Entrevue avec Ian Lafrenière, candidat pour la CAQ réalisée par Camille Hurard, Byanka Girard, Jacob Roy et Rosalie Demers des Comités 12-18 de Lefebvre, Durham-Sud, Saint-Félix-de-Kingsey et de la ville de Drummondville.
Qu’est-ce que vous allez faire pour encourager la jeunesse à prendre davantage soin de sa santé?
La santé des jeunes, ça passe d’abord par la prévention : le sport, l’activité physique, la socialisation. Un jeune qui bouge, qui a un endroit où aller après l’école, qui a une ressource vers qui se tourner quand ça va moins bien, c’est un jeune mieux outillé pour l’avenir.
C’est dans cet esprit qu’on a ajouté une heure de parascolaire gratuite par jour dans les écoles secondaires, soit cinq heures de plus par semaine pour des milliers d’élèves. On a aussi déployé les Aires ouvertes partout au Québec, un service gratuit et sans rendez-vous pour les 12 à 25 ans qui ont besoin de soutien, que ce soit pour leur santé physique ou mentale.
On a également fait des choix qui demandaient du courage politique, mais qui étaient nécessaires, notamment en interdisant la vente de boissons énergisantes aux moins de 16 ans. On a aussi interdit les cellulaires à l’école, du début à la fin des cours, partout sur le terrain. Un changement bien concret. Mes deux filles me l’ont confirmé : les jeunes se parlent, les jeunes bougent, les jeunes socialisent.
Et on a investi en amont, dans la prévention : 1,7 M$ pour sensibiliser les jeunes aux violences sexuelles et 2,25 M$ pour prévenir la délinquance chez les 12-18 ans. Ce travail-là n’est pas terminé. On va continuer à agir dans cette direction.
Quelle est votre promesse électorale qui rejoint le plus les jeunes, et pourquoi?
Nos engagements précis envers la jeunesse ne sont pas encore dévoilés, mais je peux affirmer une chose : on n’a pas attendu une campagne pour agir pour les jeunes.
En quatre ans, on a bonifié leur accès au sport et aux activités parascolaires, ouvert des services gratuits pour leur santé mentale, légiféré pour les protéger et investi massivement en prévention. Ce n’est pas une promesse, c’est un bilan. Et ce qui s’en vient va aller dans le même sens : des gestes concrets, pas juste des promesses sur papier.
Sur l’exploitation sexuelle des mineurs, j’ai présidé la Commission spéciale qui a mené à 58 recommandations. On a livré un premier plan d’action et on vient d’en lancer un deuxième pour 2026-2029. C’est une promesse tenue et c’est une lutte qu’on n’a jamais arrêtée.
Pourquoi un jeune de 12 à 18 ans devrait-il s’intéresser aux élections?
Je comprends qu’à 14 ou 15 ans, la politique peut sembler éloignée du quotidien. Mais tout ce qui façonne ta réalité — ton école, les services dans ton quartier, l’accès au logement que tu chercheras dans quelques années, la sécurité de ton milieu de vie — se décide en bonne partie en politique.
Tu ne votes pas encore, mais les décisions d’aujourd’hui, c’est toi qui devras composer avec dans cinq, dix ou quinze ans.
Mon conseil : commence par t’informer avant de te sentir obligé de te positionner. Lis, pose des questions, assiste à un débat, échange avec ton député. Le jour où tu auras 18 ans, tu sauras déjà ce que tu défends.
Qu’est-ce qui vous a poussé à devenir politicien, et quel conseil donneriez-vous à un jeune qui aimerait un jour devenir premier ministre?
J’ai passé 28 ans dans la police avant de faire le saut en politique. J’ai été sur le terrain, j’ai côtoyé des familles en difficulté, j’ai vu de près les limites du système. En 2018, j’ai fait le choix de me lancer parce que je voulais faire partie du changement plutôt que de simplement le constater de l’extérieur.
Deuxièmement, c’est du bien concret, à tous les jours. À l’époque, je prenais la route vers Montréal en empruntant une autoroute très importante au Québec et je chialais sur le trafic. Alors, au lieu de continuer à chialer, j’ai décidé de m’impliquer pour changer les choses.
Le conseil que je donnerais à vous, les jeunes : commencez par vous engager et vous impliquer concrètement, dans votre école, votre quartier ou une cause qui vous tient à cœur. La politique ne s’apprend pas dans un livre, elle se construit dans la confiance qu’on gagne, une action à la fois.
Et surtout, reste fidèle à qui tu es. Les gens sentent vite quand tu es vrai ou quand tu joues un personnage.
Quelle est votre position sur le logement abordable, et quelles mesures concrètes proposez-vous?
La question est très importante et je comprends cette inquiétude. Je l’entends de plus en plus, autant chez les jeunes que chez les familles. C’est justement pour ça qu’on en a fait une priorité : accélérer la construction de logements abordables pour augmenter l’offre, parce que c’est là que se trouve le cœur du problème.
Concrètement, on a accordé plus de pouvoirs aux villes pour accélérer les projets de construction. On mise davantage sur le préfabriqué pour bâtir plus rapidement et à moindre coût. On a aussi favorisé l’implication du secteur privé pour partager les coûts et livrer plus de logements, plus vite.
Depuis 2018, ce sont 7,9 milliards de dollars qui ont été investis : construction de logements abordables, aide financière accrue aux ménages moins fortunés pour payer leur loyer, rénovation du parc de HLM et soutien à l’adaptation des domiciles.
Et je veux aussi souligner un geste tout récent : la première ministre, Christine Fréchette, a annoncé qu’on va redonner de l’argent aux jeunes qui achètent leur première maison, jusqu’à 5 875 $ chacun. Ça va aider environ 38 000 familles par année.
C’est un geste de plus pour que votre génération puisse se loger. Le chantier n’est pas terminé, mais on avance et on va continuer d’agir.
M. Lafrenière nous pose la question de son choix, adressée à nos jeunes : « Si tu avais le pouvoir de changer une seule chose autour de toi, dans ta communauté, pour améliorer la vie des gens, ce serait quoi — et qu’est-ce qui explique, selon toi, que ça n’ait pas encore été fait? »
Camille Hurard, 13 ans, Lefebvre
« Avoir un petit dîner gratuit. Genre, par exemple, si t’as faim, tu peux aller chercher un petit quelque chose, un fruit ou peu importe, à la cafétéria. »
Pourquoi pas encore fait : « Parce que la cafétéria, elle pense juste à l’argent. Pis, mettons qu’elle pense pas vraiment aux jeunes… alors qu’on en a vraiment besoin. »
Byanka Girard, 15 ans, Drummondville
« L’intimidation. Même si c’est sûr que ça peut pas se faire d’un claquement de doigts, mais peut-être mobiliser les adultes pour donner des conséquences beaucoup plus sévères. »
Sur les conséquences actuelles (avertissements, lettres d’excuses) : « Les lettres d’excuses, on s’entend, les personnes qui les écrivent, c’est pas vraiment avec leur cœur. Je trouve qu’il faudrait peut-être plus y aller avec des exclusions, parce que ça devient vraiment problématique. L’intimidation, ça se passe vraiment partout, il y a beaucoup trop de gens qui en vivent, et ceux qui intimident sont jamais vraiment avertis assez sévèrement comme ils devraient l’être. »
Jacob Roy, 12 ans, Durham-Sud
« Je bannirais les vapoteuses et les cigarettes. »
Pourquoi pas encore fait : « Parce qu’il y a beaucoup de gens qui en prennent, donc ça se vend super bien. Ça fait beaucoup d’argent au magasin, beaucoup d’argent au gouvernement. Le gouvernement, ils veulent ça. »
Rosalie Demers
« Si j’avais le pouvoir de changer une seule chose autour de moi, ce serait le jugement sur l’apparence physique des autres. Je trouve ça vraiment dommage qu’une personne puisse être jugée simplement à cause de son corps, de son visage, de ses vêtements ou de la façon dont elle se présente.
On ne sait jamais ce que quelqu’un vit intérieurement et quelques paroles peuvent parfois rester longtemps dans la tête d’une personne. J’aimerais que les gens apprennent davantage à accepter les différences et à comprendre qu’il n’existe pas une seule façon d’être beau ou de correspondre aux attentes des autres.
Selon moi, si ça n’a pas encore changé, c’est parce que les réseaux sociaux, les standards de beauté et les commentaires des autres nous influencent énormément. On finit parfois par croire qu’il faut avoir une certaine apparence pour être accepté, alors que chaque personne mérite de se sentir bien comme elle est.
Je pense qu’un peu plus de respect et de bienveillance envers les autres pourrait faire une énorme différence dans la vie des jeunes, surtout à une période où on cherche encore à savoir qui on est. »