Entrevue avec M. Sylvain Champagne

Entrevue avec Monsieur Sylvain Champagne, monteur de taureaux, réalisée par Juliette Doyon, Marilou Dubois et Rosalie Bousquet des Comités 12-18 de Villeroy, Ste-Sophie d’Halifax et Lefebvre.

  • Est-ce que les 8 secondes semblent plus longues lorsque vous êtes sur le taureau ?

Parfois oui, parfois non. Quand nous parlons de 8 secondes dans la vie de tous les jours, ça semble peu. Sur le dos d’un taureau, c’est quand même un sport qui est très difficile. Quand ça va vraiment bien durant la prestation, les 8 secondes sont parfois courtes. Nous avons l’impression que nous resterions là toute la journée. Lorsque les performances sont plus difficiles, 8 secondes semblent une éternité. J’ai l’impression que c’est une journée de 8 heures !

  • Si vous pouviez retourner dans votre passée, changeriez-vous quelque chose ?

Oui, peut-être je prendrais un peu plus au sérieux mon talent que j’ai eu pour la monte des taureaux sauvages. J’irais sur le côté professionnel un peu plus tôt dans ma carrière.

  • Quel a été votre premier emploi payant ?

Je travaillais à l’épicerie de mon village à l’âge de 15 ans.

  • Comment avez-vous découvert cette passion ?

C’est en le voyant au Festival western de St-Tite. J’avais eu des billets pour ma fête de 17 ans pour aller voir ça. Quand j’ai vu ce sport-là, ça m’a touché. Deux mois plus tard, je montais sur un taureau pour la première fois et ça fait presque 25 ans de cela.

  • À l’école secondaire, quel genre d’élève étiez-vous ?

J’étais très actif, je parlais beaucoup, j’avais besoin de bouger beaucoup.

  • Est-ce qu’il vous arrive de vous faire interviewer ? Si oui est-ce différent pour vous de vous faire interviewer par des jeunes ?

Oui, c’est différent, car l’écoute des jeunes est beaucoup plus grande, je crois, que celle des adultes. Les adultes posent souvent des questions plus générales, ce que tout le monde veut savoir. Les jeunes, eux, vont vraiment chercher ce qu’ils veulent savoir, ce qui peut leur apporter quelque chose. Alors le poids des mots est un peu plus important quand ce sont des jeunes qui nous interviewent.

  • À quel âge avez-vous commencé à monter des taureaux ?

Je venais tout juste d’avoir 17 ans.

  • Est-ce que la première fois vous êtes tombé ?

Oui, après 7.1 secondes et ce n’était pas le taureau le plus performant non plus.

  • Quelle est la plus belle chose que votre métier vous a apportée ?

C’est sûr qu’il y a beaucoup de fierté ! J’ai beaucoup voyagé grâce à ce sport-là. J’ai pu voir beaucoup de culture différente, beaucoup de gens, beaucoup de pays. Ça a été vraiment super, c’est une vie que je recommanderais à tout le monde ! Ce n’est pas une vie qui est donnée à tout le monde, mais voyager et la fierté face à la réussite, c’est vraiment super !

  • Avez-vous inspiré beaucoup de jeunes à faire du rodéo ?

Je pense que oui, il y en a beaucoup qui m’ont témoigné souvent que je les avais inspirés. Comme c’est moi qui ai donné l’école de rodéo du Festival western de St-Tite pendant une période de 9 ans, avec les jeunes de 6 à 16 ans, alors oui. Je pense que la plupart des jeunes aujourd’hui que nous voyons dans les rodéos au Québec ont été un peu inspirés par moi, par mon cheminement et par mes conseils.

  • Faites-vous d’autres activités que la monte de taureaux dans les rodéos ?

Plus maintenant, non. J’ai essayé les autres disciplines de rodéo lorsque j’ai commencé plus jeune. Ce qui m’apportait réellement quelque chose, c’était la monte des taureaux. Je me suis vraiment concentré sur cela et comme ça me réussissait, c’était mieux pour moi de continuer juste là-dedans.

  • Quel conseil auriez-vous aimé recevoir lorsque vous étiez jeune, de la part de quelqu’un de plus âgé que vous ?

Je pense que j’aurais aimé me faire plus dire de poursuivre ma passion. Comme c’est un sport qui est très dangereux, les gens qui m’entouraient avaient très peur pour moi. Ils m’encourageaient quand même beaucoup, mais ils étaient toujours un peu réticents à l’idée que je puisse risquer ma vie comme ça. Ça aurait peut-être été agréable qu’ils me disent « Go c’est ta passion, alors fonce et fait ce que tu as à faire ». Ça m’aurait aidé peut-être un peu à mettre mon talent, lorsque j’étais plus jeune, en action.

  • Est-ce que ça vous arrive de donner des cours aux jeunes qui apprennent à embarquer sur un bœuf sauvage ?

Oui ça m’arrive, un peu moins à cause du Covid. Je me fais approcher quand même souvent pour ça.

  • Quels sont vos objectifs pour le futur en général ?

J’adorerais beaucoup avoir ma propre place chez moi pour avoir une école de rodéo. C’est un très beau projet, c’est sûr que c’est à long terme, mais j’adorerais vraiment ça !

  • Quel choix avez-vous trouvé le plus difficile à faire dans votre carrière ?

Je pense qu’il n’est pas encore fait. Je pense que le choix le plus difficile que je vais avoir à faire est de prendre ma retraite. Je ne l’ai pas encore pris, mais c’est quand même un sport qui est plus facile quand on est jeune.

  • Avez-vous eu beaucoup d’accidents en pratiquant ce sport ?

Oui, voulez-vous que je les énumère ? Bon alors fracture du nez à 3 reprises, les 2 clavicules cassées, le sternum cassé, les côtes cassées à 4 reprises, l’humérus du bras droit cassé, l’avant-bras gauche cassé, la jambe droite cassée, la mâchoire cassée à 3 endroits et quelques autres comme des ligaments déchirés. J’ai déjà eu un coup sur la carotide aussi…

  • Pour vous, la persévérance scolaire c’est quoi ?

Je pense que c’est important, car c’est une base. Sans les bonnes bases, nous ne nous facilitons pas la tâche. Ça prend quelque chose de solide en dessous des pieds tout au long de la vie. Ça va vous servir tout au long de votre vie.

  • Quel message voulez-vous lancer aux jeunes des municipalités rurales de la région du Centre du Québec ?

Soyez vrais, soyez vous-mêmes, peu importe la situation! C’est la meilleure façon d’être à votre 100%. Donnez le meilleur de vous peu importe où vous allez être.

  • Que pensez-vous des jeunes qui s’impliquent bénévolement dans leur municipalité ?

C’est très bien ! En faisant cela jeune, votre implication bénévole, plus tard cela va vous rapporter.

  • Que pensez-vous de la relation entre les jeunes avec la cigarette ou la vapoteuse ?

C’est mauvais ! Il y a tellement de belles choses à quoi nous pouvons nous accrocher. Accrochez-vous à d’autres choses de meilleur.

  • Quelle importance doit-on accorder à l’activité physique ?

C’est plus facile lorsque nous sommes en forme. Moi j’ai bougé beaucoup ! Tantôt j’ai dit que j’étais tannant à l’école, mais je bougeais beaucoup, je faisais beaucoup de sport. Je me suis concentré beaucoup sur le rodéo lorsque j’ai commencé. J’ai un peu mis les autres sports de côté. Avant de faire du rodéo, j’étais très actif et en forme. Sans cela, je n’y serais pas


Entrevue avec Mme. Roxanne Bruneau, auteure, compositrice et interprète.

Entrevue avec Roxane Bruneau, auteure, compositrice et interprète, réalisée par Émy Roy, Kim et Bianca Pontbriand-Pellerin et Cloé Girard des Comités 12-18 de Tingwick, Notre-Dame-de-Lourdes et L’Avenir.

  • À quel âge as-tu commencé à chanter ?

À l’âge de 12 ans, j’ai écrit ma première chanson, alors je te dirais que c’est dans ces eaux-là. Je chantais sous la douche et c’est pour ça que mon studio est maintenant dans une douche.

  • J’ai entendu dire que tu faisais toutes tes vidéos par toi-même. Pourquoi ne pas partager ce travail ?

Au début, j’ai commencé seule parce que je n’avais pas les moyens d’engager une équipe. Ça coûte des sous, les gens font ça de leur vie. Caméraman, preneur de son, éclairagiste, je n’avais pas les moyens de payer tout ce monde-là, alors je me filmais avec mon téléphone. Quand tu fais cela, tu développes une technique. Moi j’aime tout gérer. Alors la seule personne qui m’aide, c’est André, mon caméraman que nous appelons Youtube. Quand je me promène et que je fais des « vlogs », ce qui arrive moins depuis la pandémie, c’est arrivé certaines fois, il était là. Alors c’est la seule personne qui m’aide vraiment. J’aime ça faire le montage, gérer tout ça toute seule.

  • Du jour au lendemain tu as connu un succès immense qui ne cesse d’augmenter. Crois-tu que tout est allé trop vite ? Si oui, est-ce que tu changerais quelque chose à ta carrière ?

Moi je ne changerais rien. Je pense que chaque truc arrive pour une raison, même si des fois c’est une « bad luck ». Ces «  bad luck » là m’ont emmenée sur des chemins qui m’ont permis de rencontrer certaines personnes, certains événements. Je ne changerais rien. Oui c’est arrivé vite, ça l’air d’être arrivé plus vite que ça l’est en réalité. Ça fait quand même 7 ans que je fais de l’Internet de mon côté. Ça fait 4 ans que je fais de la musique professionnellement. 7 ans c’est un bon bout pareil ! Oui c’est sûr qu’à première vue, si tu m’as connue la semaine passée à la télé, tu peux avoir l’impression que c’est allé vite. Ceux qui me suivent depuis le premier jour où je me déguisais en Tinky Winky sur ma chaîne YouTube, ils savent que ça fait vraiment longtemps.

  • Si tu avais le choix de faire n’importe quel autre métier, que ferais-tu ?

C’est sûr que ça serait dans le domaine des arts parce que je pense que je ne suis pas bonne dans rien d’autres. Ça serait surement caméraman ou monteuse vidéo, recherchiste sur un plateau de télé. Ce serait en lien avec les arts de la scène et des médias.

  • Pourquoi as-tu commencé à composer des chansons ?

Je n’ai aucune idée ! Je n’avais même pas l’impression que j’écrivais des chansons. J’avais des cours de guitare et je me suis mise à écrire des paroles là-dessus. Je ne me suis jamais levée un matin en disant moi je veux être chanteuse, je vais écrire des chansons. Ça s’est vraiment fait de façon naturelle.

  • Tu appelles tes fans tes cocos. Pourquoi ce surnom ?

Je trouve qu’appeler le monde des fans, ça fait comme si j’étais plus cool qu’eux autres, alors qu’au contraire. Si ça n’était pas de ces gens-là, aujourd’hui je ne serais pas assis avec vous et je ne ferais pas de spectacles. Je n’ai pas le type de carrière normal. Exemple, une téléréalité t’amène dans le salon des gens. Moi j’ai commencé dans le salon des gens et je suis rendue à la télé grâce aux gens. Je voulais avoir un petit surnom « cute » et « coco » c’est arrivé du jour au lendemain, sans mi attendre. Depuis ce temps ça n’a pas arrêté.

  • Je sais que tu es très impliquée dans la cause LGBTQ+. Quel est ton principal message pour toutes les personnes pour qui tu es un modèle important ?

Mon message serait de ne pas te stresser pas à trouver ta lettre ou ta couleur sur le drapeau. Tu n’es pas obligé de te mettre une étiquette. Souvent, je vais parler à des jeunes qui me disent moi ça me stresse, je ne sais pas, je me pose des questions… Fais juste vivre. Si demain matin tu es une fille qui tripe sur une fille, tu n’es même pas obligée de dire que tu es lesbienne. Moi ma blonde à 40 ans. Elle n’a jamais sorti avec des filles de sa vie et ça va faire 4 ans que nous sommes ensemble. Elle ne dit pas nécessairement au monde qu’elle est lesbienne, elle sort juste avec une fille. Peut-être qu’après moi, s’il y a un après moi, elle sera avec un gars ou une autre fille. Nous ne sommes pas obligés de nous stresser avec l’étiquette et la couleur qui nous appartiennent sur le drapeau. Si c’est important pour toi, je ne te juge pas non plus. Tu fais les choses comme toi ça te tente, car moi quand je vais me coucher ce soir, ça ne m’empêchera pas de dormir. Alors c’est vraiment de s’écouter et de ne pas se stresser avec ça.

  • Est-ce que tu veux des enfants ? Si oui, combien ?

Je ne veux pas d’enfants. Ma blonde en a déjà 3 et en avoir d’autres, ce n’est pas dans ses plans. Moi ça n’a jamais vraiment été dans mes plans parce que je suis très carriériste, très travaillante. Avoir des enfants, c’est vraiment un truc de société. Je pense que rendu en 2021, tu peux t’écouter. Moi j’ai peur de « scrapper » mes enfants. J’ai peur de faire des enfants et de ne pas être assez là pour eux, de ne pas leur montrer les bonnes choses et d’engendrer des enfants qui n’ont pas de bons sens. J’aime mieux ne pas me mettre ce stress-là sur les épaules.

  • Est-ce que tu as des animaux chez toi ?

Il en avait un qui pleurait tantôt et qu’il est en train de mastiquer je ne sais pas quoi. J’ai un chien et un chat.

  • Félicitation pour tes 100 000 albums vendus ! Avec la musique numérique de nos jours, comment vois-tu la vente d’albums dans le futur ?

C’est une bonne question ! En ce moment, je ne suis pas une experte, en ce moment je touche du bois parce que ça se passe bien. Si l’on revient 20 ans en arrière, les ventes physiques étaient un fiasco. Avant, le monde n’achetait que des albums et ce ne sont des chiffres qui ne faisaient pas de bons sens. 100 000 en 2021 ça n’a pas de sens, c’est complètement fou ! Je me compte vraiment chanceuse. Je pense vraiment que c’est appelé à disparaitre malheureusement, à moins qu’il y aille un revirement de situation, que la mode change. Comme là les vinyles sont très à la mode et tout le monde veut une machine a vinyle. À moins qu’il y ait une tournure dans les événements, je pense vraiment que nous allons vers le numérique.  Ce qui est « cool » aussi, c’est que ma musique voyage en France en ce moment et je ne suis jamais allée en France ! il y a des pour et des contres de chaque côté.

  • Récemment tu as fait part de ton expérience face à la violence conjugale avec ta chanson « Secret ». Que penses-tu de la situation actuelle et quel serait ton message pour toutes les personnes qui se retrouvent dans cette situation ?

C’est une grosse question qui mériterait une discussion de 3 heures, alors répondre comme ça risque d’être difficile. Ce que j’ai envie de dire aux victimes, c’est que l’on peut s’en sortir, il y a des numéros de téléphone, il y a des endroits où vous pouvez aller. Par contre, c’est dur de dire ça au monde présentement avec le confinement et tout ce qui sort dans les médias. Je peux comprendre les victimes de ne pas avoir envie deparler présentement, parce qu’on dirait que le système n’est pas assez derrière les victimes. C’est sûr que le message d’espoir que j’ai envie de donner, c’est il y a vraiment des numéros de téléphone et je vous le jure que nous pouvons nous en sortir.

  • Qu’est-ce qui te rend la plus heureuse en ce moment ?

Mon Dieu, c’est une grosse question ! Je vais être franche avec vous, je suis le genre d’être humain qui voit le verre tout le temps à moitié vide. Je me lève le matin et je suis déjà marabout. Les petites choses de la vie comme boire mon café froid quand il fait soleil, être relaxe avec ma blonde et le chien, faire des spectacles. Juste une petite vie relaxe me rend heureuse.

  • Quel a été ton endroit préféré pour chanter ?

Je pense que c’est le spectacle de la St-Jean à Montréal. Il y avait du monde à perte de vue, je n’avais jamais chanté devant autant de monde. Je ne sais pas si ça été mon spectacle préféré, mais c’est le spectacle que je suis sortie de scène la plus fière. Je pensais mourir avant, pendant et un peu après. D’avoir survécu à ce spectacle-là, je suis vraiment, vraiment heureuse.

  • Comment arrives-tu à gérer ton stress avant un spectacle ?

Je ne gère pas mon stress avant un spectacle… si vous avez des trucs pour m’aider, juste me le dire, ça serait plaisant. Je suis toujours près de la mort. Mon dernier spectacle que j’ai fait c’est à Gatineau, un spectacle acoustique, et juste avant d’embarquer sur scène, j’avais l’impression d’avoir un énorme poil dans le fond de la gorge. J’étais avec mon guitariste en coulisse, il faut embarquer sur scène dans 30 secondes et je dis « Mat j’ai un poil dans le fond de la gorge ». Mat me demande d’où il vient le poil ? Là je suis comme ce n’est pas important d’où il vient le poil, c’est juste que là je vais chanter avec un poil dans la gorge ! Ce sont toutes de petites angoisses qui n’existent pas, comme ça, que je me crée comme une grande fille.

  • Comment vis-tu la situation actuelle (covid-19) sachant que tu es hyperactive et qu’il t’est très difficile de ne rien faire ? Quelles sont tes occupations et tes projets pour t’occuper un peu ?

D’emblée, je ne peux pas me plaindre. Je sais qu’il y a des artistes qui ont dû retourner travailler. Il y a des infirmières en ce moment qui se battent contre la mort. Moi, je continue à faire des vidéos sur Internet, à faire un peu de télé, un peu de spectacles.  Je te dirais que pour moi, oui c’est ennuyant, mais je ne peux pas me plaindre. Je suis une de celles qui ont été épargnées quand même. Près de moi, personne n’a été malade, tout le monde est en santé.

  • Comment as-tu trouvé que le chant était une passion pour toi ?

Je l’ai découvert quand un producteur m’a dit on va faire un disque. J’étais tellement gênée de chanter devant le monde que ça ne me passionnait pas. Je le faisais seule chez moi, j’avais du fun, mais je n’étais pas passionnée. J’étais terrorisée de le faire devant des gens. Présenter une chanson, c’est un peu se mettre l’âme à nu devant le monde et dire « aimes-tu ça ? » Je l’ai découvert quand les gens ont commencé à aimer ça. Je pense qu’ils m’ont donné le petit coup que ça prenait pour aimer ça.

  • Comme tu as dit tantôt, tu fais de l’anxiété et cela fait partie de ta vie. Quel serait ton message pour toutes ces personnes qui en souffrent au quotidien ?

Tu ne vas pas mourir. Je pense que c’est ce que je leur dirais parce que parfois, c’est tellement intense. Tu as l’impression que tu vas mourir. Au début de la covid, quand nous avons été confinés pour la première fois, ça a été long avant les assouplissements. Moi je suis vraiment la fille qui respecte les règles. Je n’ai pas vu personne. J’étais enfermée dans mon sous-sol. À un moment, je me suis dit que peut-être que l’anxiété, tranquillement pas vite, allait prendre de plus en plus de place dans mon cerveau et que je ne serais plus capable de sortir de chez moi. Il y a des gens pour qui l’anxiété n’est pas juste des poils dans le fond de la gorge et des sueurs froides avant d’embarquer sur scène. Ce sont du monde qui ne peuvent même pas sortir pour aller au restaurant. Il y a des degrés d’anxiété et si tu ne prends pas le temps de réaliser que tu en fais, ça peut prendre beaucoup de place. N’hésite pas à aller chercher de l’aide. Souvent, nous allons être gênés, nous allons avoir honte, mais il n’y a aucune raison d’avoir honte. Je pense que tous les êtres humains sur terre font un degré d’anxiété.

  • Pour toi, la persévérance scolaire c’est quoi ?

C’est dur. Je vous lève mon chapeau ! D’un parce que moi à l’école je trouvais ça vraiment difficile. Si on m’avait envoyée une journée sur deux ou complètement à la maison pour faire l’école, probablement que j’aurais décroché avant. J’ai décroché en secondaire 3 parce que je l’ai redoublé 3 fois. Je pense que c’est parce que je ne voulais pas. J’ai doublé une fois et j’ai décroché à partir de ce moment-là. Je restais parce que mes parents me forçaient à rester et pour vrai, ne faites pas ça. C’est la pire chose à faire ! Je sais que c’est difficile, je sais que c’est poche. Tu es fatigué et des fois tu ne comprends rien, tes parents t’énervent. Au secondaire, c’est le moment où vous avez le plus de questionnements. Vous recevez des formations, vous apprenez à devenir des adultes et là, vous le faites de façon confinée, alors bravo ! Il ne faut vraiment pas lâcher parce que si tu n’as pas de secondaire 5, il n’y a pas grand-chose après que tu peux faire. Ce qui est triste à dire, c’est que quand tu es une fille, c’est pire. Un gars qui a un secondaire 4 peut aller chercher ses cartes de construction. Physiquement oui, certaines filles peuvent le faire, mais moi en secondaire 3, je pesais 110 livres toutes trempées. Alors faire de la construction, ce n’était pas vraiment une option pour moi. De la musique, je suis chanceuse, c’est tombé sur moi comme par magie. Si je n’avais pas eu ça, je serais probablement encore en train de faire de la pizza, au salaire minimum, à devoir choisir si je fais une épicerie ou si je fais le plein de ma voiture. Si je peux vous traumatiser un peu, ne lâchez pas l’école.

  • Quel message veux-tu lancer aux jeunes de notre région du Centre-du-Québec ?

Je pense que j’ai répondu à deux questions importantes dans la question précédente. C’est vraiment ça mon message. Il ne faut pas lâcher. J’en ai deux ados à la maison et je sais que ce n’est pas facile, même pour la plus jeune qui est super bonne à l’école. C’est plus difficile avec la Covid, les masques. C’est compliqué, mais pour vrai, si je peux vous envoyer un peu d’ondes positives, ne lâchez pas.

  • Que penses-tu des jeunes qui s’impliquent bénévolement dans leur municipalité ?

Je trouve ça « cute ».

  • Que penses-tu de la relation entre les jeunes et la cigarette/vapoteuse ?

Je pense que pour vous, la cigarette c’est moins « hot ». Dans le temps de mes parents, il y avait des publicités à la télé qui disaient que la cigarette c’était bon. Il y avait des pharmacies et des médecins qui disaient que la cigarette c’était « cool » et que ça réduisait le stress. Après ils ont fait des recherches et ils se sont rendu compte que la cigarette tuait le monde à grands coups de cancer des poumons. Ils se sont retournés et dit que ce n’était pas « cool » et que ce n’était pas bon. La vapoteuse n’a pas tant de règlementation. Le monde fume beaucoup avec ça. J’ai l’impression que dans 20 ans, des chercheurs vont sortir que la vapoteuse fait pousser des yeux dans le front. Oui tu as l’air « cool de puffer » sur ta clé USB, mais ça va probablement causer des problèmes dans le futur. Si tu as le goût d’arrêter, c’est le temps !

  • Quelle importance doit-on accorder à l’activité physique ?

Je n’y accordais pas beaucoup d’importance lorsque j’étais ado. Quand j’ai eu 25 ans, j’avais de la difficulté à monter les marches. J’étais étourdie et le cœur me battait dans la tête. J’ai alors décidé de commencer à m’entraîner, faire du tapis, faire du sport dans mon garage. Je ne suis pas très bonne, mais je le fais quand même. Je pense que c’est quelque chose qui est assez important. En même temps, si au secondaire j’avais eu autant de réseaux sociaux et de trucs à faire assis, probablement que j’aurais continué. C’est sûr que c’est important, mais entre ne pas faire de sport et vapoter, reste assis et arrête de vapoter.


Entrevue avec Mme. Victoria Charlton

Entrevue avec Madame Victoria Charlton,
youtubeuse québécoise et écrivaine,
réalisée par Justine et Rosalie Roy du Comité 12-18 de Lyster.

    • Quelle était votre matière préférée à l’école ?

    Ma matière préférée était le français, étonnamment ! C’est pourquoi je suis devenue écrivaine d’ailleurs !! Écrivaine et youtubeuse !

    • Lors de votre adolescence, étiez-vous intriguée par les histoires de crimes et les phénomènes paranormaux ?

    Ah bonne question !! Oui vraiment. Dès l’âge de 6 ans, j’écoutais des films d’horreur à la télévision. Même ma mère me disait que c’était trop vieux pour moi et que je ne pouvais pas écouter ça. Et je lui disais : « Ah non, j’aime ça des histoires de fantômes et tout ! »

    • À quoi ressemble votre parcours académique ?

    Parcours académique ? j’ai fait le primaire et le secondaire. Ensuite, je suis allée au CÉGEP en Arts et Lettres, concentration Littérature. Entre temps, j’ai pris une petite pause pour aller étudier l’espagnol au Mexique. Je suis allée par la suite faire mon baccalauréat en Études littéraires. J’ai commencé en concentration Littérature de la Francophonie, mais très vite j’ai fait un « switch » en création, ce qui était plus mon style.  Tous mes cours étaient axés sur la création littéraire. J’avais des cours pour écrire alors j’ai adoré. J’ai commencé à travailler et, plus tard, j’ai décidé de faire une maitrise. Je voulais faire de plus longues études tout simplement. Donc j’ai fait une maitrise en Études Canadiennes. Pour être honnête, le titre de la maîtrise ne me dérangeait pas, je voulais seulement mon diplôme de maîtrise. Donc j’ai fait une maîtrise en Études Canadiennes et mon mémoire de maîtrise sur Fred Pellerin. Est-ce que vous le connaissez Fred Pellerin ?

    • Ça me dit quelque chose, c’est un conteur ?

    Oui c’est un conteur, humoriste et chanteur, auteur, compositeur et interprète. Donc voilà !

    • Habitez-vous toujours au Mexique ?

    Oui, j’habite toujours au Mexique.

    • Pourquoi avoir décidé d’habiter-là plutôt qu’au Québec ?

    Parce que mon mari est mexicain. Quand j’ai terminé mes études, j’ai décidé d’aller le rejoindre parce que lui n’avait toujours pas terminé ses études. Je lui ai dit que nous habiterions ici, car je n’aimais pas l’hiver et que je préférais les pays chauds. Là c’est le contraire. Je m’ennuie d’avoir quatre saisons ! Alors on planifie de revenir vivre au Québec dans un an, un an et demi.

    • Lorsque vous étiez plus jeune, aviez-vous envie de devenir écrivaine plus tard ?

    Oui, c’était mon rêve d’être écrivaine !

    • Qu’est-ce qui vous a donné l’envie d’écrire un livre ?

    C’est tout mon parcours. En fait, quand je suis devenue youtubeuse, c’était pour écrire un livre, car le monde de l’édition au Québec est difficile. C’est difficile de se faire offrir un contrat de livre, ça prend un public ou une très belle main d’écriture. Donc je me suis dit : « Je vais me partir une chaîne YouTube, me trouver un public, en espérant que ça m’amène un contrat de livres. » Donc j’ai eu un parcours en sens inverse. Je me suis partie une chaine YouTube, en espérant que ça m’amène un contrat de livre. Et ça a bien fonctionné.

    • Combien de livres avez-vous écrits jusqu’à présent ?

    Juste un, mais il y en a possiblement d’autres qui s’en viennent. Mais je n’en dis pas plus !

    • Où avez-vous trouvé toutes les informations nécessaires pour écrire votre livre ?

    Ce sont des histoires connues, mais pas toutes. Pour mon premier livre, ce sont beaucoup d’histoires de disparitions connues. Il y a beaucoup d’informations qui sont sur Internet, je vais lire des articles de journaux qui ont été écrits, je vais lire des forums, regarder des documentaires. Il y a quelques histoires avec lesquelles j’ai été en contact avec les familles directement. C’était quand même intense ! Je parle au frère de la personne disparue, au père du petit garçon qui est porté disparu, ils vont me donner des informations. Je viens de faire un appel avec un gars qui lui vient de faire un documentaire sur le meurtre d’une jeune fille. Lui, il a fait un gros documentaire, il a été en contact avec la police, la sœur de la personne. Je trouve mes informations un peu partout en gros !

    • Est-ce que vous considérez votre chaîne et votre écriture comme un passe-temps ou un métier ?

    Au début c’était un passe-temps, mais maintenant c’est rendu un métier à temps plein.

    • À votre avis, quels sont les bons et les mauvais côtés de ce genre d’écriture ?

    Ce genre d’écriture ? Bonne question ! Les bons côtés, je n’ai pas vraiment besoin d’inspiration, parce qu’en fait, l’information est là. C’est un peu comme des rapports journalistiques si l’on veut. Les mauvais côtés, quand je pensais écrire, ce n’était pas ça que je voulais faire. Moi je voulais plus écrire des romans. L’un n’empêche pas l’autre. Peut-être que dans un troisième ou quatrième livre je vais aller plus dans l’écriture de fiction.

    • Qu’est-ce qui vous fascine dans votre métier ?

    C’est tout l’aspect recherche que j’aime beaucoup. C’est d’aller creuser. Je viens de faire un appel, ça fait trois jours que je suis dans les recherches du meurtre de la jeune fille, je creuse toujours et découvre plein d’affaires. Je viens de parler au réalisateur d’un documentaire et il m’a appris plein de choses. Je me disais « Ah mon dieu ! Je ne le savais pas ! ».  J’apprends de nouvelles choses à tous les jours et j’aime beaucoup l’aspect de recherche.

    • En dehors de l’écriture et de votre chaîne YouTube avez-vous des passe-temps ?

    Je suis pas mal occupée, ça me demande beaucoup de mon temps. J’aime beaucoup lire. J’écoute des podcasts. Au départ, c’étaient toujours des livres sur le « True Crime », des podcasts sur le « True Crime ». Mais là j’ai laissé tomber ça, d’être toujours dans le « True Crime ». Présentement, j’écoute plus des podcasts humoristiques, des livres humoristiques et des séries télé d’humour. Je nage, mais là mon gym a fermé à cause du COVID, j’avais commencé la nage. J’aime beaucoup nager. Et je cuisine également. Je suis végétarienne depuis presque 2 ans et essayer de nouvelles recettes végé, j’aime beaucoup ça.

    • Pour vous, la persévérance scolaire, c’est quoi ?

    La persévérance scolaire c’est de pouvoir choisir. Persévérer à l’école pour pouvoir ensuite faire un choix. Comme moi, si je n’avais pas continué, je n’aurais pas eu dans mes choix de déménager au Mexique, d’avoir ma chaine YouTube et de pouvoir avoir un métier que j’aime. Et si un jour YouTube ne fonctionne plus, au moins j’aurais cinq ou six autres options. C’est d’avoir aussi du jugement critique. Outre le fait d’avoir des options d’emplois, je trouve que le plus important avec l’école, c’est que ça te donne du jugement critique. Je trouve ça super important. Par exemple, en écoutant « Occupation double », bon mon exemple est con, mais on est capable de se rendre compte qui a du jugement et qui en a pas. Je trouve que la persévérance scolaire c’est important pour ça en fait. C’est ça l’éducation, ça te donne du jugement et des choix.

    • Étiez-vous bonne à l’école ?

    Si j’étais bonne ? Oui, je l’étais, dans les 90 et plus.

    • Quel message aimeriez-vous lancer aux jeunes de notre région ?

    Choisissez vos amis, c’est super important. Ne vous laissez pas trop influencer. Des fois, tu as des options qui s’offrent à toi. Moi je devais choisir entre un gang d’amis ou un autre. J’aurais tellement eu un parcours différent dans ma vie si j’avais choisi tel gang ou tel gang.

    • Que pensez-vous des jeunes qui s’impliquent bénévolement dans leur municipalité ?

    Je trouve ça super important d’être impliqué à votre âge et d’être occupé. C’est bien d’avoir un bon sens de l’organisation. Être actif, pro actif. Moi je pense que chaque personne devrait s’impliquer bénévolement, même moi j’en fais. C’est bien, félicitations !

    • Quelle importance doit-on accorder à l’activité physique ?

    Ça dépend, parce que moi je déteste le sport ! Mais il faut trouver quelque chose qu’on aime. Moi ça m’a pris 27 ans avant de trouver un sport que j’aimais. Comme là, j’ai trouvé la natation. Trouver quelque chose qu’on aime c’est important, mais c’est difficile. Moi je me rappelle, les cours d’éducation physique, je détestais. Je faisais semblant d’avoir des crampes au ventre pour ne pas aller jouer au soccer. C’est important de se garder en forme. Ne serait-ce que d’aller prendre une marche dehors avec nos chiens. C’est super important pour le mental.

    • Que pensez-vous de la relation entre les jeunes et la cigarette ou la vapoteuse ?

    C’est vrai que c’est une nouvelle mode ça la vapoteuse. Vous à votre école, est-ce qu’il y en a qui fume de la vapoteuse ? Je suis surprise de voir qu’il y a du monde comme ça à votre âge ! Moi à votre âge, il y avait peut-être trois personnes qui fumaient la cigarette à mon école. Je trouve ça vraiment regrettable. C’est dommageable, je trouve ça triste. Je présume que le gouvernement va mettre des lois là-dessus. Je ne sais pas quoi dire, je ne pensais pas que c’était un phénomène si répandu. C’est comme la mode. Je sais que quand j’étais prof au Mexique, mes élèves avaient votre âge et tout le monde fumait la cigarette. C’était « cool » de fumer. Mais ici, personne ne semble fumer la cigarette. Ce sont vraiment deux réalités. Ça va passer… Mais je suis désolée d’apprendre ça. C’est vraiment triste.


Entrevue avec M. David St-Jacques

Entrevue avec Monsieur David St-Jacques, astronaute, réalisée par Alice Pelletier, Cloé Girard, Noémie Boutin, Frédérique DeMontigny et Nicolas Bernier  des Comités 12-18 de L’Avenir, Ste-Sophie d’Halifax et Ste-Séraphine.

  • Lorsque vous étiez plus jeune, quel métier vouliez-vous faire ?

Quand j’étais jeune, je rêvais d’aller dans l’espace… ça fait très longtemps. Mais mon premier métier auquel j’ai rêvé, sais-tu c’était quoi ? Je pense que je voulais être, je ne sais pas si ça existait, je voulais être maquettiste. J’avais été fasciné par les maquettes de chemins de fer. Quand j’étais petit, j’adorais ça faire des « legos », des espèces de modèles miniatures. Alors c’était mon premier rêve d’être maquettiste, mais bon, ce n’est pas le métier que j’ai fait.

  • Comment avez- vous su que vous vouliez devenir astronaute ?

Ce n’était pas de devenir astronaute mon rêve. C’était de comprendre l’univers. Ça, ça m’est venu la première fois que j’ai vu des photos avec la terre et l’espace. Au début quand j’étais petit, je ne comprenais pas. Un jour, on comprend ce qu’on regarde quand on voit ça. Je ne sais pas quel âge j’avais (6-7 ans ?), quand j’ai compris ça… O.K., c’est la terre où que nous sommes maintenant…. Cette perspective-là que ça m’a donnée sur la vie, c’est que je suis devenu un peu obsédé par l’espace à ce moment-là. Je voulais tout savoir sur l’astronomie, l’astrophysique, pas nécessairement devenir astronaute. C’est venu plus tard, plus adulte, lorsque j’ai plus compris ce que c’était qu’être astronaute. J’étais déjà assez vieux, je dirais à l’université, lorsque j’ai entendu dire qu’il avait un recrutement d’astronaute, il y a maintenant 12 ans de ça. C’est là que je me suis dit que je veux absolument essayer.

  • Quelles sont les études que vous avez faites et aviez-vous de bonnes notes à l’école ?

Quand j’étais à l’école, j’avais d’assez bonnes notes. J’étais un peu distrait, je n’aimais pas trop ça faire tous mes devoirs. J’aimais mieux faire mes bricolages et jouer. Je me suis toujours forcé pour avoir de bonnes notes parce que je me disais que c’était important pour mon avenir. C’est ça qui allait me permettre plus tard d’avoir le choix de faire ce que je voulais accomplir dans la vie. Quelles sont les études que vous avez faites ? J’ai fait comme tout le monde mon primaire et l’école secondaire. Ensuite je suis allé au cégep en sciences pures et puis après, je suis devenu ingénieur comme mon père et mon grand-père. Je porte encore ma bague d’ingénieur parce que, au Québec, les ingénieurs reçoivent une bague spéciale. Donc je suis devenu ingénieur, je suis allé à l’École polytechnique à Montréal et puis après, j’ai travaillé comme ingénieur. Je suis ensuite retourné à l’université. Je suis allé en Angleterre pour faire un doctorat en astrophysique. Ensuite, j’ai travaillé comme astronome. Je suis retourné à l’université pour devenir médecin. Je suis allé à l’Université Laval pour devenir médecin et à l’université McGill pour me spécialiser en médecine familiale. J’ai été travaillé dans le Grand Nord du Québec comme médecin de famille. C’est là que je travaillais lorsque j’ai entendu parler du recrutement des astronautes. Je suis allé à l’université très longtemps, mais j’ai arrêté pour travailler puis j’y suis retourné comme ça plusieurs fois.

  • Que faites-vous dans la fusée avant d’arriver à destination ?

Nous sommes très occupés. Une fusée ça vole à peu près automatiquement. Les astronautes, nous sommes très occupés à surveiller l’ordinateur. Il fait tout automatiquement, mais il faut s’assurer qu’il fait ça correctement. Nous sommes occupés à le programmer, à suivre toutes les phases de pilotage pour être certains que ça se fait correctement. L’entrainement que l’on suit, c’est surtout pour apprendre à réagir en cas de problème. S’il y a un problème avec les moteurs, avec la navigation, avec le système d’oxygène par exemple. Donc nous surveillons toujours tout ça pour être sûrs qu’il n’y aura pas de problème. Nous sommes donc très occupés, mais c’est plus un travail de surveillance. C’est comme si nous étions des pilotes dans un avion qui fonctionne sur autopilote. L’astronaute ne fait pas rien pendant ce temps-là. Il surveille quand même que l’autopilote fonctionne bien. Une fois arrivé, ça prend environ 6 heures se rendre à partir de la rampe de lancement jusqu’à la station spatiale internationale, nous devons faire les manœuvres d’arrimage, ouvrir le sas. C’est une longue journée se rendre dans l’espace. Ça prend environ 14 heures en tout avant d’arriver dans la station et de pouvoir s’installer dans notre nouvelle maison.

  • Quels sentiments ressentons-nous lorsque nous flottons pour la première fois dans l’espace et lorsque nous voyons la terre par le hublot ?

C’est un moment très spécial et très fort pour moi. La première fois, le décollage de la fusée se faisait au coucher du soleil. Donc après la mise en orbite, c’était rendu la nuit. Ça va vite dans l’espace. Nous allons tellement vite qu’on fait le tour de la terre en 1 heure 30. Aussi, 45 minutes après le coucher du soleil, c’est déjà le lever du soleil et vice versa. Environ 15 minutes après être arrivé en orbite, déjà c’étaient les premières lueurs de l’aurore. Quand j’ai vu ça pour la première fois par mon petit hublot, la courbe de la terre avec les lumières de l’aurore, l’orange, le rouge, les lumières des villes, j’ai compris. Wow ! « My god ! » c’est vrai, je suis vraiment rendu dans l’espace ! Jusque-là, ça ressemblait tellement à l’entrainement, au simulateur, que mon esprit n’avait pas vraiment réalisé que c’était vrai. C’est à ce moment que j’ai réalisé que c’était vrai, la première fois que j’ai vu la terre et l’espace. C’est incroyable de voir ça !

  • Est-ce qu’il fait froid dans l’espace et dans les vaisseaux spatiaux ?

Bonne question ! Ça, c’est une question physique. Je vais vous expliquer un peu. La température c’est quoi ? C’est la température des objets ou en ce moment dans la maison où vous êtes, c’est la température de l’air que vous ressentez. Ça prend un objet, de la matière, pour avoir de la température. Dans l’espace, il n’y a rien. C’est quoi la température de l’espace ? On mesure ça, ça dépend si tu es au soleil ou à l’ombre. Au soleil, très vite il fait très chaud, car le soleil est très fort dans l’espace. Si tu es à l’ombre, il fait très froid. Donc ça dépend si tu es illuminé ou non. Par exemple, si tu prends la lune, parfois tu vois la moitié de la lune illuminée et l’autre moitié qui est à l’ombre. La moitié qui est illuminée est environ à +200 degrés. La moitié à l’ombre est environ à -200 degrés. Donc ça dépend vraiment et énormément de l’illumination du soleil. La même chose pour un vaisseau spatial. Le côté qui est au soleil est super chaud et le côté qui est à l’ombre est super froid. Donc les ingénieurs qui l’ont construit l’ont conçu en conséquence. Même pour notre scaphandre, quand nous sommes au soleil, il fait super chaud. Il faut mettre le système de refroidissement, fermer absolument la visière du casque comme de grosses lunettes soleil. Le soleil rentre à l’intérieur, c’est vraiment chaud et dès que l’on rentre dans la nuit, on allume les chaumières pour se réchauffer les doigts. Très, très vite il fait froid. Donc ça dépend. Mais les vaisseaux spatiaux, les scaphandres, tout ça possèdent de bons systèmes de contrôle de température. Donc à l’intérieur, il fait une température totalement normale. On se promène en t-shirt, c’est très, très confortable.

  • Comment faites-vous pour manger et boire de l’eau dans l’espace ?

Les 2 problèmes évidemment sont que premièrement, nous n’avons pas de frigidaire. On ne peut pas garder les aliments longtemps, alors il faut avoir seulement des aliments déshydratés. Tu as peut-être déjà vu ça en allant en camping. Des aliments déshydratés, c’est que l’on mange de la nourriture qui est déshydratée. Elle est faite d’avance depuis 1 an peut-être avant le voyage en vaisseau spatial. On la réhydrate et franchement, c’est très bon. Ça a toujours l’air un peu a du ragoût. C’est comme un mélange de soupe épaisse avec de la viande et des légumes. Il y en a de plein, plein de sortes, mais c’est ça que l’on mange. On peut faire mariner des choses comme du saumon fumé, ça fonctionne dans l’espace et ça peut durer très longtemps. On peut avoir des biscuits, des choses comme ça. On peut avoir du café, des choses comme ça. Le problème pour boire, c’est que si tu mets du liquide dans un verre, il va sortir du verre. Ça va faire comme une grosse boule qui flotte. Donc on boit seulement un peu comme quand parfois dans ta boite à lunch tu as des jus en carton avec une paille. Ça, ça marche dans l’espace. Le liquide est prisonnier donc avec la paille tu l’aspires. On peut également le faire avec des sacs de plastique, un peu comme à l’hôpital quand ils vous mettent du sérum. Des systèmes de plastique comme ça à laquelle on peut avoir de l’eau, du café ou du lait. C’est comme ça que l’on boit. Toujours au travers d’une paille. Il n’y a pas moyen de faire autre chose. Pour la nourriture, c’est déshydraté, mais c’est très bon. Moi j’aime beaucoup aller en camping et quand on va en camping, on déshydrate nous-mêmes notre nourriture.  Donc nous avions fait de la nourriture déshydratée que nous avons réussi à apporter dans l’espace. Donc j’en avais quelques-unes pour mes repas spéciaux. Une chose qui est plaisant avec la nourriture, c’est que chaque pays possède sa nourriture dans l’espace. Donc chaque personne peut échanger sa nourriture avec un autre astronaute du Japon, de la Russie. Moi j’avais apporté plein, plein de sortes de saumon fumé, de sirop d’érable du Canada. Donc c’est ce que je donnais en échange pour les repas des autres pays.

  • Est-ce que l’on s’ennuie d’un trio Big Mac dans l’espace ?

Moi je trouve très bonne la nourriture. Ce dont je m’ennuyais, c’est la nourriture fraîche. On ne peut pas manger de steak frais, de légumes frais, des œufs frais, on ne peut pas avoir tout ça. Alors ça c’est ce dont je finissais par m’ennuyer. Quand il y avait des vaisseaux de ravitaillement, toujours sur la rampe de lancement, les gens cachaient des oranges, des choses comme ça, des petits cadeaux. Alors pendant quelques jours, nous avions de la nourriture fraîche. Quand je suis revenu sur terre, c’est sûr que je voulais juste manger de la nourriture fraîche. Je ne voulais rien de déshydraté, parce que j’étais fatigué de la nourriture en sachet.

  • Lors de vos voyages dans l’espace, quelles sont les choses qui vous ont le plus effrayé ?

Les choses qui m’ont le plus effrayé dans le voyage spatial ? La seule chose dont nous avions peur en fait, c’est de se dire si je meurs, ce sera vraiment triste pour mes enfants et ma famille. Moi si je meurs, je ne me rends pas compte que je suis mort. Le problème, c’est les gens qui restent derrière. Sinon j’avais peur que mes parents, ils sont vieux, s’ils mouraient pendant que je serais dans l’espace, ce serait vraiment triste. Je ne pourrais pas les voir pendant qu’ils sont malades. Alors c’est surtout ça. Je n’avais pas peur de mon travail. J’avais vraiment confiance dans toute l’équipe qui travaille super fort pour préparer les fusées, préparer les missions. Avec mon entrainement pendant des années, je connaissais vraiment mon travail. Alors le jour du décollage, j’étais vraiment très calme, très serein. Je n’avais pas vraiment peur… Pas que je n’avais pas peur, ce serait faux de ne pas avoir peur, car c’est dangereux une fusée… C’est sûr que c’est épeurant. L’important quand tu as peur de quelque chose, c’est de se rendre compte que la peur c’est juste un signal d’alarme pour te dire attention, c’est dangereux. Il faut que tu te concentres, il faut que tu fasses attention. La peur ne veut pas dire « Vas y pas ! ». Ça veut juste dire « Attention, sois prudent ». Oui la peur était toujours là, mais ce n’était pas de la terreur. C’est juste que je restais très, très attentif et concentré pour faire mon travail correctement. Ce qui était peut-être le plus dangereux dans l’espace, c’étaient les météorites. Les petites météorites qui peuvent frapper la station, faire un trou, mettre le feu et causer une fuite d’air. Ça, c’est un peu comme la loterie. D’Ailleurs, pour un astronaute, quand on regarde la terre par la fenêtre, quand on voit une étoile filante, nous on n’aime pas ça. Une étoile filante, c’est un accident qu’on vient d’éviter de justesse. Les étoiles filantes ce sont des roches, alors il ne faudrait pas que ça nous frappe. Quand tu sors dehors de la station, tu vois qu’elle est recouverte de micro étoiles filantes. Ce sont juste des petits bouts de poussière qui la frappent. Ce sont comme des maringouins sur le pare-brise d’une voiture. Plein, plein, plein de petits cratères, de toutes petites roches qui l’ont frappée. À date, nous n’avons jamais été frappés par un gros débris. Sais-tu ce qui est le plus épeurant honnêtement ? Il ne faut pas faire d’erreurs, vraiment aucune erreur. Ce que l’on fait à bord, tout est compliqué, tout est cher, tout est accompli par plein de gens qui travaillent là-dessus depuis longtemps. C’est important, il y a plein de gens qui ont confiance en nous. C’est comme quand tu fais un spectacle avec l’école. Tu es sur scène, tu ne veux pas te tromper, t’enfarger. C’est un peu comme ça notre vie dans l’espace. On ne peut pas se tromper, s’enfarger, faire d’erreur. C’est drôle, ta question est vraiment bonne, elle me fait réfléchir ! Sais-tu c’est quoi les choses donc j’ai le plus peur ? Ce sont les quelques fois où j’ai fait des erreurs. Ça arrive à tout le monde de faire des erreurs, mais j’avais vraiment peur d’appeler Houston pour leur dire que j’en avais fait une. Ça ne me tentait pas. Ça ne me tentait pas d’admettre mon erreur ! Ça ne me tentait tellement pas, j’aurais aimé mieux oublier ça, mais tu ne peux pas. Il faut que tu appelles pour admettre ton erreur et pour demander de l’aide. C’est toujours ça la bonne chose à faire. C’était cela qui me rendait le plus nerveux…

  • Comment fonctionne le cycle jour/nuit dans l’espace ?

Alors ça, c’est intrigant ! Être dans l’espace, c’est un peu comme être en orbite. Nous restons là, car nous allons très vite. Je vais t’expliquer brièvement. Sur la terre, la gravité est encore là pour nous faire tomber. Imagine que je prends mon téléphone et que je le lance. Sur terre, il va faire une courbe. Si je le lance plus fort, il va faire une plus grande courbe, il va aller plus loin. Encore plus fort, il va encore plus loin. Si je le lance assez fort pour qu’il tourne en suivant la courbe de la terre, il ne va jamais toucher par terre. Il va juste continuer à tourner. C’est ça être en orbite. Ce n’est pas qu’il n’y a pas de gravité, c’est juste que nous allons tellement vite que nous tournons en suivant la courbe du sol en dessous de nous. C’est comme si nous étions toujours en chute libre. Donc pour répondre à ta question, vu que nous allons si vite, nous allons à 8 km par seconde, nous faisons le tour de la terre en 1 heure 30. À cause de cela, en 1 heure 30 nous avons fait le tour de la terre du côté qui est au soleil et ensuite, le tour de la terre qui est dans la nuit et on revient. Aux 45 minutes, c’est le lever du soleil et le coucher du soleil. C’est un peu désorientant au début. Tu ne sais plus c’est quand le jour et la nuit. Tu ne sais plus quand aller te coucher, quand manger ton déjeuner tellement que la lumière dehors change tout le temps. On finit par s’habituer à plus se fier sur notre montre, se fier sur l’horaire. C’est ça le cycle jour/nuit dans l’espace. C’est un peu comme un spectacle qui n’a pas rapport avec ta vie, avec tes journées à toi. Le cycle est sur 1 heure 30, alors on vit arbitrairement à l’heure de l’Angleterre. Nous avons décidé ça arbitrairement, comme ça c’est un peu entre Houston (Texas) et Moscou (Russie) où sont situés les deux grands centres de contrôle. Notre vie est sur l’heure de Londres, mais le jour et la nuit, c’est chaque heure et demie un cycle qui n’arrête pas. C’est un peu désorientant au début.

  • Avez-vous des temps libres dans l’espace et si oui, quels étaient vos passe-temps ?

Nous avons du temps libre, pas beaucoup, mais nous en avons. Les journées sont longues. On travaille de 7 h le matin à 7 h le soir. Après ça, nous prenons un peu de temps pour appeler notre famille, faire de l’exercice. La plupart des dimanches sont libres. Nous essayons de nous garder le dimanche. Le samedi, nous faisons le ménage et réparons ce qui est brisé. Le dimanche, nous essayons d’être libres. Moi ce que j’aimais le plus faire, c’était tout simplement aller à la coupole regarder la terre. J’essayais souvent d’appeler un ami au téléphone. On peut appeler au téléphone, pas tout le temps, mais assez souvent. J’aimais ça parler à des amis ou ma femme, mes enfants et mes parents en regardant la terre. C’était mon passe-temps préféré.

  • Avez-vous pu parler à votre femme tout au long de votre mission ?

J’ai pu parler à ma femme et ma famille presque tous les jours. C’était ma confidente et celle qui était le plus au courant. Mes enfants avaient la chance que, chaque fin de semaine, nous pouvions jaser pendant 1h ou 2, comme on fait en ce moment, avec un appel vidéo. C’était plus difficile à organiser, alors nous le faisions une fois par semaine chacun notre tour. C’était vraiment formidable de parler comme ça avec des amis et mes parents. Au téléphone, tous les jours, j’ai réussi à parler à ma conjointe. C’était vraiment important psychologiquement. Les deux nous avions besoin de l’aide l’un de l’autre. Elle, elle était seule sur terre avec les enfants, moi, je suis seul dans l’espace loin des gens que j’aime. Quelquefois c’était moi qui avais besoin d’aide et quelquefois, c’était elle qui avait besoin d’aide. Alors on s’aidait mutuellement.

  • Avez-vous une anecdote à partager sur ce qui est arrivé là-haut ?

J’en ai une que vous allez comprendre ! Vous avez déjà fait ça des achats sur Internet ? Parfois quand tu vas sur des sites, pour être certains que tu n’es pas quelqu’un qui a volé l’identité, ils envoient un message sur ton téléphone pour confirmer que c’est la bonne personne. Moi quand j’étais dans l’espace, je voulais acheter des fleurs à ma conjointe. J’ai eu la bonne idée d’aller sur un site Internet de fleurs, je voulais lui faire une surprise. Je fais la commande par Internet à la station spatiale. Ils me disent OK, on va envoyer un texto à votre téléphone pour confirmer que c’est vous. Ah non !!! Je n’avais pas mon téléphone évidemment, c’est ma conjointe qui l’avait… Alors ce ne serait pas une surprise ! Je me suis fait avoir par la technologie ! Je me suis organisé avec un bon ami qui a fait l’achat pour moi pour garder la surprise pour la famille.

  • Quelle est la première chose que vous avez faite lors de votre retour sur terre ?

Lors du retour sur terre, nous avons atterri et des assistants m’ont sorti de la capsule parce que je n’étais pas capable de marcher debout. J’étais tellement désorienté. La première chose que j’ai faite, c’est que j’ai dormi. Je me suis reposé dans l’avion qui me ramenait à Houston. Là j’ai vu mes enfants et ma famille. C’est ça la première chose intéressante que j’ai faite, c’était de revoir ma famille. Je me suis aussi fait cuire des œufs !

  • Quels sont vos projets pour les années à venir et est-ce qu’il y a une autre mission prévue ?

La mission, j’aimerais ça, mais ce n’est pas moi qui décide. Au Canada, nous sommes 4 astronautes en ce moment et les 3 autres ne sont pas encore allés dans l’espace. Je suis un peu à la fin de la ligne d’attente maintenant. C’est eux d’abord. Pour moi, mon travail maintenant est de supporter les autres missions et les missions des autres astronautes. Je suis comme un instructeur pour les astronautes parce que je possède de l’expérience. Je les conseille pour les futures missions spatiales. C’est un genre de rôle comme cela que j’ai maintenant.

  • Est-ce que vous croyez en la possibilité d’installer une base sur mars et si oui, seriez-vous partant pour y aller ?

Oui, je crois que c’est possible. Je pense que c’est possible d’aller sur mars et d’avoir une base. Le plus difficile, c’est de revenir. Il faut faire le carburant sur place et il faut bien s’enligner pour revenir sur la terre. Est-ce que j’irais sur mars ? Maintenant, à mon âge, je pense que mes enfants sont trop jeunes. J’attendrais plus tard, que mes enfants soient des adultes, car c’est long. Les missions sur mars ça va durer plusieurs années. Ça prend sûrement environ 9 mois juste pour se rendre. Il faut rester plusieurs années peut-être et c’est 9 autres mois pour revenir. Ce sont des missions de 3, 4 ou 5 ans. Je pense que ce sera pour des gens qui n’ont pas encore de famille ou des gens dont la famille est déjà assez grande et qui a quitté la maison. C’est important quand même. On pense souvent à l’aspect technique, mais nous sommes aussi des gens qui possèdent une vie de famille. C’est très important de garder l’équilibre. Nous ne pouvons rien faire de bien dans la vie si nous n’avons pas d’équilibre. Nous ne pouvons pas sacrifier un morceau de sa vie pour tout mettre dans un autre. L’être humain ne fonctionne pas comme ça. Il faut tout garder en équilibre et c’est comme ça que l’on est à notre meilleur. C’est important pour nous aussi de garder notre esprit de famille en bon état.

  • Quel a été le plus gros moment de stress durant votre carrière jusqu’à maintenant ?

Alors le plus gros moment de stress, ce sont les examens. Je n’aime pas ça les examens. Il y a plein d’examens pour devenir astronaute. Nous sommes constamment en examen et c’est toujours stressant un examen. Même si tu as confiance en toi, que tu es capable, que tu as bien étudié et que tu es bien préparé, tu n’es jamais certain que tu ne vas pas faire une erreur. Même si tu as confiance, tu peux aussi te planter. Alors j’ai toujours trouvé ça stressant les examens. Surtout les examens finaux, c’était assez stressant. C’est bizarre on dirait qu’après ça, faire la mission elle-même, ce n’était pas stressant. Ça, j’avais toujours confiance que ça allait bien aller et je me sentais prêt. J’étais un peu stressé, c’est vrai, pour utiliser le bras canadien. Je ne l’avais jamais utilisé pour vrai. Pendant toutes ces années, ce que j’avais fait, c’était de le pratiquer en jeux vidéo sur le simulateur. Là, c’était la première fois avec le vrai et c’est vraiment gros, c’est vraiment énorme ! Pour attraper un vaisseau cargo, c’est un des rares moments dans le travail d’astronaute où personne ne peut t’aider. C’est juste toi avec tes 2 manettes et ton écran. C’est le silence à la radio, plus personne ne parle, personne ne dit rien, tout le monde regarde. Tout le monde te regarde faire ! On appelle ça vivre dans un aquarium. Ce sont des moments où tu te sens comme un poisson dans un aquarium et que tout le monde te regarde. En gros, la solution au stress, c’est de se préparer. Je trouve que lorsque tout est prêt, moins tu es stressé. Quand tu as l’impression que tu improvises un peu, c’est là que c’est plus stressant.

  • Combien de langue parlez-vous ?

Je parle bien le français, car c’est ma langue natale. Je parle bien l’anglais parce que j’ai longtemps vécu dans des pays anglophones. J’ai appris à parler un peu japonais parce que j’ai habité au Japon 2 ans lorsque j’étais jeune étudiant. J’ai appris à parler russe pour devenir astronaute. Il faut absolument parler russe pour piloter la fusée. Je parle un peu espagnol parce que c’est important quand on est américain de parler espagnol. Au Texas, il y a beaucoup de gens hispanophones. Je parle correctement 2 langues et je peux me débrouiller dans 2 autres.

  • Croyez-vous aux extraterrestres ?

Je ne peux pas te le dire c’est un secret ! Oui j’y crois. Je suis certain qu’il y a d’autres vies dans l’univers, mais je n’ai pas de preuve. Nous n’en avons jamais vu, c’est juste que je me dis que c’est tellement grand l’univers. Il y a des centaines de milliards d’étoiles, avec des galaxies ayant chacune des milliards d’étoiles. Ça ne se peut pas qu’il y en ait juste une avec de la vie. Il me semble que ça ne se peut pas, mais je n’ai pas de preuves.

  • Au cas où il y aurait encore des sceptiques, pouvez-vous nous confirmer que la terre est belle et bien ronde et non plate ?

Absolument, aucun doute, je l’ai vue ! C’est une boule ! Je faisais le tour sans arrêt. Si elle était plate ça n’aurait pas fonctionné.

  • Pour vous la persévérance scolaire, c’est quoi ?

J’ai deux choses à dire là-dessus. D’abord, aller à l’école, apprendre quelque chose, c’est plaisant. Ça te permet de voyager dans ta tête, de comprendre le monde autour de toi. Il y a plein de brumes qui se lèvent, plein de mystères qui disparaissent. Je trouve que même si parfois il peut y avoir des côtés négatifs, des devoirs à faire, il ne faut jamais oublier le positif. La richesse que c’est de mieux comprendre le monde autour de nous. Ça donne tellement de force de caractère, d’ouverture! C’est formidable de comprendre. La plus belle chose je trouve, c’est de comprendre ce qu’il y a tout autour de nous. Ça, c’est ce qui m’a toujours aidé avec la persévérance scolaire. Ça m’a rappelé la joie que j’avais au fond de mieux comprendre. Ensuite, quand nous avons des difficultés, l’important c’est de ne pas avoir peur de demander de l’aide. Un peu comme lorsque je racontais plus tôt que, lorsque j’ai fait des erreurs pendant la mission, même si j’avais vraiment peur d’appeler au centre de contrôle, je devais demander de l’aide. C’est la même chose à l’école. Lorsque ça va mal ou que c’est difficile, il ne faut pas avoir peur de demander de l’aide. Tout le monde est prêt à aider quelqu’un qui veut apprendre. C’est encore plus plaisant quand on le fait en équipe, avec l’aide de quelqu’un d’autre. Alors voilà, nous ne sommes pas seuls. Maintenant que je suis père de famille, c’est tellement important d’aller à l’école. C’est tellement important pour moi que mes enfants persévèrent à l’école et qu’ils acquièrent cette richesse-là dans leur tête. Personne ne peut t’enlever tes connaissances, ce sont tes outils pour la vie.

  • Quel message voulez-vous lancer aux jeunes de notre région ?

Vous êtes chanceux d’habiter dans des belles municipalités comme ça, d’avoir accès à la nature. C’est une belle richesse de vivre dans des milieux un peu plus petits parce que la vie est parfois moins compliquée. Vous perdez moins de temps dans les transports. J’ai habité longtemps en région, j’ai fait plein de stages, j’ai travaillé dans le Grand Nord. J’adore l’atmosphère des régions du Québec. J’ai marié une fille qui vient des régions. Ce sont de beaux milieux de vie pour grandir. Après ça, vous avez toute la vie pour explorer la terre au complet et toutes les grandes villes. C’est un privilège d’habiter et de grandir dans des endroits qui sont sains.

  • Que pensez-vous des jeunes qui s’impliquent bénévolement dans leurs municipalités ?

C’est formidable ! Il n’y a rien de mieux pour le bonheur que de s’impliquer dans sa communauté. C’est la plus belle chose que nous pouvons faire pour les autres, mais aussi pour soi-même. On dirait que ça nous donne tellement de fierté, que ça nous donne un peu un sens à la vie. C’est vraiment une très belle chose à faire que de s’impliquer dans son environnement. C’est quelque chose que nous ne pouvons pas regretter. Je vous encourage et je félicite ceux qui font ça.

  • Quelle importance doit-on porter à l’activité physique ?

J’aime ça faire du sport. Je ne suis pas un athlète olympique, mais j’aime ça et je me sens bien dans ma tête quand je fais de l’exercice. Vous, vous êtes jeunes et votre corps est en parfait état, c’est facile. Peut-être que vous ne voyez pas l’intérêt encore, mais peu importe c’est quoi votre rêve, c’est certain que vous allez avoir besoin de votre corps. Peu importe ce que vous voulez faire, vous avez besoin de votre corps. Votre corps c’est comme votre meilleur ami, c’est votre meilleur outil. Il faut absolument en prendre soin. Il faut faire de l’exercice un peu, régulièrement. Il faut bien manger, bien dormir, faire attention au stress parce que vous n’êtes pas fait en plastique. Un corps, il faut vraiment lui faire attention, c’est votre meilleur allié. Je trouve ça important. J’aime ça faire de l’exercice parce que je me sens mieux. Ça me donne de l’énergie et j’ai toujours adoré faire ça.

  • Que pensez-vous des jeunes et la relation avec la cigarette ou la vapoteuse ?

Je n’ai jamais fumé alors je ne sais pas. Je me rappelle quand j’étais jeune, mes parents fumaient et ils ont arrêté. Ça n’a jamais été tellement présent dans ma vie. Les jeunes qui fument, je vous conseillerais d’arrêter ça parce que, même si c’est difficile d’arrêter et que ça coüte cher, c’est nocif pour la santé. Parfois les gens fument pour aider leurs stress, mais il y a d’autres manières. Quand nous sommes stressés, il y a d’autres manières plus saines de combattre cela comme faire de l’exercice ou parler à des gens. Est-ce que vous en voyez beaucoup dans vos écoles ? Moi à mon école, il y a beaucoup de jeune qui fument et qui prennent la vapoteuse. C’est quand même assez populaire ces temps si.