022, c’était différent. On avait accès à de l’eau, de l’électricité, un toit, etc. Mais on était toujours en état d’hypervigilance. On devait être prêts à partir n’importe quand et rapidement.
Est-ce que vous travailliez seule ou avec d’autres organismes et des gens du pays ?
On travaille toujours avec les communautés locales. Ce sont elles qui font le gros du travail. Nous, on vient leur prêter main-forte, souvent avec l’aide de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et le Comité International de la Croix-Rouge.
Quelle a été la mission ou l’intervention la plus difficile que vous avez vécue ?
L’épidémie d’Ebola me vient en tête. On était confrontés à la mort chaque jour parce qu’un patient sur deux décédait. De plus, on était sans contact avec le monde extérieur, étant donné que c’était un virus contagieux. Personne n’avait le droit de se toucher. C’était extrêmement difficile, sur tous les plans.
Pour vous, la persévérance scolaire, c’est… ?
Faire des efforts, même quand ça ne nous tente pas. Ça se peut qu’on n’aime pas la matière. Ça se peut qu’on ne soit pas le premier de classe. Mais c’est important d’acquérir un minimum de connaissances. Je ne parle pas forcément de devenir des experts, juste d’avoir une bonne base générale dans un peu tout. En faisant ça, on se construit en tant qu’être humain.
Quel message voulez-vous lancer aux jeunes de notre région ?
Je crois que c’est important d’être fier de ses racines, de les célébrer. Ça ne veut pas dire de rester chez soi tout le temps. On peut à la fois voyager et se souvenir de là où on vient. Parfois, on aimerait changer des choses de son passé, mais nos erreurs peuvent se transformer en leçons. C’est ce qui fait qu’on est des personnes avec différents talents, différentes forces. Et puis, c’est intéressant de savoir d’où viennent les gens.
Quelle importance doit-on accorder à l’activité physique ?
L’activité physique fait partie du bien-être global de la personne. Un esprit sain dans un corps sain, comme on dit. Ce n’est pas tout le monde qui va courir des marathons. Ce n’est pas grave, ce n’est pas l’objectif. Si on bouge un peu chaque jour, ça compte. Ça aide aussi à décrocher des petits et gros tracas de la vie. Quand j’étais la présidente internationale de Médecins sans frontières, il m’arrivait d’être submergée de problèmes à régler et de tâches à faire. Alors mes collègues me disaient toujours d’aller courir. C’était devenu une blague entre nous. Mais ça marchait pour vrai. Après une demi-heure de course, mon cerveau se libérait d’un trop-plein de pensées. De nouvelles idées me venaient. Encore aujourd’hui, je fonctionne de la même manière. J’essaie de courir ou de faire du vélo au moins une fois par jour. Je fais aussi du ski de fond à l’occasion. J’organise mon horaire en conséquence. Si mon horaire est trop plein ? Eh bien, je me réveille plus tôt pour aller courir. Ça commence bien ma journée.
Que pensez-vous de la relation entre les jeunes et la cigarette/la vapoteuse ?
D’un côté, je peux comprendre que les gens veulent expérimenter des choses. D’un autre côté, la littérature scientifique montre que c’est dangereux pour la santé sur la durée. On sait que ça a des effets négatifs sur le corps humain. Si les gens pouvaient ne pas devenir dépendants de la cigarette et la vapoteuse, ce serait bien. C’est sûr qu’on ne connaît pas encore toutes les conséquences du vapotage sur le long terme. Mais avec le peu qu’on en sait, c’est difficile d’être optimiste à ce sujet.