Entrevue avec Mme Sarah Grenier-Martinmannequin professionnelle réalisée par Maïna Tanguay, Rosalie Bousquet et Jade Fortier 
des Comités 12-18 de St-Pierre-Baptiste et de Lefebvre. 

Dans quel genre de famille avez-vous grandi ? 

En fait moi je suis la plus vieille. On est 3 filles, donc j’ai 2 sœurs plus jeunes. Ma plus jeune sœur a 10 ans de différence avec moi. Ce sont les 2 mêmes parents et mes deux parents étaient enseignants au secondaire. Mes parents ont divorcé quand j’avais 11 ans. J’habitais à Acton Vale à l’époque et par la suite nous avons déménagé à Drummondville. 

Adolescente, comment étiez-vous ? 

Adolescente j’étais très gênée. Je le suis encore aujourd’hui même avec l’âge. Mais comme j’ai grandi super vite, j’étais plus grande que toutes mes amies et les gars, donc j’étais super complexée et très timide au secondaire. Ça m’a pris plusieurs années avant de me sentir mieux dans mon corps. 

D’où vous êtes-vous venu le désir d’être mannequin ? 

En fait, je ne voulais vraiment pas devenir mannequin. J’étais tellement gênée que c’était vraiment quelque chose qui me repoussait un peu si je peux dire. Comment ça commencé ?  C’était à l’école secondaire. Il y avait une dame qui organisait un défilé et toutes mes amies s’étaient inscrites à ce défilé-là. Sur l’heure du diner, je me ramassais seule si je ne le faisais pas. Alors c’est pour ça que j’ai accepté. C’est à partir de ce moment-là que je me suis fait recruter par une agence. C’est comme ça que ça commencé. 

Pourquoi avez-vous choisi d’être mannequin et non figurante ? 

Ce sont les opportunités qui se sont présentées à moi. Donc j’ai décidé de commencer mannequin. Figurante parfois, il faut parler quand ce sont des rôles premiers ou secondaires. J’étais vraiment trop gênée pour ça. Ce que j’aimais du mannequin, c’est seulement du acting sans parler. Ça m’arrangeait aussi. 

Comment avez-vous débuté votre carrière ? 

J’ai gagné un concours aux galeries de St-Hyacinthe. Ce concours était pour devenir mannequin pour les galeries de St-Hyacinthe, donc j’ai gagné le premier prix. À partir de là, j’ai eu un cours avec l’agence Ema, à Drummondville. Ensuite j’ai été recrutée par une agence à Montréal et ainsi de suite. 

Est-ce qu’il y a des personnes qui ont nui à votre cheminement ? 

Oui beaucoup. Il y avait beaucoup de jalousie. Des gens qui ne comprenaient pas pourquoi je voulais faire ça. Il y avait aussi beaucoup de préjugés par rapport à ce métier-là. Ce n’est pas un métier qui est commun, surtout que j’ai commencé à 13 ans. Au début, il y avait beaucoup de jugement de gens qui ne comprenaient pas ou bien qui s’inquiétaient. Ensuite, c’est certain que c’est un milieu compétitif entre plusieurs filles. Parfois, on arrive pour un casting avec 100 filles pour le même travail. 

À quoi ressemble votre parcours académique ? 

Je n’aimais pas l’école secondaire. Je ne vais pas vous mentir et vous dire que j’aimais l’école. J’ai une façon très différente d’apprendre. Je suis plus autodidacte. Je trouvais ça long à l’école et ce n’était pas quelque chose qui me plaisait. En secondaire 2, j’ai annoncé à mes parents que je quittais l’école pour faire un DEP en ébénisterie. Mes parents n’étaient pas d’accord, c’est certain. Mais maintenant, je les remercie de m’avoir obligée à terminer mon secondaire. Comme j’avais des difficultés académiques, j’ai fait mon secondaire 5 et j’ai terminé mes mathématiques aux adultes. Quelques années plus tard, car j’avais déjà commencé mannequin, je suis retournée faire des cours. Peut-être 10 ans plus tard, je suis retournée à l’école pour faire d’autres formations. 

Avec quelle agence avez-vous commencé votre carrière ? 

J’ai commencé avec l’agence Ema à Drummondville. Ensuite, j’ai été avec Montage qui est située à Montréal. Ensuite je me suis fait recruter par une autre agence à Montréal qui s’appelle Next Canada. Au total, je crois avoir eu 7 ou 8 agences partout dans le monde. Je voyageais à Paris, à Londres, à New York, à Amsterdam, au Portugal. Donc j’avais plusieurs agences qui me « bookaient » différents contrats. C’était le fun cette étape-là. 

À votre premier défilé, comment vous êtes-vous sentie ? 

Mon premier défilé, j’étais terrorisée. J’avais vraiment peur, je ne vais pas vous mentir et vous dire que j’étais confiante et que j’allais bien. J’avais chaud, je n’étais vraiment pas bien. L’adrénaline qui monte et la gêne... Je vous parle surtout des gros « Fashion Week » que j’ai faits. Les petits défilés, j’étais nerveuse, mais j’aimais ça. Mais quand je suis arrivée à l’international ou à Montréal au « Fashion Week », j’avais le trac avant les shows. Mais une fois que tu l’as fait, tu es fière de toi. C’est comme n’importe quoi dans la vie. Des fois vous allez avoir des défis qui vont vous faire peur. On n’a pas le goût parce que ça nous rend mal à l’aise. Mais une fois qu’on l’a accompli, qu’on l’a fait, on est fier de soi. Je suis contente de l’avoir fait même si ça me faisait vraiment peur au début. 

Comparez-vous votre physique avec d’autres mannequins ? 

Je l’ai fait beaucoup dans les premières années quand j’ai commencé, car j’avais 13 ans. Et oui, je me comparais beaucoup. Par contre, j’ai appris avec le temps à ne pas me comparer aux autres. Chaque personne est unique, chaque personne est différente. Je sais que c’est cliché de le dire, mais c’est tellement vrai. Chaque personne a ses propres critères de beauté. Moi je n’ai pas les dents parfaites et mon agence avait refusé que je me les refasse. Mes palettes sont repoussées et j’ai un gros grain de beauté. Ça me rend unique. Comme vous, vous êtes uniques. Chacune de vous avez un détail particulier. C’est la même chose dans le milieu de la mode. Il faut juste apprendre à s’aimer soi-même avec ses forces et ses propres critères. J’ai arrêté de me comparer vite faite. Tout ce que ça faisait, c’était de me rendre malheureuse. Des belles filles, il y en a tout le temps. Surtout quand tu arrives dans un casting avec plein de belles filles. Tu fais juste te dire que moi je suis moi. Il ne faut pas prendre un refus comme quelque chose de personnel. Moi je le voyais vraiment comme un travail. Si je plais au client bien tant mieux! Sinon ce n’est pas grave, on continue de vivre. 

Quels sont vos futurs projets ? 

Présentement, je suis directrice au développement d’affaires pour la compagnie Beaulieu Revêtement. Je travaille en construction. J’ai pris cette décision-là il y a deux ans, de changer de carrière, de milieu, d’apprendre quelque chose de nouveau. Je vais chercher de nouveaux clients pour la compagnie. J’aime vraiment ça. J’ai sorti de ma zone de confort de beaucoup ! Je suis arrivée là-bas, je ne connaissais rien du domaine de la construction. Je me demandais ce que j’allais faire ici.  Finalement, ça bien été. Je me débrouille bien. 

Quelles sont les choses les plus importantes à savoir concernant le métier de mannequin ? 

C’est une vraie carrière. Quand on regarde ça sur les réseaux sociaux, ça a l’air magique : on reçoit des sacoches, de beaux vêtements, on voyage tout le temps. Mais la réalité des mannequins qui travaillent, ce n’est pas ça du tout. C’est comme une vrai job. Tu te lèves le matin, tu as des castings, tu travailles des journées entières à faire des shootings photos avec des clients. C’est un vrai travail. Ça ne demande pas juste une photo de moi et ok c’est fait ! Des shootings photos, on peut travailler des 8 heures de temps. Tu te fais maquiller, peigner différemment 15 fois, ils te changent tout le temps. Donc c’est très exigeant comme métier. Ce n’est pas juste le glamour qu’on voit.  

Croyez-vous qu’il est possible de réussir dans ce domaine sans être trop mince et pas très grande ? 

Absolument ! Le marché a changé beaucoup dans les dernières années. J’ai placé 2 filles qui sont dans une agence, car j’ai fait du placement aussi. Il y en a une qui est « curvy » et l’autre mesurait 5 pieds 7 poucesCe qui sort des anciens critères d’agences. Donc oui, le marché a vraiment changé maintenant. Je pense qu’il va changer encore plus dans les années à venir. 

Quelles sont vos forces ? 

Je pense que je suis très curieuse et je suis déterminée. Quand je me fixe un objectif, même si ça prend du temps, j’aime ça y arriver. La curiosité et l’ouverture d’esprit, je pense que ce sont vraiment mes forces. 

Qu’est-ce qui vous passionne le plus ? 

Je pense que c’est le développement personnel. Car je n’ai pas eu le choix d’apprendre à travailler sur moi pour devenir une meilleure personne. Sinon tout ce qui est aux arts. La beauté, les vêtements, les artistes, les peintres, les sculpteurs, peu importe, tout ce qui est relié aux arts est pour moi une passion. Ce qui touche la décoration, faire des meubles, des choses comme ça, j’adore ça. 

Pour vous la persévérance scolaire c’est ? 

La persévérance scolaire, pour moi, c’est de faire de son mieux. Pas nécessairement avoir de bonnes notes, en tout cas pour moi, je n’ai jamais eu de bonnes notes à l’école, sauf en arts plastiques, où j’ai eu 100. J’avais plus des notes proches du 60 si on peut dire. Je pense que c’est juste de faire de son mieux. D’être fier de soi-même même quand on ne réussit pas. De continuer même si c’est difficile. Il y a des journées, je me rappelle, ou j’arrivais de l’école en pleurant à cause de mes mauvaises notes. Je me dévalorisais beaucoup par rapport à ça, en pensant que je n’étais pas intelligente. Mais il y a tellement de sortes d’intelligence, tellement de façons de réussir que je pense que c’est ça la persévérance. Même quand ce sont des journées difficiles de continuer, il faut croire en soi, même si des fois c’est plus difficile. 

Quel message voulez-vous lancer aux jeunes de notre région ? 

Je vous trouve courageux et courageuses, surtout avec cette année, vous avez eu beaucoup de défis, beaucoup d’adaptation à vivre. Vous êtes lancés d’un côté et de l’autre et je trouve admirable de vous voir aller. Chapeau à vous ! Je trouve ça « hot » votre capacité d’adaptation ! 

Que pensez-vous des jeunes qui s’impliquent bénévolement dans sa municipalité ? 

Je vous trouve admirable ! Je trouve ça très « cool ». Justement hier, quand j’ai lu la question, je trouvais que c’était tout en votre honneur. Premièrement, ça vous ouvre les yeux sur un monde différent, ça vous permet de rencontrer des gens différents. Quand vous allez sortir du secondaire, quand vous allez devenir des adultes, vous allez tellement être fiers de vous. Ça vous fait ouvrir les yeux sur un monde qui vous amène vers des chemins vers lesquels vous n’auriez pas pensé aller. Vous allez peut-être trouver votre passion à travers ça. Je vous félicite ! Je trouve ça très génial que vous ayez le courage et le « guts » de faire quelque chose comme ça.  

Quelle importance doit-on accorder à l’activité physique ? 

Quand j’étais plus jeune, je n’aimais vraiment pas faire du sport. Je suis de celles qui a fait l’inverse de ce qu’elle devait faire. Je n’aimais pas faire du sport, je n’aimais pas bouger. J’ai appris en vieillissant et avec le mannequinat. Tu n’as pas le choix de garder une certaine forme et à l’époque, c’était plus sévère. Pour la santé mentale et physique, c’est tellement important. Moi je fais du yoga. Ce n’est pas un gros sport, mais c’est mon activité physique à moi, dans ma petite bulle. J’en fais tous les jours. Sinon je marche. Il faut vraiment trouver son sport ou son activité physique qui nous fait du bien. Maintenant je ne pourrais plus m’en passer. Ça fait vraiment partie de ma routine bien-être. Ce n’est pas de s’entrainer pour avoir un corps parfait, ce n’est vraiment pas ça le but. Le but, c’est de se sentir bien, avoir plus d’énergie après. C’est ça qui est important. 

Que pensez-vous de la relation entre les jeunes et la cigarette ou la vapoteuse ? 

Ah mon dieu ! Ça aussi ! J’ai fumé quand j’étais jeune. Sérieusement, si c’était à refaire, je n’aurais jamais fait ça. On pense qu’on est « cool » quand on fume avec la cigarette ou la vapoteuse. Mais au contraire, on ne l’est pas du tout. Je pense que si c’était à refaire, je n’aurais jamais dû commencer à faire ça. Ça n’apporte rien de bon. Un, tu pues et détruis ta santéMême si je vous les répète, vous connaissez déjà la liste des effets néfastes. Vous vous le faites dire souvent. Ça ne rend pas justice à ce que l’on pense que c’est. On n’est pas « cool » quand on fume, au contraire.